Avec le cœur, jauge, avec la tête, pèse
Les filles, ma belle-mère a complètement déraillé ! Vous savez ce quelle a fait, hier ? Elle a débarqué chez nous avec une marmite de pot-au-feu ! Franchement, vous imaginez ? Mon pot-au-feu à moi ne lui plaît pas. « Simon est habitué au mien ! » Claire écarta sa tasse de café et se rapprocha de son verre de vin. Mais enfin, doù elles sortent, ces belles-mères ? Dites-moi ! On va finir comme ça nous aussi ? Si oui, planquez-moi dans la forêt quon ne me retrouve surtout pas.
Allez Claire, détends-toi ! murmura Apolline en posant sa main sur celle de son amie. Peut-être quelle est ménopausée ou quelle sennuie, qui sait. Ton Simon, cest son seul fils, il lui faut bien soccuper, faire son bonheur à sa façon Un pot-au-feu, ce nest pas bien grave ! Tu remercies et tu lui en demandes encore, tauras moins de cuisine à faire, laisse-la se démener.
Voilà autre chose ! Elle finirait par emménager chez nous ! Cest déjà insupportable Tu te rappelles le joli ensemble quon a choisi ensemble avant les fêtes ?
Le petit cadeau ?
Voilà. Elle la jeté à la poubelle !
Mais comment ça ? Apolline, passant la théière, en renversa sur la nappe qui devint jaune dorée.
Pour elle, il est mauvais pour la santé ! « Les sous-vêtements ne conviennent pas ! » Claire se mit à rire nerveusement. Jai même pas été capable de lui dire le prix. Elle laurait avalé tout cru
On ne peut pas taider ! Elle veille sur ta santé et tu râles, Apolline éclata de rire puis reprit son sérieux. Mais pourquoi elle fouille dans tes tiroirs ?
Oh, demande-lui donc ! Claire jeta sa serviette sur la table et essuya la tache sur la nappe. Zut ! Pourquoi je fais ça ? Ça partira jamais au lavage !
Calme-toi ! fit Hélène, restée silencieuse jusque-là, lui reprenant la serviette et lui ramenant son café. Tu es toute tendue, ce nest pas bon.
Y a de quoi lêtre ! Les filles, tant quon était en location, cétait le rêve ! Elle ne venait jamais me déranger. Je restais en pyjama la moitié de la journée à réfléchir à mes commandes, personne pour membêter. Mais à elle tu nexpliques pas que bosser de chez soi, cest bosser quand même ! Et elle ne veut pas admettre que je gagne presque autant que son fils. Depuis quon a acheté, je me sens comme un microbe sous microscope. Elle débarque à nimporte quelle heure, sincruste, fait ce qui lui plaît, tout ça parce quelle a aidé pour lapport. Voilà, je suis sa servante maintenant, cest ça ? Claire poussa un sanglot.
Change les serrures.
Impossible. Simon lui redonnerait les clés. Maman, cest maman. Et après, bonjour les drames ! Autant divorcer
Mais enfin ! Pour ça ? Tes pas une femme ou quoi, Claire ? Je te reconnais plus ! Tétais la plus coriace du lycée. Où est passée ta hargne ? sindigna Apolline.
Enterrée sous le bûcher de mes illusions, Claire but une grande gorgée et soupira. Bon, faut que je me ressaisisse sinon je vais rendre fou mon fils à force de stress. Il ma dailleurs demandé hier pourquoi jétais si méchante. Quest-ce que je réponds ? Que cest sa grand-mère ? Vous avez raison, cest pas comme ça quil faut faire
Évidemment ! Je vais trouver un orphelin, moi, histoire que personne ne vienne me faire de pot-au-feu à part moi ! Apolline fit signe au serveur pour les desserts. On se prend quelque chose pour calmer les nerfs ?
Volontiers Claire essuya ses yeux du coin de la serviette et esquissa un sourire. Dailleurs je vous montre le gâteau que jai fait pour mon dernier mariage ? Jen reviens pas moi-même !
Les trois têtes penchées sur le smartphone de Claire, les exclamations fusèrent.
Eh ben dis donc !
Claire, mais cest quoi cette pièce ? Comment il tient en lair, ce gâteau ? Cest magnifique, vraiment !
Cest secret datelier ! Cest Simon qui ma montré, il jouait au Lego et jai piqué lidée. Mais alors pour la livraison, jai cru mourir de stress Jai déjà six commandes pour les deux prochains mois. Le souci cest qui va soccuper de Simon pendant que je bosse.
Fais garder Simon par ta belle-mère ! Quelle soccupe, elle !
Ah Apolline, quelle candeur Claire partit dun grand rire. Elle refuserait tout net, tomberait malade exprès !
Et si tu lenvoies chez elle avec ton mari ? Une visite chez mamie ?
Claire resta la main suspendue au-dessus de sa tasse.
Hélène, tes une génie ! Ils nembêteront personne à la maison, et Simon profitera du pot-au-feu de Maman, dans ses assiettes lavées de la façon correcte, bien à elle ! Il suffira de donner deux ou trois bonbons au petit et il tiendra mamie bien éveillée.
Les trois amies rirent, pensant au petit Simon, connu pour sa transformation démoniaque après un peu de sucre. Cest pour ça quaux anniversaires, Claire surveillait toujours que personne ne lui en donnât trop.
Et toi Hélène, alors ? Apolline se tourna vers elle. Tu ne dis rien de la soirée. Ta belle-maman, pas envahissante ?
Faut croire que non depuis le mariage ça fait pas longtemps, intervint Claire en léchant sa cuillère. Cest sucré leur meringue, beurk.
Va leur apprendre à faire ça ! Apolline éclata de rire, mais sarrêta en fixant Hélène. Hé, quoi ?
Je ne sais pas, les filles. Parfois tout est trop calme, cest louche. Jécoute Claire et je me dis ça devrait peut-être pas être aussi tranquille que ça.
Peut-être que tes tombée sur la perle rare : une belle-mère équilibrée ! Apolline haussa les épaules. Pas tout le monde na ce feu dartifice de sentiments à la Claire. Sa belle-mère à elle, cest du musée !
Jsais pas Hélène se rappela ce que lui avait dit la mère de Luc, son mari, le jour du mariage.
Hélène, je ne suis ni un bonbon, ni un porte-monnaie, jai une sacrée personnalité, je suis rancunière à ma façon, donc sentendre demandera un peu de temps. Ce qui compte, cest Luc et son bonheur. Il ta choisie, il doit avoir ses raisons. Je te vois jolie et assurément intelligente, vu ton master. Pour le reste, on verra. Je tembêterai pas de conseils inutiles, je vous considère adultes ; je taiderai si besoin. Voilà.
Ce franc-parler avait laissé Hélène sans voix. Cétait rare dentendre quelquun sexprimer ainsi à une belle-fille rencontrée seulement une dizaine de fois.
Luc et Hélène sétaient croisés au mariage damis. Hélène, talons hauts, planquée loin des chasseuses de bouquet, sétait fait aborder par un petit costaud.
Pourquoi tu essaies pas dattraper le bouquet, tu veux pas te marier ?
Pas spécialement.
Toutes les filles en rêvent, non ?
Peut-être, mais le mariage, cest pas le tampon sur létat civil qui mintéresse. Je veux aimer. Être aimée, rien de plus.
Et donc tu participes pas aux jeux traditionnels ?
Pas sur ces talons ! Jai déjà du mal à tenir debout alors sauter
Ils avaient discuté toute la soirée et étaient repartis, Luc la raccompagnant, achevant la soirée par un baiser sur la main et le numéro de portable.
Hélène nen dormit pas de la nuit, caressant lendroit du baiser, se demandant ce quaurait dit sa grand-mère Élise.
Élise avait élevé sa petite-fille seule, depuis le décès du père et le départ de la mère à Paris chercher du travail. Les deux premières années, elle avait envoyé des colis, des cartes postales pour finir par disparaître. Élise voulait signaler sa disparition, puis a reçu une lettre de confession et de rupture. La mère avait refait sa vie. Au début, Hélène avait espéré, mais très vite elle navait eu quÉlise comme famille, la mère layant effacée de sa nouvelle vie. Aucun coup de fil, aucune lettre. Hélène sen voulait de son adolescence difficile, où elle avait fait payer ses souffrances à sa grand-mère. Elle préférait ne pas se remémorer cette époque, mais retenait quà la maison, il y avait toujours une assiette de soupe et des mains chaudes sur ses cheveux teints en noir, qui finissaient par la relâcher. Et elle revenait, malgré elle.
Quand Hélène eut quinze ans, Élise tomba malade et tout bascula. Plus de copines, de soirées, juste les soins, lécole. Elle se ressaisit soudainement.
Hélène, travaille ! Désormais, tu nas que toi. Aide-moi à partir sans inquiéter pour toi !
La force dÉlise face à la maladie impressionnait toujours Hélène ; donnée pour un an, sa grand-mère en vécut trois de plus, partant quand sa petite-fille était étudiante.
La mère narriva que deux mois après lenterrement.
Je ne pouvais pas laisser mes autres enfants justifia-t-elle.
Elle fut furieuse dapprendre quÉlise avait tout laissé à Hélène.
Cest injuste, faut partager, ma fille.
Hélène fondit en larmes, explosa sur sa mère, déballa son cœur, revoyant les jours passés au chevet dÉlise, priant que le cœur batte encore.
Après tout cela, sa mère partit, claqua la porte et ne revint jamais. Un peu paumée, Hélène se reprit vite. Elle tint sa promesse, les études lui réussirent ce fut le boulot en parallèle qui fatigua. Apolline laida, la faisant embaucher chez son père, patron dune boîte de mobilier.
Papa doute un peu, mais moi je te connais, tu vas assurer.
Apolline, brillante et charismatique, réussissait toute sauf ses histoires de cœur.
Je supporte plus ces drôles de types. Que lun deux débarque, jen fais mon affaire !
Ten fais quoi ? riaient ses amies.
Je laimerais trop ! Où il traîne, hein ? Je suis bonne pour mon troisième, et lui, rien, nada ! Sacripant !
Son rêve était une grande famille, mille fois préférée à sa carrière davocate.
Apolline et Claire restaient la famille de cœur dHélène. Élevée dans son confort, la première ; sans le sou et sans père, la seconde ; Hélène entre les deux. Claire squattait souvent chez Hélène ou Apolline, qui adorait les déjeuners concoctés par la grand-mère. Cest elle qui aida Hélène quand sa mère voulut contester lhéritage.
Quelle essaie ! Je vais la pulvériser au tribunal !
Pas besoin, Apolline. Je pense quelle a compris.
Mais Apolline glissa quand même un mot à la mère, qui disparut à jamais.
Puis vint Luc. Deux ans de bonheur avant le mariage. Apolline attrapa le bouquet quHélène jeta, et sans tarder invita le témoin de Luc à danser.
À toi ! lança-t-elle, entrainant le grand brun.
Hélène et Claire ricanèrent en croisant les doigts pour la chance. Mais ce fut bref ; un mois après, elle largua Maxime sans détails.
Cest pas le bon.
Elles sabstinrent den demander plus, la connaissant bien.
Maxime venait souvent chez Hélène et Luc, et Apolline lévitait ostensiblement.
Pourquoi ? Il est plutôt sympa, non ?
Fais gaffe avec ce genre de “sympa”. Il me plaît pas.
Hélène ne voyait pas où elle voulait en venir. Maxime était sociable, drôle, toujours disposé à aider, chantant les louanges dHélène devant la mère de Luc qui grimaçait sous ses compliments.
Le temps passa. Puis Hélène apprit quelle était enceinte. La surprise fut totale, elle qui sapprêtait à lancer une FIV, les médecins doutant qu’elle y arrive naturellement. Luc la soutenait toujours. Et voilà que la nature avait tranché !
Cest miraculeux, Luc ! elle pleurait démotion devant la belle-mère venue pour lanniversaire de son fils.
Le plus beau cadeau ! Luc la serrait, surveillant la réaction de sa mère.
Quest-ce qui ne va pas, maman ? demanda-t-il, la reconduisant.
Je ne sais pas, tout ça arrive bien vite
Tu veux dire ?
Sa mère, fixant Luc, demanda calmement :
Tu as confiance en Hélène ?
Maman !
Tu lui fais confiance ?
Complètement, et je veux plus jamais entendre de telles allusions ! Luc fit une embardée pour éviter un nid-de-poule et jeta un regard à sa mère. Tes étrange, là. Dautres seraient folles de joie dêtre grand-mère.
Je suis heureuse, Luc. Oui maintenant, je le suis
Paul est venu au monde et Hélène sest plongée dans la maternité. La belle-mère nétait jamais envahissante, prête à aider quand il y avait besoin.
Hélène ! Oh ! Tes où ? Apolline la tira de ses pensées. Ça va ?
Oui, je réfléchissais. On parle dautre chose. Apolline, tes conquistadors ?
Jetant un œil à son portable, elle vit quaucun message de sa belle-mère. Cétait bien elle qui avait insisté pour quHélène sorte voir ses amies.
Vas-y, prends lair ! Je garde Paul.
Merci murmura Hélène, sans trouver de mots, consciente dun nœud persistant, ce petit caillou dans la chaussure entre elles. Impossible de dire doù il venait.
En écoutant Apolline raconter ses histoires dhommes, Hélène se sentit anxieuse, comme si quelque chose la dérangeait malgré tout.
Son téléphone sonna brusquement, elle sursauta presque renversant son verre.
Hélène la voix de sa belle-mère était étrangement sourde. Hélène
Tout ce qui suivit disparut dans un brouillard. Elle ne se souvenait plus que des claques de ses amies pour la ranimer, des appels dApolline, des efforts de Claire pour la faire boire de leau froide, du taxi qui la ramena Sa belle-mère, soudain vieillie, transmit Paul à Apolline :
Peux-tu venir avec moi ? Jai peur
Luc sétait tué, percutant un regard dégout non signalé sur la route. La voiture avait sauté, dévié, puis fut écrasée par un camion venant en sens inverse.
La douleur la plongea dans le vide. Elle pleurait en cachette, puis se mettait à briquer lappartement frénétiquement, tentant doccuper le temps. Elle proposa à sa belle-mère de vivre avec elles un temps, mais elle refusa.
Impossible Tout me le rappelle ici. Jai limpression quil va ouvrir la porte de la cuisine pour demander des crêpes.
À moi il nen a jamais demandé
Chacune avait ses petits privilèges, non ? sourit tristement la belle-mère. Il ne me laissait jamais en faire quand il venait. Il disait que les tiennes étaient meilleures.
Paul passait de lune à lautre, cherchant pourquoi elles étaient si tristes, pourquoi papa nétait plus là.
En voyant la complicité entre Paul et sa grand-mère, Hélène lui demanda de garder plus souvent lenfant, certaine dagir dans le bon sens.
Les semaines passèrent, et à lapproche des fêtes de fin dannée, le chagrin se raviva. Ce devait être leur premier nouvel an à la montagne, leur rêve, enfin. Luc voulait apprendre le ski.
Toi, tu feras des bonhommes de neige avec Paul pendant que je tente les pistes.
Apprends déjà à tenir debout sur les skis ! ironisait Hélène.
Ne tinquiète pas, je tai conquise, jaffronterai aussi les montagnes !
Hélène tentait de ne pas hurler sa douleur. Elle voulut annuler lescapade mais sa belle-mère insista.
Et sil fallait y aller justement ? Partons quelque part, juste nous trois. Ce sera mieux pour tout le monde, surtout pour Paul qui mérite une fête Il sen souviendra peut-être.
Après réflexion, elle accepta.
Les montagnes des Alpes furent grises, humides, la pluie froide tomba toute la semaine. Une seule promenade jusquà la mer, pour voir les vagues grises et lourdes sécraser sur le rivage.
Cest morose fit Hélène, remettant droit le bonnet du petit Paul, fou de joie devant les vagues.
Il y a de la force, Hélène Cest la vie, remuante Sa belle-mère, bras croisés, fixait la mer. Sans réfléchir, Hélène lenlaça fort. Ce geste la surprit, ainsi que sa belle-mère, peu coutumières de telles effusions.
Celle-ci appuya sa tête sur lépaule dHélène.
Je suis contente que vous soyez là.
Comment ça ?
Jai bien failli vous perdre tous les deux, toi et Paul, après Luc.
Je ne comprends pas, Hélène fronça les sourcils.
Maxime. Sa belle-mère cracha le mot. Hélène sursauta.
Quoi, Maxime ?
Il est passé me voir. Une semaine après. Sexcusant de pas être venu avant. Il voulait parler.
Pour ?
Eh bien pas pour aider. Sa belle-mère planta son regard dans le sien. Il ma dit que Paul nétait pas le fils de Luc. Il ma presque fait comprendre quil pensait être le père, ou je ne sais quoi, il savait les soucis de santé de Luc, et selon lui, tu aurais “arrangé” les choses.
Les bras dHélène retombèrent ; elle recula dun pas.
Et vous lavez cru ? sa voix vibra de colère.
Tu penses ! Je serais là avec vous si je lavais cru, ce salaud ? La belle-mère lui prit la main, sans la lâcher. Je lai mis dehors, tout simplement. Luc avait confiance en toi, tu étais tout pour lui. On ne se connaît pas tant, Hélène, mais si tu veux, je serai là, on apprendra à se connaître. Je crois que cest moi qui en ai besoin. Alors je te demande…
Ne demande rien ! Hélène la regarda enfin. On est une famille. Comme disait ma grand-mère, une famille, c’est dêtre là, ensemble. Sinon, cest du vent.
Moi non plus, je ne veux pas de vent sa belle-mère serra Paul contre elle. Allez, mon bonhomme, tas froid ? Rentrons avant le dîner. Parle-moi de ta grand-mère, Hélène.
Elles marchaient longtemps dans les rues mouillées, parlant enfin sans détours. Puis soudain, Hélène demanda, hésitante :
Mais pourquoi a-t-il fait ça ?
Qui ?
Maxime, pourquoi raconter ça ?
Je ne sais pas, Hélène. Il y a des gens capables de choses quon imagine même pas. Cest juste du mal. Il y avait une jalousie, peut-être. Luc avait plus de succès, une belle carrière, toi à ses côtés. Maxime, moins. Peut-être est-ce ça. Mais peu importe, il ne fait plus partie de nos vies.
Je ne veux pas en parler non plus
Hélène névoqua pas la visite de Maxime chez elle, trois jours plus tard, renvoyé par Apolline, venue vivre chez elle le temps quelle tienne debout. Elle navait jamais su ce quils sétaient dits, mais Apolline claqua la porte, glaciale :
Sil revient, dehors ! Ce type nest ni un ami ni un ennemi. Cest pire.
Hélène comprenait mieux aujourd’hui.
Les trois derniers jours furent consacrées à la parole, Paul enchaînant câlins et jeux, regardant ses deux “mamans”. Elles parlaient, riaient, pleuraient, évoquant Luc, lavenir
Six mois plus tard, Hélène retrouva une vieille paire de talons, les essaya, grimaça :
Quelle torture, ces chaussures chinoises !
Souffre, cest le prix de la beauté ! rit sa belle-mère, laidant à fermer la robe.
Et les ballerines, cest pas suffisant ?
Longue robe, faut prévoir ! Prends-les pour te changer.
Elle prit Paul par la main, pointa le bouquet.
Allez, en route ! On va être en retard.
Zut, non ! sexclama Hélène. Apolline ne me le pardonnerait jamais ! Elle qui attend ça depuis toujours.
Le mariage dApolline fut somptueux, mais précipité. Lofficiante en retard, les alliances portées fièrement par Paul, laccueil des invités, tout était speed. Enfin, Hélène, témoin, se faufila jusquà Claire, affairée près du gâteau.
Ça va ? Hélène caressa le ventre arrondi de son amie.
Super ! Belle-mère réconciliée juste à temps sinon y aurait pas eu de gâteau ! Claire râla en ajustant la présentation. Je dois tout faire moi-même, on ne peut faire confiance à personne.
Quoi donc ?
Regarde, Claire montra la pâtisserie elle a bougé en route Trois jours dessus, pour ça !
Cest une merveille Claire glissa Apolline, surgissant derrière elles.
Ralala, tu veux que je fasse une crise ou quoi ? Tu vas devenir marraine avant lheure à ce rythme !
Pas question ! Aujourdhui, cest mon jour. Pourquoi tu boudes ?
Pfff Claire se colla à la table, cachant le gâteau.
Apolline rit, tourna le doigt devant elle.
Ai pas résisté, il est trop bon, ton gâteau !
Jte crois pas ! sétouffa Claire.
Punis-moi plus tard, là cest lheure douvrir le bal ! Apolline lesquiva et fila voir son mari.
Quest-ce que tu vas faire delle ? souffla Claire en riant. Fiancée agitée !
Puis elle se laissa tomber sur la chaise.
Et les tiens, Hélène ?
Là, en train de danser.
Tu vas bien, Hélène ?
Oui, tout va bien maintenant.
Tu lappelles déjà maman ?
Jose pas.
Nimporte quoi ! Si javais une belle-mère comme la tienne
Hélène observa sa belle-mère qui riait aux éclats, Paul dansant avec elle. Claire avait peut-être raison. Un mot, si lourd de sens, convenait à cette femme plus quà personne.
Maman
Hélène prononça ce mot, testant sa résonance. Croisa le regard de Claire, opina du chef et répéta tout haut, avec assurance :
Maman.