Prémonition funeste : Le cœur lourd de Julia, larmes et angoisse en pleine nuit, un mal mystérieux p…

PRÉMONITION DUN MALHEUR

Cette nuit-là, Camille sest réveillée en sursaut, incapable de trouver le sommeil. Était-ce un cauchemar ou bien une angoisse sourde qui hantait son cœur ? Elle nen savait rien, mais la tristesse lenvahissait au point que des larmes silencieuses roulaient sur ses joues. Une lourdeur oppressante lui serrait la poitrine, et le pressentiment dun événement funeste gonflait en elle comme une marée noire.

Je me suis levé, puis je suis allé voir dans le berceau où dormait mon petit garçon. Émile souriait dans son sommeil et suçotait doucement ses lèvres. Jai bordé la couverture autour de son petit corps et, tournant les talons, me suis rendu à la cuisine. Par la fenêtre, la nuit était profonde, sans un bruit.

Camille, toujours pas moyen de dormir ? ma lancé la voix familière de mon épouse, Pierre.

Encore Je ne comprends vraiment pas ce qui marrive, Pierre, lui ai-je répondu à voix basse.

Tu fais peut-être une dépression post-partum retardée ! a-t-il tenté de blaguer.

Mais non, Émile a presque six mois, jai jamais eu de coup de cafard, et voilà que ça me tombe dessus ?

Bah, ne ten fais pas. Les hormones, la fatigue, tout ça se mélange ! Ça va aller !

Jai peur, Pierre ai-je soufflé en me serrant contre lui.

Ça va sarranger ma-t-il rassurée en me serrant dans ses bras.

Trois semaines plus tard, jai reçu une convocation de la PMI pour Émile : il fêtait son sixième mois et cétait lheure du bilan. Prises de sang et consultations étaient au programme. Un coup de fil de linfirmière ma prise de court.

Il y a un souci ? ai-je demandé.

Camille, ne vous en faites pas, le médecin vous expliquera, sest-elle contentée de répondre mystérieusement.

À lhôpital, la salle dattente était bondée et lanxiété me serrait la gorge. En entrant finalement dans le cabinet, linquiétude avait déjà tout envahi.

Installez-vous, a dit la pédiatre dune voix douce. Camille Lefèvre, je dois vous demander des analyses complémentaires.

Que se passe-t-il ? ai-je murmuré, sentant mon sombre pressentiment devenir réalité.

Les résultats dÉmile sont préoccupants. Les leucocytes sont bien trop élevés, dautres chiffres aussi. Il faut refaire les analyses dans un centre spécialisé.

Où ça ? ai-je demandé à voix basse.

À lInstitut régional de cancérologie, a-t-elle répondu.

Comment je suis rentrée chez moi, je ne pourrais le dire. Pierre mattendait déjà, il avait quitté le travail, inquiet après mon sms.

Camille, que se passe-t-il ? ma-t-il demandé.

Des larmes ruisselaient sur mes joues, indifférente, jai balbutié :

On doit aller faire des examens à loncologie… ai-je soufflé, anéantie.

Mais ce nest peut-être rien ! Ce sont juste des analyses, a-t-il tenté.

Je le sens, ce nest pas seulement ça. Je savais quun malheur approchait, sans comprendre doù

Jai serré Émile contre moi, éclatant en sanglots. Lui, dans son sommeil, bougea doucement : il ignorait tout du drame en cours.

Le diagnostic est une leucémie aiguë, a confirmé le médecin, un vieil homme, après avoir consulté les examens. Le traitement doit commencer tout de suite.

Je narrivais pas à accepter ce qui arrivait. Les séances de chimiothérapie se faisaient sans moi : Émile était en réanimation, jattendais derrière la porte.

Rentrez chez vous, me suppliait linfirmière de nuit. Vous ne pourrez pas le voir aujourdhui !

Impossible ! Comment pourrais-je lâcher mon fils ?

Pierre et moi sommes mariés depuis huit ans. Javais tant espéré cet enfant, les examens étaient normaux, et pourtant jattendais en vain. Il aura fallu huit longues années. La grossesse fut le plus beau, mais aussi le plus fragile moment de notre vie. Pierre me couvait dattention, mempêchant de porter ne serait-ce quun verre deau. Le dernier mois, sur les conseils de la gynécologue, je lai passé à la maternité, à cause du risque daccouchement prématuré. Enfin, il y a six mois, notre petit garçon est né. Nous lavons prénommé Émile, comme le père de Pierre, tragiquement décédé dans un accident de voiture.

Ma chérie, il ne faut pas donner à un enfant le prénom de quelquun mort tragiquement ! me disait ma grand-mère.

Mamie, ce sont des vieilles superstitions ! répondais-je, heureuse, refusant de laisser la peur assombrir ce bonheur

Je passais donc mes journées près du lit dÉmile. Il avait fondu en un mois, ses joues pâlies, des cernes noires sous les yeux. Je pleurais, la gorge brûlante, dans cette chambre stérile, ny accédant quà force de protestation auprès du chef de service qui craignait le moindre microbe. Mais je ne pouvais rester loin de mon fils, et après des jours dattente dehors, on ma finalement laissée entrer. Émile dormait, et javalais son visage du regard.

On ne fait pas ce genre dintervention ici ! ma annoncé, le lendemain, le professeur Morel, chef du service.

Où alors ? ai-je demandé, déterminée.

À Paris. Ils ont les techniques nécessaires, mais cela coûte très cher.

Nous trouverons bien les moyens, faites-moi les dossiers.

Les papiers ont été envoyés à une grande clinique parisienne, spécialisée dans les leucémies. La réponse ne sest pas fait attendre : ils acceptaient lintervention, mais le devis dépassait les 250 000 euros.

Camille, même en vendant la maison et la voiture, on narrivera même pas à la moitié ! soupira Pierre. Jai mis une annonce mais il nous faudrait une éternité.

On a moins de deux mois, pleurai-je. Il faut trouver une solution.

Tout le monde a aidé à récolter des fonds : collègues, associations locales, commerces, la mairie accorda même une subvention exceptionnelle, des bénévoles nous apportèrent aussi leur soutien. À force de dons, nous avons atteint un peu plus de la moitié. Mais le temps pressait, il fallait partir.

Prends Émile, va à Paris, ma dit Pierre. Je continuerai denvoyer tout ce que je pourrai trouver, si jamais un acheteur se présente pour la maison !

Le village tout entier se mobilisait, mais la somme à réunir était colossale.

Dossiers en main, nous sommes partis pour Paris. Largent manquait, mais les soins, les examens, la préparation se sont enchaînés. Je maccrochais à lespoir dun miracle. Dans un mois, Émile aurait son premier anniversaire.

Dans la chambre voisine, une maman, Sophie, veillait sur son garçon, Léo, trois ans. Coup du hasard : nous étions originaires de la même région. Sophie avait eu la chance que les dons couvrent lopération de Léo, mais la maladie, diagnostiquée tardivement, progressait et lintervention était sans cesse repoussée.

Pleure pas, me disait Sophie, tout finira par sarranger ! Tu promèneras Émile au cirque, au zoo Léo a adoré les ours lan dernier ! Je navais pas encore compris quil était malade. Il a saigné du nez la première fois là-bas, et impossible darrêter, ça sest reproduit Bien trop tard, on a compris. Pourquoi ai-je rien vu avant !

Courage, Sophie ! On ira ensemble au zoo avec nos petits ! la consolais-je.

Camille, je savais que ça nallait pas Léo maigrissait, navait plus dappétit, était tout pâle ! Jaurais dû réagir plus tôt, cest de ma faute ! Même maman me disait de surveiller ! Mais je refusais dy croire sanglotait-elle.

Quelques jours plus tard, létat de Léo sest brusquement aggravé. Ils lont transféré en réanimation. Sophie nétait pas autorisée à entrer. Elle campait dans le couloir, dévastée.

Viens, Sophie, repose-toi un peu, suppliai-je.

Je dois rester ici, il sent ma présence ! Ça laide de savoir que sa maman est juste derrière la porte !

Même de loin, il le sent, viens

Mais Sophie ne bougea pas. Linfirmière lui fit une injection pour la calmer. Désormais, elle restait prostrée, les yeux vides, espérant un miracle.

En soirée, Pierre mappela. Je berçais Émile, chaque minute précieuse contre son petit corps chaud et fragile.

Camille, jai réussi à envoyer environ 10 000 euros, me dit-il. Aujourdhui, une jeune couple a visité la maison, jai baissé le prix, ils réfléchissent.

Merci et toi

Un cri déchirant retentit soudain dans le couloir, coupant ma phrase. Le téléphone méchappa des mains. Émile se réveilla et commença à pleurer. Je lui caressai la tête, il bâilla, se rendormit Après lavoir blotti dans son lit, je me précipitai. Javais deviné le drame. À genoux devant la réanimation, Sophie hurlait. Les soignantes saffairaient, cherchaient à la calmer. Je navais jamais vu une telle douleur. Jai compris.

Tiens bon, Sophie, pleurai-je en lenlaçant, tu dois continuer à vivre pour Léo

Pourquoi vivre ? Mon fils est mort ! Cest de ma faute ! Comment survivre à cela ? sanglotait-elle.

Je lai soutenue le temps quon lui administre un calmant, puis lai ramenée dans sa chambre.

Quelle repose, a soufflé le médecin de garde. Les larmes viendront encore

Cette nuit-là, je nai pas fermé lœil. Je suis resté assis à côté dÉmile, buvant chaque trait de son visage, imprimant chaque instant.

Le lendemain, Sophie est passée voir Émile avant son départ. Elle ne pleurait plus ; dans ses yeux, une lassitude abyssale. Nous sommes restées longtemps enlacées.

Que tout aille bien pour vous, murmura-t-elle à loreille en partant. Vous avez un espoir, saisissez-le ! Moi, je dois moccuper de mon fils : lenterrement, les neufs jours, puis les quarante Je ferai faire une belle stèle, et ensuite une larme coula, Tu comprendras, lis la lettre après mon départ, je nai plus de force pour parler

Oui, ai-je chuchoté.

Après son départ, jai ouvert lenveloppe :

« Ma chère Camille, la main hésitante de Sophie avait tracé ces mots je souhaite de tout mon cœur quÉmile vive. Quil grandisse aussi pour mon petit Léo : quil sépanouisse, quil joue, quil apprenne Quil profite de chaque jour nouveau, file sur un terrain de foot, fasse du ski. Et sil te plaît, allez voir notre ours noir au zoo, donne-lui le bonjour de notre part ! Les larmes me brouillaient la vue, je dus les essuyer pour finir la lettre. Vous avez encore la chance de vivre. Dans cette enveloppe, tu trouveras largent récolté pour Léo. Il nen aura pas eu besoin. Quil sauve Émile. »

Jai fondu en larmes, heureuse denfin pouvoir offrir lopération à mon fils, mais aussi accablée que ce miracle ait pour prix un autre malheur.

Pierre, ne vends pas la maison ! ai-je dit le lendemain au téléphone. Il faut quon ait un foyer où revenir avec Émile.

Et largent ? demanda Pierre, surpris.

Tout va sarranger, il y a ce quil faut. Crois-moi !

Pour la première fois depuis longtemps, jai entendu mon mari sourire. Et, moi aussi, jy croyais.

Lopération fut programmée le lendemain de lanniversaire dÉmile : il avait tout juste un an. Comme Sophie lavait fait, jai attendu des heures devant la réanimation. Mais cette fois, les nouvelles étaient bonnes. Bientôt, on mautorisa à voir mon fils, elle fut transférée avec moi en chambre normale : un mois disolement nous attendait, puis des mois de rééducation. Mais peu importait : lessentiel, cétait que la greffe ait réussi.

Émile reprenait vie, il souriait, jouait à nouveau, mangeait avec appétit. Le jour où il a dit un balbutiement qui ressemblait à « maman », jai laissé couler mes larmes. Le miracle sétait produit.

Lours ! montra Émile du doigt en riant vers une grande bête noire dans la cage.

Ce nest pas lours, cest un ours ! ai-je corrigé en riant.

On était venus au zoo de la ville, là-même où Léo avait tant aimé regarder les ours. Je glissai à voix basse à la bête : « Bonjour à toi, de la part de Léo ! »

Émile gambadait, riait, mangeait une glace, ravi dêtre juché sur les épaules de Pierre, découvrant tous les animaux. La vie avait repris ses couleurs denfance, les peines de lhôpital semblaient loin derrière. Pourtant, certaines nuits, il marrivait encore de me relever, aller écouter le souffle paisible dÉmile dans son lit, le cœur battant. Mais langoisse seffaçait. Devant nous souvrait toute une vie : la vie pour lui, et pour ce petit camarade qui lui a offert cette seconde chance.

Aujourdhui, je retiens que lintuition dun parent est précieuse, mais que lespoir, lamitié et la solidarité peuvent accomplir des miracles. Il ne faut jamais désespérer, et chaque sourire denfant justifie tous les combats.

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