Pendant deux mois, j’ai emmené une femme de 56 ans dîner dans les meilleurs restaurants de Paris. Mais dès que je l’ai invitée chez moi, elle a aussitôt laissé tomber le masque

Depuis deux mois, jinvitais une femme de 56 ans dans les meilleurs restaurants de Paris. Mais à peine lui ai-je proposé de venir chez moi que son masque est tombé instantanément.

Il y a cinq ans, jai divorcé tranquillement et me suis habitué à une vie de célibataire paisible. Pourtant, ces derniers temps, retourner seul dans un grand appartement désert de la rive gauche devenait lourd, presque oppressant.

Jai 56 ans, la santé solide, de lénergie à revendre. Je me suis inscrit sur un site de rencontres, espérant rencontrer une femme avec qui partager ma vie. Et dès les premiers messages, jai cru avoir de la chance jai réellement rencontré quelquun de fascinant.

Son profil était sans détour :

« Claire, 56 ans, veuve, cherche homme sérieux pour relation épanouie. »

La photo révélait une femme simple, bienveillante, sans artifices. Nous avons vite commencé à échanger. Jai prévenu tout de suite : pas question de rester dans le virtuel des mois entiers, je voulais une femme vraie, prête à aménager une vie commune, à partir en voyage ensemble. Elle a accepté et nous avons convenu dun rendez-vous dans le centre de Paris ce samedi-là.

Ce premier rendez-vous était parfait. Nous avons marché longtemps sous un ciel doux et lumineux des premiers jours de lété. Elle racontait son travail, ses petits-enfants avec chaleur, et moi jécoutais, tout sourire. Ce qui ma plu : son calme, sa discrétion, jamais la parole de trop. Puis je lai invitée dans un café du Quartier Latin, jai payé laddition – vieille école oblige, un homme invite, il offre.

Commence alors notre classique « période des bouquets ». Les fleurs et chocolats, cétait pour moi, le plaisir du moment était partagé. Chaque vendredi, chaque samedi, je lui organisais de belles soirées : théâtre, restaurant derrière lOdéon, ou bien promenade culturelle suivie dun dîner en terrasse. Deux mois de sorties raffinées si je devais additionner toutes ces notes en euros, jaurais le tournis.

Spectacles, expositions à Beaubourg, dîners sur lîle Saint-Louis, déjeuner champêtre près de Fontainebleau… Jétais le parfait gentleman, persuadé que nous nous rapprochions, à petits pas. Elle me prenait parfois le bras, me lançait sur un ton doux :

Jérôme, tu es tellement agréable, quel homme respectueux.

Évidemment, jen tirais une fière satisfaction.

Mais, avec le recul, je vois maintenant les signaux dalerte.

Dabord, jamais elle ne ma invité chez elle, pas même pour un café ou pour me montrer son quartier. Toujours une excuse : « Oh, cest en désordre », « J’ai ma petite-fille à la maison ce soir », « Je suis trop fatiguée, retrouvons-nous dehors ». Au début, je pensais à de la pudeur, une femme seule qui na plus lhabitude dun homme chez elle. Alors, jai patienté, tranquillement.

Ensuite, elle jonglait avec son âge selon les situations. Pour sortir, dîner tard, partir en week-end, elle avait tout dune jeune femme pleine de vie. Mais lorsquil sagissait de complicité plus intime, dès que je tentais une approche, la grand-mère acariâtre reprenait le dessus.

Un soir, tout au fond dune salle de cinéma, jai posé délicatement ma main sur son genou rien de plus. Elle ma aussitôt repoussé, sèche mais polie :

Jérôme, les gens nous regardent !
Claire, il fait sombre, il ny a personne autour…
Quimporte, je ne trouve pas ça correct. Nous navons plus 17 ans…

Jai mis ça sur le compte dune éducation stricte, en me disant quil fallait respecter son rythme. Mais le malaise sinstallait. Nous avions presque 60 ans, pas 16. Je me demandais sil fallait vraiment jouer éternellement les prudes.

Elle débordait de détails sur ses petits bobos, comme si cétait une partie de plaisir ; mal de dos, tension qui grimpe, le débat éternel entre le Doliprane ou la phytothérapie… Jécoutais, je compatissais, joffrais même de laccompagner chez un bon médecin. Mais si par hasard jévoquais mon entraînement à la piscine deux fois par semaine, elle me lançait un regard narquois :

Pourquoi tinfliger ça ? Tu vas épuiser ton cœur. À notre âge, il faut rester sur le canapé avec un bon livre, pas jouer les jeunes sportifs.

Javais envie de vivre, pourtant. Pas de me laisser enfermer dans la routine.

Le choc éclate : grand restaurant géorgien, assiettes de khinkalis et bon bordeaux, rires sans fin, Claire me semblait enfin épanouie, proche. Après le dîner, la pluie fine de Paris ruisselait, nous étions au chaud dans ma voiture, quelques notes de jazz flottant dans lhabitacle. Doucement, je lui ai pris la main, cette fois elle ne la pas retirée.

Claire, tu veux quon aille chez moi ? On pourrait écouter un peu de musique, boire un dernier thé…

Sa main sest raide, son sourire effacé, le visage glacé.

Jérôme, tu attends quelque chose de précis ?

Je ne veux pas tourner autour du pot. Tu me plais, je suis libre, toi aussi. On se voit depuis plus de deux mois. Cest naturel davoir envie dêtre plus proches.

Là, elle part dans un long monologue sur lâge, la honte, la « spiritualité supérieure » qui me laisse bouche bée :

Tu réalises ce que tu dis, Jérôme ? Ça, cest pour les jeunes, ceux qui veulent faire des enfants. Pour nous, ça na pas de sens. Tu imagines ? On serait ridicules, nos corps usés, nos plis et notre ventre. Beurk. À notre âge, il faut une complicité dâme, du partage, de lamitié solide. Mais toi, tu penses à des choses triviales…

Jécoutais, incrédule. Jétais donc devenu une bête, un rustre, après deux mois de délicates attentions.

Claire, pardon, mais arrête de te dévaloriser. Je fais du sport, tout va bien, et tu es ravissante. Pourquoi tenfermer dans lidée quà 56 ans, la vie sexuelle doit disparaître ?

Cest la norme ! rétorqua-t-elle. À cet âge, une femme digne soccupe de ses petits-enfants, du jardin. Je ne veux pas vieillir avec honte devant mes enfants parce que je fréquente un homme pour ces choses-là.

Ma patience a cédé et jai craché tout ce que javais sur le cœur :

Mais alors, tu ne voulais pas dun compagnon ! Pendant deux mois, tu as profité des dîners, des sorties, des cadeaux… Tu ne te sentais pas honteuse de tout accepter, mais dès que je demande un peu dintimité, cest sale, cest trop ?

Elle sest empourprée, de colère et non de gêne.

Tu veux que je me jette dans tes bras pour un dîner ?

Ne déforme pas tout. Jai été attentionné. Toute relation doit évoluer. Tu cherchais juste une amie avec une carte bancaire et une voiture…

Elle a ouvert la portière dun geste sec, a filé dans la nuit, tête haute. Je ne lai pas retenue tout était limpide désormais. Je la voyais séloigner, silhouette raide sous la bruine, et je ressentais une profonde amertume envers moi-même.

Jaime les discussions profondes, la littérature, lHistoire… mais je suis un homme vivant, avec des envies normales. Je nabandonnerai pas la tendresse physique sous prétexte que certaines femmes se bloquent au seuil de leur âge.

Jai supprimé son numéro, mon profil du site, et jai décidé de faire une pause après ce vaudeville.

Ma résolution : dès le premier rendez-vous, je poserai la question sur lintimité. Un nouveau sermon sur « les petits-enfants », la vieillesse comme seul avenir laddition sera partagée et au revoir.

Et vous ? À 56 ans, est-ce vraiment choquant dattendre de lintimité avec une femme bien ? Pourquoi ces dames cherchent-elles à rencontrer quelquun si elles estiment leur avenir sentimental derrière elles ?

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