Pas d’argent pour manger ? Allez travailler ! Combien de temps peut-on vivre aux frais des autres ? Aujourd’hui, j’ai perdu mon emploi, mais je ne vais pas tendre la main.

Un bus. Tous les passagers sont assis, plongés dans leurs pensées, sans prêter attention aux autres. Dehors, il tombe une pluie fine sur Paris. À un arrêt près de la place de la République, un sans-abri monte à bord. Bien qu’il nait pas plus de cinquante ans, son visage marqué le faisait paraître bien plus âgé. Une odeur âcre s’est répandue à travers tout le bus, ce qui a mis mal à l’aise certains voyageurs. Il portait des vêtements sales et usés, les cheveux en bataille.

« Mesdames et messieurs, je vous en prie, pourriez-vous me donner quelques pièces pour acheter une baguette ? Je nai rien mangé depuis trois jours » a-t-il demandé dune voix fatiguée.

La plupart des passagers l’ont ignoré, préférant regarder par la fenêtre ou sur leur téléphone. Dautres ont fouillé discrètement dans leurs portefeuilles à la recherche de pièces en euros.

Soudain, un homme sest exclamé, la voix dure :

« Vous navez pas dargent pour manger ? Allez travailler ! Vous comptez vivre encore longtemps aux crochets des autres ? Je viens dêtre licencié aujourdhui, et pourtant, je ne vais pas tendre la main. Jai même un prêt à rembourser pour mon appartement dans le 14e ! »

Cet homme-là avait lair de quelquun qui sen sort, bien habillé, le visage fermé. Le sans-abri a baissé la tête, honteux. Avec ses doigts sales, il a fouillé ses poches, a sorti une poignée de pièces économisées et les a tendues à lhomme en costume.

« Prenez-les. Vous semblez en avoir plus besoin que moi. Et puis, il y aura toujours des âmes charitables qui maideront, » a-t-il dit, la voix douce.

Après ces mots, le sans-abri a voulu sortir à la prochaine station, boulevard Voltaire. Lhomme en costume sest précipité derrière lui, tentant de lui rendre la monnaie. Tous les autres passagers suivaient la scène dans un silence pesant, témoins dune situation inhabituelle.

Lorsquil a rattrapé le sans-abri sous lauvent, lhomme a voulu expliquer son geste, insistant pour lui rendre les sous. Mais le sans-abri a seulement souri, un sourire franc et paisible. Il a refusé de reprendre largent.

« La vie est belle, malgré tout. Il y a tant de bonnes personnes sur Terre Il faut apprendre à apprécier chaque instant, » a-t-il murmuré, pensif.

Je suis resté là, sous la pluie, figé, les larmes me montant aux yeux. Cette rencontre ma bouleversé. Je serrais encore les pièces offertes par cet homme qui navait rien mais donnait tout. Jai compris ce jour-là que la véritable richesse nest pas celle quon conserve dans un portefeuille, mais celle quon porte dans le cœur.

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