Tous ceux qui travaillent comprendront mon enthousiasme lorsquon sonne à la porte le matin de mon unique journée de repos.
Avant même dêtre complètement éveillé, allez savoir pourquoi, jai pensé dabord à un problème de plomberie et je me suis précipité pour voir si je navais pas inondé quelquun. La salle de bain et la cuisine étaient sèches, donc ce nétaient pas les voisins du rez-de-chaussée, que javais effectivement inondés il y a six mois.
La sonnette continuait de retentir sans relâche, alors je me suis résigné à me traîner jusquà la porte. En ouvrant, jai dabord aperçu quelques valises, puis des personnes masquées derrière elles.
Ah, je ne taurais jamais reconnu dans la rue ! Cétait un drôle de compliment lancé dun air surpris par une femme dun certain âge.
Jessaie de me rappeler qui elle est
Je fixe son accompagnateur, qui me sourit franchement et me tend la main. Derrière eux, la tête dun jeune homme pointe, mais lui, heureusement, ne se mêle pas à la devinette. Mais la femme reprend aussitôt : Eh bien, tu ne vas pas nous laisser poireauter sur le palier, fais-nous entrer ! Pardon, entrer, en quel honneur ?
Ah, tu ne reconnais pas ton oncle ? Cest moi qui me suis occupée de toi, enfin ! Et lui (elle désigne le garçon), cest ton cousin, il vient étudier à Paris et il na nulle part où loger. On sest dit quil pourrait rester chez toi. On lui achètera un lit plus tard, tu verras, tout ira bien. On a apporté des petits cadeaux ! Ton père ne ta pas prévenu ?
Non, il ne ma rien dit Ah, il a sûrement oublié, ce nest pas grave, on va sorganiser ! Comment ça, on va sorganiser ? Il veut vivre ici ?
Oui, tu pourrais toccuper de lui, tu comprends, dans une grande ville, il na aucun repère ! Je ne vais moccuper de personne, surtout que ma fiancée passe chez moi régulièrement. Il ny a pas la place. On va bien trouver une solution Je ne veux pas de solution, il y a des foyers étudiants pour ça, moi aussi jy suis passé. Non, écoute, ce nest pas possible !
Lambiance chez les membres de la famille se tendait dangereusement à mesure quils poussaient leurs valises à lintérieur, se heurtant à ma résistance. Jai pris conscience que si les valises franchissaient le seuil de mon appartement, il serait beaucoup plus difficile de men débarrasser après. Je leur ai alors demandé de patienter cinq minutes, puis je les ai raccompagnés jusquà la résidence universitaire où mon cousin avait pourtant été admis.
Jai eu droit à des reproches sur mon manque de cœur et mon égoïsme, les sourires sont tombés, puis les valises et leurs propriétaires ont fini par séclipser. Plus tard, jai appelé mes parents et demandé : Mais enfin, cétait quoi ça ?
Après que je lui ai tout raconté, ma mère sest fâchée à son tour et ma fait la morale, me reprochant de navoir aucun sens de la famille.