«On va squatter jusqu’à l’été !» : Comment j’ai mis dehors la famille envahissante de mon mari et ch…

«On va rester chez toi jusquà lété !» : comment jai mis à la porte la famille culottée de mon mari et fait changer les serrures.

Linterphone ne sonne pas, il hurle. Je jette un œil à lhorloge : sept heures du matin, samedi. Mon unique matinée pour dormir après avoir clôturé le rapport trimestriel, pas pour recevoir des invités. Sur lécran apparaît le visage de ma belle-sœur. Chantal, la sœur de mon mari Julien, a lair prête à prendre dassaut lAssemblée nationale. Derrière elle flottent trois têtes denfants, toutes aussi ébouriffées les unes que les autres.

Julien ! je lance sans décrocher. Ta famille. Tu ten occupes.

Mon mari sort de la chambre en catastrophe, mettant son short à lenvers. Il sait que mon ton ne prévoit aucune tolérance envers les siens. Pendant quil marmonne vaguement à linterphone, je suis déjà debout dans lentrée, bras croisés. Mon appartement, mes règles. Ce « T4 » moderne, dans le 5e arrondissement de Lyon, je lai acquis bien avant le mariage, à la sueur de mon front et sous le poids dun prêt, et la dernière chose que je veux, cest y voir des étrangers.

La porte claque, et comme une vague, la tribu déboule dans mon couloir, où flotte encore lodeur de mon parfum Diptyque. Chantal, chargée comme un mulet, ne prend même pas la peine de me saluer. Elle me pousse dun coup de hanche, comme on contourne un meuble.

Dieux merci, on est arrivés ! souffle-t-elle en balançant ses sacs directement sur le carrelage italien. Aline, tu comptes rester plantée ou tu mets la bouilloire ? Les enfants meurent de faim !

Chantal, ma voix est froide, et Julien rentre la tête entre les épaules. Quest-ce qui se passe ?

Quoi, il ta pas dit ? elle écarquille les yeux, tout sourire. On fait des travaux ! Grosse rénovation, on pète les tuyaux, on refait les sols. Impossible de vivre chez nous, cest la poussière partout. On squatte ici une petite semaine, tas bien de la place. Regarde, ces mètres carrés vides…

Je regarde mon mari, qui examine le plafond, devinant déjà que ce soir, il va passer un sale quart dheure.

Julien ?

Aline, franchement cest ma sœur Où veux-tu quils aillent avec les enfants ? Juste une petite semaine.

Une semaine, jarticule. Pas un jour de plus. Vous gérez vos repas. Les enfants ne courent pas dans lappart, ne touchent pas aux murs, napprochent pas de mon bureau à moins dun mètre. Et après 22h, silence absolu.

Chantal lève les yeux au ciel :

Tes du genre stricte On se croirait chez le surveillant général ! Bon, on fait comme ça. On dort où ? Pas par terre, jespère ?

Ainsi commence lenfer.

La « petite semaine » devient deux, puis trois. Mon appart, conçu sur mesure avec décoratrice, ressemble à une porcherie. Le tas de chaussures sales bloque lentrée, la cuisine sent le graillon, des traces de doigts brillent sur la table du salon. Chantal ne se conduit pas en invitée, mais en reine, persuadée que le monde lui appartient.

Aline, ya plus rien dans le frigo ! me lance-t-elle un soir, scrutant les étagères vides. Les enfants ont besoin de yaourts, et nous, on se ferait bien une bonne bavette. Avec ce que tu gagnes, tu pourrais gâter un peu tes proches

Tu as ta carte, des magasins partout je réponds sans lever les yeux de lordinateur. Vas-y. Livraison 24h/24.

Radine ! bougonne-t-elle, claquant la porte du frigo. On nemmène rien au paradis, tu sais.

Mais la goutte deau vient plus tard. Un soir, je rentre plus tôt du travail, et je trouve mes neveux dans ma chambre. Le grand saute partout sur mon matelas haut de gamme, le petit… crayonne sur le mur. Avec mon rouge à lèvres Chanel, édition limitée.

OUSTE ! je rugis. Les enfants fuient, affolés.

Chantal débarque aussitôt. Devant les dessins et la moitié du tube écrasé, elle hausse les épaules :

Oh ça va, cest des mômes ! Deux traits sur le mur, tu les nettoieras. Le rouge, un peu de graisse colorée et voilà Tu rachèteras, tu ne vas pas en mourir. Dailleurs, avec les travaux qui séternisent et cette équipe dalcoolos, on va rester jusqu’à l’été. Vous serez moins seuls, ce sera la fête à la maison !

Julien reste muet. Un mollasson.

Je ne réponds rien. Je file menfermer dans la salle de bains pour éviter de commettre un crime. Je dois respirer.

Le soir, Chantal part prendre sa douche, laissant son téléphone sur la table. Lécran sallume à cause dune notification, et un message saffiche en gros, parfaitement lisible : « Chantal, jai fait le virement pour juillet. Les locataires sont ravis, ils demandent si cest possible de garder lappart jusquen août ? » signé « Marie Location ». Puis notification bancaire : « Crédit : +950 euros ».

Un déclic. Tout séclaire. Aucun travaux chez elle. Cette pique-assiette a loué son appartement en meublé et vient squatter chez moi plein bénéfices, zéro dépense. Économie sur la bouffe, charges incluses et revenus locatifs. Business model parfait. À mes frais.

Je prends mon mobile et je photographie lécran. Je nai pas la main qui tremble, au contraire : une froide lucidité.

Julien, viens dans la cuisine, je lappelle.

Quand il arrive, je lui tends la photo. Il lit, blêmit.

Aline, peut-être que

Peut-être rien. Demain midi, soit ils quittent les lieux, soit tu pars avec eux. Ta mère, ta sœur et votre cirque en entier.

Mais ils vont dormir où ?

Franchement, je men fiche. Sous un pont, à lHôtel Sofitel, peu m’importe.

Le matin, Chantal annonce, radieuse, quelle va faire du shopping elle a repéré « de sublimes bottines » (certainement payées avec largent du loyer). Les enfants restent avec Julien, qui a posé sa journée.

Jattends quelle ferme la porte.

Julien, emmène les enfants au parc. Pour longtemps.

Pourquoi faire ?

Parce que jai besoin de désinfecter lappart des parasites.

Dès quils disparaissent, jappelle une société de serrurerie, puis la police du quartier.

Lhospitalité, cest fini. Place au nettoyage.

« Peut-être que cest une erreur ? » Mais non : aucune erreur. Juste un plan bien rodé.

Le serrurier, un gaillard tatoué, travaille vite et bien.

Belle porte, approuve-t-il. Le nouveau barillet, quasi inviolable. Personne ne rentre sans matériel lourd.

Parfait, cest exactement ce quil me fallait.

Je lui fais un virement une somme équivalente à un bon dîner, mais la tranquillité na pas de prix. Je retourne faire le ménage : jempile tout dans de grands sacs-poubelle de 120 litres soutiens-gorge de Chantal, collants denfants, jouets, chaussettes égarées. Aucun état dâme : jentasse tout. Sa trousse de maquillage aussi, hop, dans le sac.

Quarante minutes plus tard, cinq sacs noirs et dodus trônent dans le couloir. Deux valises terminent la pile.

Quand le policier débarque, je lattends, dossier de lappart sous le bras.

Bonjour lieutenant, je lui tends les titres et mon passeport. Je suis la propriétaire, personne nest enregistrée à cette adresse à part moi. Aujourdhui ils essaieront de rentrer, mais ils nont aucun droit. Merci de prendre note de leur tentative dintrusion.

Le jeune agent, lœil las, parcourt les papiers.

De la famille ?

Ex, je souris. On est au stade terminal dun litige familial.

Une heure plus tard, Chantal arrive, tout sourire, chargée de sacs Galeries Lafayette. Elle pâlit en découvrant la montagne de sacs-poubelle, moi, et le policier à mes côtés.

Mais cest quoi ça ? elle hurle, pointant les sacs. Aline, tas pété un câble ? Ce sont MES affaires !

Oui, je croise les bras. Les tiennes. Prends-les, lhôtel est fermé.

Elle tente de sélancer, mais lagent larrête.

Madame, vous habitez ici ? Documents ?

Je je suis la sœur de Julien ! On est invités ! Elle se tourne vers moi, écarlate. Mais quest-ce que tu fiches, pétasse ? Il est où Julien ? Je vais lappeler !

Fais-toi plaisir. Mais il ne répondra pas. Il explique à tes anges pourquoi leur maman est si entreprenante.

Elle appelle, pas de réponse. Encore. Rejet. Julien, sans doute, vient de se réveiller à la réalité ou craint le divorce qui lui laisserait la tête sur le billot.

Tu nas pas le droit ! elle crie, jetant ses sacs. Une boîte à chaussures dégringole. On a des travaux ! On na nulle part où aller ! Il y a les enfants !

Arrête. Passe le bonjour à Marie. Demande-lui si la location est prolongée jusquen août, ou si tu vas devoir virer tes locataires pour avoir un toit.

Chantal reste bouche ouverte, hébétée.

Mais comment tu

Faut bloquer ton portable, madame lentrepreneure. Voilà un mois que tu vis à mes crochets, que tu bouffes ma nourriture, ruines mon intérieur, pour te payer une bagnole ? Bravo. Mais maintenant, écoute bien.

Jai baissé le ton, mais chaque mot claque dans le vide du palier :

Tu prends ces sacs et tu dégages. Si je te vois, toi ou tes gamins, à moins dun kilomètre dici, jenvoie une note au fisc pour location au noir. Et je signale aussi un vol : il me manque une bague en or, probablement glissée dans un de tes sacs si la police se met à fouiller.

La bague est dans mon coffre, bien sûr, mais Chantal, elle, nen sait rien. Elle vire au blanc cireux, le fond de teint virant au masque.

Tes une vraie salope, Aline, elle grince. Dieu te jugera.

Dieu a dautres soucis, je coupe. Et mon appart’, lui, est de nouveau libre.

Elle saffaire, tremblante, essaie dappeler un taxi. Lagent regarde la scène, indifférent, ravi déchapper à la paperasse.

Quand les portes de lascenseur se referment derrière elle, ses valises et ses rêves envolés, je remercie le policier.

Merci pour votre aide.

Pensez juste à garder de bons verrous, sourit-il.

Je rentre, la porte se ferme avec un clac rassurant du nouveau barillet. Lodeur de javel flotte : la société de nettoyage finit de désinfecter la chambre.

Julien revient deux heures plus tard. Seul. Les enfants sont remontés avec Chantal, parties dans un taxi. Il entre, nerveux, guettant un piège.

Aline elle est partie.

Je sais.

Elle a hurlé des horreurs sur ton compte

Je men fiche de ce que piaillent les rats quon jette à leau.

Je bois un café tout frais dans ma tasse préférée, intacte. Plus de gribouillis sur les murs tout est propre. Le frigo nabrite que mes courses.

Tu savais quelle avait mis son appart en location ? je lui demande sans le regarder.

Non, jamais ! Je te jure, Aline ! Si j’avais su

Tu te serais tu, je tranche calmement. Alors écoute : cest la dernière fois. Si ta famille remet ça, tes valises seront prêtes à côté des leurs. Cest compris ?

Il acquiesce, net, terrorisé. Il sait que je ne plaisante pas.

Je prends une gorgée de café.
Il est parfait.
Chaud, corsé, et surtout, savouré dans le calme absolu de MON appartement.
Ma couronne ne me gêne pas,
Elle me va à merveille.

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