On a mis Vassili à la porte… Encore une fois… Pour la troisième fois malgré sa jeune vie… La chance ne lui souriait vraiment pas… Et cela a bouleversé son destin à jamais…

On avait chassé Gustave Encore La troisième fois de sa courte vie Rien ne lui souriait jamais. Et cela bouleversa son existence à tout jamais.

On avait chassé Gustave. Encore une fois. Pour la troisième fois, alors quil navait quun an à peine. Il navait vraiment pas de chance.

À peine une année écoulée, et déjà trois familles lavaient rejeté. Enfin rejeté Au début, on se le passait de main en main. Ensuite

Ensuite, on lavait tout simplement sorti dans la rue. Emmené un peu plus loin, loin de limmeuble. On lavait déposé dans une benne verte à ordure, avant de partir en hâte. Pour être sûr quil ne retrouverait jamais le chemin de la maison. Mais lui, il ne cherchait même pas à rentrer.

Il avait tout de suite compris. Ça se lisait dans les yeux du monsieur. Sa femme avait été très contrariée lorsque Gustave avait griffé le nouveau canapé en cuir.

Tellement cher. Cest elle qui a rendu le verdict. Quant au mari ? Que pouvait-il faire ? Il se rangeait toujours à lavis de sa femme.

Il prit le chat dun an sous le bras et marcha jusquaux poubelles à lautre bout du square.

Gustave naurait même pas couru après lui. Non, il naurait pas couru. Il avait vu la condamnation dans ses yeux et savait à quoi sen tenir.

Tout était perdu. Ce serait bien de se dire au revoir, comme des humains. De recevoir une dernière caresse, quelques mots dexcuse. Mais il ny eut rien de cela.

Ce nétait pas humain. On aurait dit quil vidait un seau dordures.

Gustave soupira, cherchant dans les déchets quelque chose à grignoter. Il grignota quelques bouts de poulet refroidis et ressortit sasseoir à côté de la grande benne verte. Il leva les yeux vers le soleil.

Il plissait les yeux, mais ne détournait pas le regard. De ce grand cercle lumineux venait une chaleur douce qui lui plaisait terriblement.

Cétaient les derniers rayons de soleil. Les derniers dété, dautomne, dhiver. Une brève douceur. Légère effusion de chaleur qui faisait fondre la fine pellicule de glace.

Mais dans lâme de Gustave, tout était glacé.

Le soir et la nuit tombèrent, rudes. Après le coucher du soleil, le vent et le froid prirent le relais.

Le chat roux tremblait de froid. Il ne savait ni où aller ni comment se cacher. Alors
Il découvrit un tas de feuilles mortes, orangées, et sy glissa. Il senroula sur lui-même. Au début, il avait si froid quil tremblait de tout son corps, puis

Puis, quand le vent recouvrit son pelage roux de petites perles glacées, il se sentit tout à coup plus chaud, et les frissons cessèrent. Une voix douce à lintérieur murmurait de bonnes paroles.

Elle lendormait doucement, linvitant à fermer les yeux et à oublier tous ses malheurs.

« Roule-toi, et dors. Dors, dors, dors… » Cest ce quil ressentait, ce doux appel.

Une chaleur réconfortante se répandait dans ses membres engourdis.

Cétait si simple. Il suffisait de renoncer, et tout passerait. La paix et léternité viendraient. Les peines et les chagrins sévaporeraient.

Gustave soupira une dernière fois, cédant à la lassitude. Pourquoi lutter ? Pourquoi faire des efforts ?

Demain lattendraient à nouveau le froid, la faim, ce désir de fermer les yeux à jamais et ne plus jamais, jamais, jamais les ouvrir.

Les lampadaires dans la rue sallumèrent, dabord là-bas, au loin. Gustave les observa une dernière fois. Il les regardait souvent depuis sa fenêtre, avant. Le chat roux se gorgea une ultime fois de cette lumière, que ses yeux reflétèrent dans lombre.

Ce point brillant attira lattention dune petite fille aux cheveux cuivrés. Elle rentrait chez elle avec son père. Elle le tira par la manche.

Là-bas, dit-elle, il y a quelquun dans les feuilles !

Il ny a personne là-bas, répliqua le père, frissonnant sous le froid. Allons vite, je me gèle.

Il voulut léloigner du tas de feuilles sombres. Mais la fillette secoua lépaule.

Jai vu ! Jai vu de la lumière.

De la lumière ? Dans ce vieux tas de feuilles ? sétonna le père. Ce nest pas possible.

Mais la fillette sapprocha déjà. Elle fouilla la couche supérieure des feuilles et découvrit Gustave, le chat roux.

Papa ! cria-t-elle.

Je lai dit, je lai vu, cest lui !

Lui, qui ? questionna le père en sapprochant.

Lui, répondit la fillette, en tentant de soulever ce petit corps gelé.

Laisse-le, dit le père. Il est déjà mort. On ne va pas ramener un chat mort à la maison

Il nest pas mort, répliqua la petite. Je le sais. Je lai vu, il y avait de la lumière dans ses yeux.

De la lumière dans les yeux dun chat ? sétonna le père.

Il sapprocha encore et, soulevant le chat, chercha avec précaution un souffle ou un battement de cœur.

Et Gustave, lui, navait quune envie : dormir. Le sommeil engourdissait ses paupières, la chaleur envahissait doucement son vieux corps, tandis quune voix chuchotait intérieurement :

« Dors, dors, dors Ne rouvre pas les yeux »

Mais cette voix, frêle, ce petit timbre denfant répétait inlassablement :

La lumière dans ses yeux

« Mais que veulent-ils de moi ? Pourquoi ne me laissent-ils pas en paix ? Pourquoi ne pas me laisser dormir, enfin ? »

À grand-peine, il entrouvrit les yeux pour apercevoir les importuns.

Tu vois ! sécria la fillette. Tu vois ? Encore ! La lumière !

Quelle lumière ? marmonna le père, à la fois perplexe et désarmé. Mais il ôta sa parka, y enveloppa le chat roux et sen alla rapidement en direction de limmeuble.

Sa fille trottinait à côté, hâtee.

Papa, dépêche-toi, il a tellement froid

Ils disparurent dans le hall, puis Aux fenêtres du cinquième étage, la lumière jaillit.

On donna à Gustave un bain chaud, on le nourrit de lait tiédi. La fillette, elle, le suppliait :

Surtout, ne meurs pas. Ne meurs pas, je ten supplie.

Et la glace sur son pelage fondit, et, dans son âme aussi, la glace fondit.

Et le grand chat roux, tout étonné, regardait le père et la fille soccuper de lui. Il avait repris ses esprits et sentait enfin la vraie chaleur.

Celle qui emplissait son être non pas celle du radiateur, mais celle dun tout petit cœur denfant.

Et, dehors, il était là. Celui qui, parfois, vient en aide.

Il se tenait face aux fenêtres du cinquième étage, illuminées, et murmurait :

Je fais tout ce que je peux. Tout ce que je peux.

Il resta là, réfléchit un instant, puis ajouta :

La lumière tout le monde ne la voit pas. Non Tout le monde ne peut pas la garder, même sils arrivent à la voir.

Quant à Gustave, en observant la fillette aux cheveux de feu, il ne pensait pas à la grandeur dâme de lhomme. Ces réflexions, ce sont les humains qui les ont. Lui pensait à autre chose.

Il voyait la lumière. La lumière dans ses yeux.

Dites-moi ce que vous en pensez, laissez vos impressions.

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