Olivier a épousé Nadège par dépit envers son ex bien-aimée. Il voulait lui prouver qu’il ne souffrait pas de sa rupture avec elle.

Jai épousé Nadège par dépit, pour prouver à mon ancienne petite amie que je nétais pas anéanti par sa rupture. Jaimais Marie dun amour fou : jaurais pu décrocher la lune pour elle. Nous avions été ensemble près de deux ans, et je pensais déjà à la demander en mariage. Seulement, elle évitait la discussion chaque fois que je la lançais :

Pourquoi se presser ? Je nai même pas fini la fac, et ta boîte ne décolle pas. Pas de vraie voiture, pas dappartement à toi Sophie est mon amie, mais je nai pas envie de partager la cuisine tous les matins avec elle. Si seulement tu navais pas vendu la maison…

Ces paroles me faisaient mal, mais ils nétaient pas dénués de vérité. Avec ma sœur Sophie, on habitait ensemble le vieil appartement de nos parents, et tout juste je commençais à my retrouver dans la gestion de lentreprise familiale que javais dû reprendre avant même davoir mon diplôme. Le temps me manquait cruellement, jonglant entre mes études et la survie de la boutique.

La maison familiale, nous lavions vendue dun commun accord avec Sophie pour sauver la société. Les dettes saccumulaient : jétais en dernière année, elle en troisième, et la vente nous avait permis de tout régler, dinvestir dans du stock et de garder un petit bas de laine.

Marie, elle, vivait dans linstant, protégée chez ses parents. Mais quand on devient dun coup le pilier de famille et le seul espoir de sa sœur, on voit les choses différemment. Le succès viendrait, je men persuadais : la belle voiture, la maison avec jardin suivraient.

Rien ne laissait prévoir la tempête. Jattendais Marie devant le cinéma, on avait prévu de voir le dernier film ensemble. Elle mavait bien dit de ne pas venir la chercher, ce qui était étrange elle détestait les transports en commun. Je guettais son arrivée quand elle est descendue dune berline luxueuse.

Je suis désolée, Arnaud. Nous deux, cest fini. Je me marie, ma-t-elle lancé en me fourrant un livre dans les mains avant de repartir sans un mot.

Je suis resté figé. Quest-ce qui avait pu changer en trois jours dabsence ?

Sophie comprit tout en voyant mon visage :

Tu es au courant, alors ?

Jai acquiescé dun signe de tête.

Elle sest trouvé un petit-nouveau bien nanti. Le mariage, cest le 25. Elle voulait que je sois témoin, jai refusé. Cest une traitresse ! Elle te trompait dans ton dos ! Émue, Sophie éclata en sanglots.

Pour la rassurer, jessuyais ses larmes comme on le fait à un enfant.

Ne tinquiète pas. Elle fera sa vie, et nous, la nôtre sera bien mieux.

Puis je me suis enfermé presque une journée. Sophie frappait :

Au moins, viens manger. Jai préparé des crêpes.

Le soir, je suis sorti de ma chambre, lair déterminé.

Habille-toi, ai-je annoncé à Sophie.

Tu fais quoi ?

Jépouse la première venue qui acceptera ma demande.

Nimporte quoi ! Tu joues pas quavec ta vie, là

Mais jétais décidé. Dans le parc, il y avait beaucoup de monde. La première fille à qui jai fait ma proposition ma pris pour un fou. La deuxième sest éloignée effrayée. La troisième, après avoir plongé son regard dans le mien, a accepté.

Comment tappelles-tu, princesse ?

Nadège, a-t-elle répondu.

On va fêter nos fiançailles ! Et jai traîné ma nouvelle acquise et Sophie au premier café venu.

Lambiance au café était tendue, personne ne trouvait quoi dire. Moi, je ruminais ma vengeance. Javais décidé : moi aussi, je me marierais le 25.

Il y a sûrement une raison à une demande aussi soudaine, brisa le silence Nadège. Si cest un coup de tête, je peux partir.

Non. Tu as donné ta parole. Demain, on fait la demande officielle et on va voir tes parents.

Je lui ai lancé un clin dœil :

Et pour commencer, on se tutoie !

Durant tout le mois précédent le mariage, on sest fréquentés chaque jour. On a appris à se connaître.

Tu ne veux toujours pas mexpliquer ton geste ? demanda Nadège un soir.

Chacun a ses vieux fantômes, ai-je éludé.

Tant quils ne nous empêchent pas davancer

Et toi, pourquoi as-tu accepté ?

Jai pensé aux contes où le père donne sa fille au premier venu. Ça finit toujours par ils furent heureux et eurent beaucoup denfants. Jai voulu vérifier par moi-même.

En réalité, la vie de Nadège navait rien dun conte de fée. Sa grande histoire damour sétait mal terminée, avec le cœur brisé et quelques économies envolées. Elle avait appris à reconnaître la véritable valeur des hommes qui lapprochaient. Nadège ne cherchait pas le prince charmant, mais un homme stable et déterminé et elle a vu cela en moi. Si javais été avec des amis ce soir-là, elle serait passée sans sarrêter.

Tu serais quelle princesse, toi ? ai-je plaisanté. Perle, Belle, ou une grenouille à embrasser ?

Essaie pour voir, a-t-elle répondu en riant.

Pas de baisers, pas davantage.

Je me suis chargé de tous les préparatifs de la cérémonie. Nadège navait quà choisir dans ce que je proposais. Même pour la robe et le voile, je nai rien laissé au hasard.

Tu seras la plus belle, ne cessais-je de répéter.

À la mairie, pendant lattente, on est tombé nez à nez avec Marie et son futur époux. Forçant le sourire, je lui ai dit :

Je vous félicite, en déposant un baiser innocent sur sa joue. Sois heureuse avec ton tiroir-caisse sur pattes !

Pas besoin den faire trop… marmonna Marie, pincée, en examinant avec insistance Nadège. Élégante, fière, belle même plus belle quelle. Marie ne légalerait jamais. Une jalousie froide la tirait vers le fond. Elle savait avoir fait fausse route, que le bonheur rêvé lui échapperait.

Je suis revenu vers Nadège :

Tout va bien, susurrai-je.

Il nest pas trop tard pour tout arrêter, souffle-t-elle.

Non. Jusquau bout.

Mais dans la salle des mariages, lisant la tristesse dans les yeux de ma femme, je compris la portée de mon geste.

Je vais te rendre heureuse, lui ai-je promis en y croyant dur comme fer.

La vie conjugale a commencé. Sophie et Nadège se sont rapidement bien entendues, se complétant à merveille. Impulsive, Sophie apprenait à se maîtriser, tandis que Nadège organisait la maison avec un naturel dexperte.

Dotée dun sens aiguisé de la gestion, Nadège remit rapidement de lordre dans nos finances. En six mois, nous avions ouvert une deuxième boutique, puis créé une équipe de rénovation. Et rapidement, nous ne faisions plus que vendre des matériaux de construction : on se lançait dans les travaux eux-mêmes. Les bénéfices montaient en flèche.

Nadège avait tout dune femme sage : elle me suggérait ses idées avec doigté pour me donner limpression quelles venaient de moi-même. La vie aurait pu être parfaite… Mais il me manquait cette passion enivrante éprouvée auprès de Marie. Tout semblait réglé, prévisible. « La routine, pensai-je, elle me bouffe… Je ne laime pas, tout est là. »

Grâce à Nadège, laffaire a encore prospéré : on a commencé à construire des maisons clés en main, la première étant la nôtre.

Plus ma réussite grandissait, plus je pensais à Marie. « Elle na pas su patienter Si elle voyait la voiture que je conduis et cette maison… cest un véritable château ! » Je me surprenais à penser : « Et si ? »

Nadège, elle, percevait mon malaise. Elle aurait voulu devenir celle que jaimerais éperdument. Mais ce genre de sentiments ne sordonnent pas, et même son prénom ne lui donnait pas cette force magique dy croire. Elle gardait espoir, cependant.

Sophie me surveillait aussi.

Tu risques de tout perdre pour rien, me lança-t-elle, me découvrant sur la page Facebook de Marie.

Mélange-toi de tes affaires ! répondis-je.

Les yeux sombres, elle répliqua :

Tes idiot ! Nadège taime vraiment, et toi, tu joues à quoi ?

Je fulminais intérieurement. Mon attirance pour Marie ne faiblissait pas. Je lui écrivis.

Elle se plaignait : vie sentimentale ratée, mari layant jetée dehors, études avortées, pas de boulot digne de ce nom. Elle vivait dans une sous-location à Lyon.

Jai hésité plusieurs jours. Puis, par hasard, Nadège partit aider sa grand-mère malade à la campagne pour une semaine. Loccasion était trop belle, le risque trop tentant.

Jai pris la direction de Lyon, emporté par la nostalgie, rêvant à nos retrouvailles.

La réalité fut brutale.

Mon joli cœur ! Marie me sauta au cou.

Son odeur me heurta. Jesquivai.

Les gens nous regardent.

Je men fiche ! gloussa-t-elle.

Mini-jupe, maquillage au rabais, parfum douteux Vulgaire, rien à voir avec Nadège. « Elle a toujours été comme ça. Comment ai-je pu être aveugle ? » me disais-je en la regardant engloutir bière sur bière.

Donne-moi de largent tauras une récompense, minauda-t-elle.

Je me demandais comment men débarrasser.

Désolé, jai des rendez-vous, fis-je, en me levant.

On se revoit ?

Peu probable, dis-je en appelant le serveur. Laddition, sil vous plaît.

Je veux encore rester ! se plaignit-elle.

Cette somme devrait suffire pour quelle profite encore un moment, dis-je en glissant un bon billet de cinquante euros au serveur.

Le jeune homme hocha la tête, complice.

Je suis rentré en voiture comme un fou.

Crétin ! pestais-je. Sophie avait raison, pourquoi avoir tout risqué ? À moins que ce soit utile…

« Je nai jamais appelé ma femme Nadège par un diminutif. En fait, je nai personne de plus cher quelle. » Cette pensée me stoppa net. Je garai la voiture et restai là, à repasser en mémoire tous ces moments depuis notre mariage.

Je revoyais le visage de Nadège, ses yeux bleu glacier, la façon dont elle souriait en me voyant, comment ses doigts longs et soignés ébouriffaient doucement mes cheveux.

« Je lui ai promis de la rendre heureuse. » Sur ce, je redémarrai et quittai lautoroute, fonçant sur un petit chemin de campagne.

Une semaine, cest beaucoup trop long. Je nai même pas tenu deux jours sans toi, murmurai-je à Nadège, tout juste sortie de la maison de sa grand-mère.

Quel fou tu fais, souffla-t-elle entre larmes et sourire.

Nadège, mon amour susurrai-je à son oreille, nos cœurs battant à lunisson.

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