Olga préparait des bocaux de ratatouille maison quand son mari revint du travail. – Je suis rentré ! – lança Serge, entra dans la cuisine et resta bouche bée.

Claire refermait les bocaux de ratatouille maison lorsquelle entendit la porte souvrir.
Je suis là, lança Paul en posant sa veste, puis il sarrêta net en entrant dans la cuisine.
Mais quest-ce que cest que ce bazar ?
Tu ne reconnais pas ? De la ratatouille ! Je prépare des réserves, comme tu mas demandé, répondit Claire avec un faible sourire.
Je parle de tout ça ! Paul balaya la cuisine du regard : une table encombrée de bols, des assiettes pleines de légumes, des bocaux partout et une énorme cocotte où débordaient des tomates. Les odeurs de poivron, dail, et dhuile dolive embaumaient lair.

Elle éminçait calmement ses poivrons, comme si ces désordres étaient normaux.
Cela ne devait pas durerlambiance explosa, la tension monta dun ton.

***
Quelques jours plus tard, Claire franchit le pas de la porte, déterminée :
Paul, je ne suis pas venue pour rester. Je récupère juste les affaires qui restent, déclara-t-elle avec une voix où tremblait la colère contenue.

Claire ne fais pas ça, je ten prie. Je ne veux pas quon se sépare, tu me manques trop.

Elle détourna les yeux. Depuis une semaine, lincompréhension et la rancœur avaient noircis leur quotidien.
Tout sétait envenimé un samedi où Paul, rentrant sans prévenir pendant ses réparations de voiture chez sa sœur, avait découvert la cuisine en chantier.

Cela faisait seulement quatre mois quils partageaient lappartement de Paul. Claire avait quitté son studio de Lille, convaincue davoir enfin trouvé lamour mature auquel elle aspirait, à quarante-cinq ans passés. Sa fille, jeune adulte, travaillait déjà, et Paul napercevait son fils quaux vacances, la mère de lenfant étant partie à Bordeaux.

Au début, il y avait le bonheur tout simple : préparer de bons plats pour lui, rentrer du travail une heure avant et trouver lénergie de cuisiner même épuisée. Paul était tendre et attentionné. Mais depuis quelque temps, ce nétait plus le même homme qui franchissait le seuil le soir : le ton grondeur, les remarques sur la vaisselle pas faite, un coussin de travers, la couette trop froissée.
Tout prenait des proportions délirantes.

Mais ce soir-là
Tu pourrais mettre un peu dordre ! râla Paul en claquant la porte.

Je nettoierai quand jaurai fini Tu nas jamais vu de chantier après la cuisine ?
Arrête ! Tu termines jamais, tu laisses tout traîner !

Et mes efforts ? Tu ne les vois pas ? Comment crois-tu que la ratatouille se fait ? Cest bien toi qui mas demandé den faire, non ? Je suis crevée, jai fait deux aller-retour au marché, jai porté tous ces sacs

Jai chaud, cest irrespirable, toute la maison sent la friture !
Tu nas quà tinstaller devant la télé, la cuisine sera rangée dans une heure.
Encore tes pâtes dhier ? Tu navais pas le temps de cuisiner autre chose ?
Paul, tout ne peut pas être parfait Jai fait de mon mieux !

Le ton montait, et les mots devenaient des armes.
Ça suffit, jen peux plus !
Cest moi qui nen peux plus, tu veux dire. Tu râles toujours ! Il n’y a plus de joie, plus de compliments. Rien ne va jamais ! Tu voudrais que je fasse tout, que je sois partout Mais toi, tu ne fais rien.

Paul encaissa, se referma encore un peu plus. Elle vit son visage se durcir.

Elle crut un instant pouvoir se contrôler, mais non. Sa décision tomba comme un couperet :
Cest terminé entre nous !

***
Tout se déroula rapidement ensuite. Les mains tremblantes de colère et de déception, Claire fourra ses affaires dans deux valises, enfila un jean, passa un vieux manteau. Paul la regardait sans mot dire, figé.
Elle dormit chez son amie Sophie, puis, dès le lendemain, signa pour un deux-pièces à Marcq-en-Barœul, avançant trois cautions dun coupprès de 1800 euros parties dun trait, pour lagence et les frais.

Au début, elle tint bon : pas question de retourner, pas la moindre envie. Mais une fois passée la colère, la tristesse arriva. Elle pensait à leurs disputes, revivait chaque phrase lancée. La faille était là.
Paul na pas appelé. Un unique SMS le soir de son départ :
Et je fais quoi, moi, de toute cette ratatouille ?
Fais-en ce que tu veux, jmen fiche ! avait-elle répondu rageusement.

Elle en avait eu mal au cœur. Il a suffi de peu pour finir la ratatouille. Tant de choses gaspillées.

Elle sétait surprise à espérer quil lappellerait, quil comprendrait et sexcuserait. Mais pas un signe.

Une semaine passa. Claire shabitua à la solitude, à ses nouveaux murs, au silence revenu. Elle décida que le moment était venu de récupérer ses dernières affaires et de rendre les clés.

Elle prévint Paul avant de passer. Il ouvrit, pâle et abattu. Elle sentit au fond delle une pointe de tristesse, mais son visage resta impassible.
Arrête de te mentir, Paul. Si tu tenais à moi, tu aurais agi, tu aurais cherché à recoller les morceaux. Les mots, ce nest pas suffisant.

Pardonne-moi, je ten conjure ! Je ne sais pas ce qui ma pris

Garde tes remords, Paul, cest trop tard.

Sans un mot de plus, elle traversa lappartement, remplit quelques sacs de bricoles : un shampoing oublié dans la salle de bains, sa tasse favorite où était écrit le prénom de sa fille, le plaid tricoté par sa sœur pour son anniversaire.

Paul la suivait comme une ombre, cherchant une faille, une main tendue. Trop tard. Une semaine entière sans un mot, cétait bien assez pour savoir.

Lorsquelle eut entassé ses affaires, elle appela un taxi. Paul se posta devant la porte :
Ne pars pas, je ten supplie, je vais sombrer sans toi !

Peut-être. Mais avec toi, je sombrais aussi répondit-elle calmement, le poussant doucement de côté.

Claire descendit, planta ses valises dans le taxi. Paul, à travers la vitre, resta immobile, perdu, cherchant encore où il sétait trompé.
Ils ne se revirent plus jamais.

Dans le taxi, Claire fixait la pluie sur les vitres. Cétait lautomne dehors, et tout autant dans son cœur.
Puis soudain, elle se souvint : dans deux semaines cétait son anniversaire, elle aimait lautomne, ces feuilles dorées, la lumière douce.

Tout ira bien, se murmura-t-elle, un sourire discret sur les lèvres. Tout ira bien.

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