Élodie était venue chez sa mère pour le Nouvel An. Elle voulait faire la surprise, alors elle navait prévenu personne de son arrivée. La jeune femme arriva devant la maison, sourit malicieusement et frappa à la porte. À peine une seconde plus tard, sa petite sœur, Capucine, déboula comme un feu follet ! La journée passa sans quelles ne sen aperçoivent. Tandis quÉlodie et Capucine taillaient les légumes en bâtonnets pour les salades, leur mère préparait le plat préféré dÉlodie : le fameux gratin dauphinois à la mode de Lyon.
Tu sais, je pressentais que tu passerais, dit sa mère. Javais comme un feeling Mais jétais persuadée que tu viendrais accompagnée Tu ne fréquentes vraiment personne depuis Romain ?
Non, maman, sil te plaît Élodie se contenta de faire la moue.
Soudain, son téléphone vibra et Élodie faillit lâcher son saladier sous le coup de la surprise.
Oh la la, jadore le Nouvel An, mais en même temps jen peux plus Entre les comptes, les vérifications, les calculs Vivement demain, dernier jour, après cest fini, liberté pour quinze jours ! Franchement, ce mois-ci ma lessivée, pensa Élodie.
Elle était assise chez elle, le soir, devant son ordinateur, fignolant son rapport annuel.
Son chef lui avait dit que si la commission du lendemain ne trouvait rien à redire, elle serait libre jusquau 12 janvier. Autant dire quelle navait pas lésiné sur les efforts : elle avait trop envie de se reposer et de voir sa mère et Capucine.
Le lendemain, il faudrait quelle trouve le temps de passer vite fait au Monoprix : elle navait encore rien acheté pour sa mère, mais pour Capucine, cétait déjà réglé un portable flambant neuf.
Le soir, elle devait grappiller le train ; les billets étaient achetés depuis le début du mois, au cas où.
Si le boss ne me laisse pas filer, tant pis, je revendrai les billets, sétait-elle dit à lépoque, et avait pris direct une place en bas dans une cabine.
Cette nuit-là, Élodie fit un rêve étrange, où elle croisa dans une forêt une petite fille de cinq, six ans, toute seule, assise sur une souche, plongée dans un livre.
Tu tes perdue ? Tes parents sont où ? demanda Élodie.
Non, je ne me suis pas perdue, cest juste que je ne me suis pas encore trouvée, répondit la demoiselle. Mais toi, debout, sinon tu vas rater ta chance ce soir. Debout, allez, tas ton rapport à rendre !
Les yeux dÉlodie souvrirent deux-mêmes. Elle regarda lheure :
Mes aïeux ! Jai failli me réveiller trop tard ! Hors de question aujourdhui, jai la dernière vérification à 9h tapantes et mon rapport est (presque) bouclé.
Ni une, ni deux, elle sauta du lit et oublia aussi sec son rêve.
En moins dun quart dheure, Élodie trottinait dans lappart, un coup de mascara à la va-vite elle ferait couler un expresso au bureau. Déjà prête, manteau attrapé, elle fila à larrêt.
Heureusement, son boulot nétait quà cinq arrêts, et miracle : il restait des places assises !
En sasseyant, elle observa les gens autour et brusquement, là devant, elle aperçut la fillette de son rêve ! Celle-ci lui fit un clin dœil avant quun ado pressé la bouscule à moitié avec son sac improbable.
Élodie lorgna le garçon dun air réprobateur ; quand elle refit face à lavant, la petite avait disparu.
Nimporte quoi Faut que jarrête les marathons de tableau Excel le soir, marmonna-t-elle.
Au boulot, tout le monde était déjà sur les starting blocs.
Jusquà midi, ce fut leffervescence, mais alléluia ! son rapport passa crème, le chef lui fit un pouce en lair et lappela dans son bureau dix minutes plus tard.
Bon, jai promis, dit-il, alors tu es libre. Tiens, une petite prime pour ton sérieux, joyeuses fêtes ! glissa-t-il en lui tendant une enveloppe.
Oh, merci beaucoup, Monsieur Lemoine ! Passez aussi de très bonnes fêtes !
Avec sa prime, Élodie dénicha un joli châle pour sa mère et une chouette blouse pour Capucine. Elle fit le plein de douceurs, une bouteille de crémant sous le bras. À 19h30, essoufflée, elle monta dans le train et, pas très réveillée, trébucha sur un sac abandonné devant sa cabine et sétala de tout son long.
Elle était à deux doigts de pleurer sa dignité quand elle sentit des mains la remettre debout.
Cest pas vrai, je suis désolé ! gloussa un inconnu. Mon sac, cest la honte jai pas eu le temps de le caler.
Sa voix était douce, son sourire, désarmant.
Oh, ce nest rien répliqua Élodie, rouge comme une tomate.
Le comble : ils étaient assignés à la même cabine. Il était grand, bien bâti, décidément charmant.
Soudain, Élodie repensa à la fillette de son rêve : « Ce soir, tu rencontres ta chance »
Si cest lui, franchement, je ne dirais pas non
Le jeune homme proposa dinstaller sa valise, lui tint la banquette, puis se présenta Augustin. Il venait dans la même ville pour une réunion express et repartait le lendemain.
Je passerai la nuit dans ce train, soupira-t-il. Mais au moins, je serais rentré pour minuit du réveillon. Et vous, où allez-vous ?
Chez ma mère et ma petite sœur. On ne sest pas vues depuis des lustres, jai enfin quelques jours de congé.
Votre compagnon ne vient pas ?
Jen ai pas répondit Élodie, un sourire en coin, J’ai pas encore rencontré celui avec qui je voudrais vraiment partager un 31 décembre et toute une vie, quà faire. Et vous, on vous attend quelque part ?
Pas du tout, moi aussi je suis un vrai célibataire. Je cherche toujours celle avec qui jaurais envie de rester pour de bon.
Je suis peut-être ta chance du soir, pensa Élodie, le rouge aux joues.
Vous savez, avec vos pommettes rouge cerise, vous êtes plus adorable encore, samusa Augustin.
Élodie, embarrassée :
Impossible à contrôler, jai hérité du blush-naturel-dans-les-moments-gênants. Et là, vous me prenez complètement au dépourvu.
Alors, on arrête de se taquiner. Je propose un thé. Ma mère ma glissé une tarte aux pommes, en me disant de la partager avec mes voisins de train.
Cest alors quune dame dun certain âge entra avec un petit garçon dans la cabine voisine. Le thé attendrait, Élodie et Augustin séclipsèrent dans le couloir, histoire de laisser la place.
Madame Martineau emmenait son petit-fils rejoindre sa fille pour les fêtes ; elle navait pas obtenu de congés à Paris et voulait tout de même offrir un Noël familial.
Après, tout ce petit monde se retrouva pour partager tarte maison et sablés, le thé fumant aidant à créer ce petit cocon éphémère des trains de fin dannée.
Plus tard, alors que le train fusait à travers une ville illuminée, Élodie et Augustin, penchés à la fenêtre, admiraient les décorations.
Jose demander Tu veux bien quon échange nos numéros, Élodie ? Si ça ne te dérange pas trop.
Oh, pas du tout
Et toi, tu repars quand ?
Le 10 janvier.
Ah, tu restes un moment, je vois Tu sais, cest bizarre, jai limpression de te connaître depuis une éternité. Cest léger, cest agréable.
Je pense aussi, confia Élodie. Ça doit être le syndrome du wagon : tu rencontres des inconnus, tu discutes, tu partages un bout de toi, puis chacun reprend sa route.
Peut-être bien Bon, et si on essayait de dormir ?
Élodie acquiesça avec un sourire.
Le train arriva à 10h pétantes. Élodie navait rien dit à sa famille : elle voulait quils soient, pour une fois, vraiment surpris. Elle savait parfaitement où planquer le double des clés, pour le cas où.
Devant les taxis, Augustin et elle se dirent au revoir.
Profite bien de ta famille, Élodie ! lança-t-il.
Je te souhaite de trouver celle avec qui tu voudras passer tous tes Nouvel An.
Ils se firent un sourire complice, puis chacun partit de son côté.
Élodie, bien quun peu rêveuse, nétait pas du genre à forcer les choses. Même si, intérieurement, elle aurait aimé pouvoir lui dire : reste, partage avec nous le réveillon et puis on verra
Elle repoussa ces pensées romantiques et se prépara à retrouver sa mère et Capucine
Élodie arriva devant la maison maternelle. Toujours ce sourire narquois, elle tapa discrètement à la porte.
Une seconde plus tard, Capucine surgit dans le hall, joyeuse comme tout !
La journée défila entre rires et préparatifs : pendant quelles coupaient les légumes, la maman dÉlodie sortit du four le plat préféré de sa fille : le gratin dauphinois.
Je me doutais que tu allais rentrer Hier, jai pris deux boîtes dœufs, sait-on jamais ! En plus, je me disais : et si tu venais accompagnée ? Dailleurs, depuis Romain, tu ne fréquentes plus personne ?
Non maman et puis cest bon, changeons de sujet.
Cest à ce moment que le téléphone dÉlodie sonna Nom dun chien, cétait Augustin ! Le cœur dÉlodie fit un triple salto.
Salut ! Tu es bien rentré ?
Eh bien non justement Je tappelle car tu es la seule que je connais dans cette ville. Tu serais prête à inviter un pauvre voyageur esseulé pour le réveillon ?
Élodie éclata de rire, folle de joie :
Attends, je demande à la maitresse de maison. Maman, ça te dérange si un copain à moi, perdu dans la ville, vient réveillonner avec nous ?
Mais alors pas du tout ! Il mettra un peu dambiance masculine dans tout ce gynécée !
Tu as entendu ? Note ladresse ! lança Élodie, toute guillerette.
La fillette du rêve avait raison : elle avait remis Élodie sur pied juste à temps. Son rapport fut un succès et ce soir-là, elle trouva un joli début de bonheur.