Mon mari n’a jamais aimé qu’on le surprenne dans des situations cocasses, car il se veut toujours viril et sérieux. C’est pourquoi, en ouvrant discrètement la porte de la salle de bain pour profiter du spectacle, je me cache aussitôt derrière le mur… et sans doute vais-je éclater de rire pour le reste de la soirée !

Mon mari ne supporte pas quon le surprenne dans des situations un brin ridicules, cest que monsieur se croit irrésistiblement viril. Alors, moi, je jette un œil discret dans la salle de bain, je profite du spectacle, puis je repars dans le couloir pour exploser de rire silencieusement :
« Si tu es un gentil minou, dis miaou !
Si tu es un super minou, dis miaou !
Si tu es le minou préféré, dis miaou ! »
Mon mari chantonnait tout bas en savonnant notre chat. Habituellement, la bête se débattait, griffait, mordait et criait comme si on essayait de légorger. Mais là Allez savoir si cest parce que la chanson lui plaisait ou cétait le choc.
« On va te laver le dos dis miaou
On va te laver les pattes dis miaou
On va te laver la queue dis miaou »
Miaou, a miaulé faiblement le chat.
Moi, derrière le mur, jétais décédée de rire Je regrette encore de ne pas avoir immortalisé ce chef-dœuvre. Quoique, avec un dossier pareil, pas sûr que jy aurais survécu.
Ça ne te plaît pas ? Tu veux que je te chante autre chose ?
Miaou.
Bastien sest tu une seconde, puis a recommencé tout bas en émulsionnant le chat :
« Et il pleut encore sur ma fenêtre embuée
Je vois ton doux portrait, oh ma Natacha »
Des larmes de rire coulaient à flot sur mes joues.
Et cest à ce moment-là que jai réalisé : il ne ma jamais chanté de sérénade à moi ! Pas très poète, mon mec, mais il a dautres qualités. Par contre au chat, oui, les concerts privés. Jaurais pu être vexée, mais cétait trop drôle pour ça.
Au même moment, « Natacha » a re-miaulé plaintivement, alors Bastien sest lancé dans « Les petits avions ».
Là, jai compris que jallais me trahir si je restais, donc discrètement, je me suis trainée à la chambre, expliquant que la lessive féline touchait à sa fin et quil allait bientôt sécher lanimal. Jétais presque remise quand
« Bzz-bzz la télé
Bzz-bzz la télé
Bzz-bzz la télé »
Impossible de résister, jai ajouté à tue-tête :
Et deux lutins miniatures dedans !
En rampant jusquau canapé, pliée en deux.
Je ne sais pas ce quils ont encore pu chanter, mais moi, jétais KO, à pleurer de rire jusquau hoquet. Deux minutes plus tard, les deux lascars, aussi vexés quhumides, sont venus me jeter un regard noir. Jai préféré enfouir ma tête dans loreiller, secouée de rires muets.
Le chat et mon mari mont gratifiée dun regard supérieur, puis se sont éloignés ensemble, dignes, vers la cuisine.

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