On dit souvent que nous sommes responsables de tout ce qui se produit dans notre existence, et que nous devons porter la faute de nos choix. Selon le chemin que lon choisit un jour, ainsi se déroule notre vie.
Dans mon propre parcours, jai commis une lourde erreur en liant mon destin à un homme qui manquait cruellement de sérieux. Dans ma jeunesse, jétais profondément épris de Laurent, au point de croire quil finirait par se transformer pour moi, malgré le fait que tout le monde savait que cétait un coureur invétéré. Jai préféré espérer et me bercer dillusions au lieu de voir la réalité en face. Mais lhumain reste fidèle à lui-même, et même la naissance de notre fils, Étienne, na rien changé à la nature de Laurent.
Au fil des mois, japprenais sans cesse de nouvelles histoires à propos de ses aventures. Les voisins, les amis, même les membres de ma propre famille ne se gênaient pas pour me les rapporter. Je ressentais à la fois honte et humiliation. Jai tenu le coup pendant cinq ans, puis jai fini par lâcher prise. Jai divorcé. Heureusement, Laurent nétait pas avide : il ma laissé son appartement à condition que je renonce à toute demande de pension alimentaire. Avec Étienne, nous navons pas souhaité rester dans ce logement ; nous lavons mis en location et sommes allés vivre chez ma mère, qui avait besoin de mes soins.
Largent du loyer ma permis délever mon fils, de le vêtir, de payer son école et de lui offrir quelques petites vacances ou loisirs. Je voulais lui garantir une enfance digne et sécurisée. Tout ce que je gagnais passait dans les charges, la nourriture, et surtout les médicaments pour maman, qui est longtemps restée alitée à cause de la maladie. Je pensais quÉtienne aurait compris tout ce que javais sacrifié pour lui offrir une belle vie.
Aujourdhui, jai 57 ans. Je suis diabétique, je dois me faire des injections dinsuline tous les jours, et jessaie dallonger ma vie autant que possible. Avec la maladie, impossible de trouver du travail à mon âge, qui voudrait membaucher ? Je nai pas de retraite non plus, car jai souvent changé demploi, sans jamais rester assez longtemps pour cotiser convenablement. Bien souvent, je travaillais au noir pour arrondir les fins de mois. En résumé, je vis uniquement grâce au loyer de lappartement.
Mon fils a maintenant 31 ans. Il vient tout juste dannoncer ses fiançailles et ma déclaré sans détour quil compte installer sa future femme avec lui dans cet appartement. Quand je lui ai dit que je ne saurais pas comment subvenir à mes besoins, il ma simplement répondu que ce nétait pas son problème. Me voilà complètement perdue. Je nai aucune économie de côté, il me faut continuellement mes médicaments, de quoi me nourrir, et payer mes charges courantes. Que suis-je censé faire ? Comment mon propre fils peut-il agir ainsi envers moi ? Où ai-je donc échoué en tant que père ?
Tant de sacrifices faits avec amour ne garantissent pas la reconnaissance. Aujourdhui, je comprends combien il est essentiel de penser à sa propre sécurité, même quand on se dévoue pour les êtres aimés.