Mon ex-femme… Il y a deux ans, alors que ma mission professionnelle touchait à sa fin et que je de…

Mon ex-femme…

Cétait il y a deux ans. Ma mission professionnelle touchait à sa fin et je devais bientôt rentrer à Lyon. Après avoir acheté mon billet de train, jai décidé de flâner un peu dans les rues de Nantes, où javais travaillé ces derniers mois, puisquil me restait encore trois heures avant le départ.

Cest alors quune femme sest approchée de moi, et je lai reconnue aussitôt. Cétait ma première épouse, celle dont je métais séparé il y a douze ans. Camille navait presque pas changé, si ce nest que son visage paraissait un peu plus pâle. Cette rencontre imprévue semblait la bouleverser autant que moi.

Jai aimé Camille dun amour profond, presque maladif. Cest dailleurs pour cette raison que notre mariage na pas tenu. Jétais jaloux de tout le monde, même de sa propre mère. Quelle rentre à la maison un peu plus tard que dhabitude, et mon cœur se mettait à battre à tout rompre, pensant au pire.

À la fin, Camille na pas supporté mes perpétuels interrogatoires sur ses moindres déplacements, et a fini par partir. Un jour, je suis rentré du travail avec un petit chiot blotti sous mon manteau, espérant lui faire plaisir avec cette surprise ; mais lappartement était vide. Sur la table, une lettre mattendait.

Dans cette lettre, Camille mexpliquait quelle partait, bien quelle maimât encore. Mes soupçons étaient devenus trop lourds à porter pour elle. Elle me demandait pardon et me suppliait de ne pas la chercher…

Et voilà quaprès douze ans sans nouvelles, je la retrouvais par hasard dans cette ville où mon travail mavait mené. Nous avons longuement discuté, si bien que jen ai oublié lheure de mon train. Au bout dun moment, jai fini par dire :

Excuse-moi, il faut que jy aille, je vais rater mon train pour Lyon.

Alors Camille me demanda :

Julien, fais-moi une faveur, sil te plaît. Je vois que tu es pressé, mais je ten prie, pour tout le bon quil y a eu entre nous, ne me refuse pas cette demande. Viens avec moi dans un bureau tout près dici, cest important, et je ne peux pas y aller seule.

Jai accepté, en précisant “mais il faut vraiment faire vite”. Nous sommes entrés dans un grand bâtiment public, arpentant couloirs et escaliers, passant dune aile à lautre pendant ce qui ma semblé une quinzaine de minutes. Nous croisions des gens de tous âges, des enfants aux vieillards, sans que cela métonne alors que tous ces gens se trouvent ici. Toute mon attention était tournée vers Camille.

Arrivés devant une porte, elle entra et la referma doucement derrière elle. Mais avant de disparaître, elle ma regardé de manière étrange, comme un adieu, et dit :

Cest étrange tout de même : je nai jamais pu être ni vraiment avec toi, ni vraiment sans toi.

Je suis resté là à attendre. Jaurais voulu lui demander ce quelle entendait par là, mais elle ne ressortait pas. Soudain, jai comme repris mes esprits. Il fallait absolument que je parte pour ne pas rater mon train ! Je me suis retourné, et ce qui mentourait ma glacé : le bâtiment était abandonné, les fenêtres nétaient plus que de grands trous béants. Il ny avait plus descaliers, seulement des planches branlantes qui menaient tant bien que mal dehors.

Jai quitté lendroit, mais javais raté mon train dune bonne heure. Jai dû acheter un autre billet avec les derniers euros quil me restait.

Cest en achetant mon nouveau billet quon mapprit que le train que jaurais dû prendre avait déraillé et sétait écrasé près de la Loire. Aucun voyageur navait survécu.

Deux semaines plus tard, jai trouvé ladresse de la mère de Camille à travers un service administratif. Madame Louise Martin me reçut et, les yeux embués, mannonça que Camille était décédée il y a onze ans, un an à peine après notre divorce.

Je refusais dy croire, soupçonnant Mme Martin de vouloir protéger sa fille de ma jalousie dantan. Mais elle accepta sans hésiter de memmener jusquà la tombe de Camille. Quelques heures plus tard, je me tenais devant une stèle et retrouvais le sourire de la femme que jai aimée toute ma vie, et qui, dune manière incompréhensible, venait de me sauver la vie.

Parfois, la vie nous offre une seconde chance, ou bien une main discrète venue dailleurs nous pousse sur un autre chemin. Quoi quil arrive, il ne faut jamais oublier la puissance du pardon et du souvenir.

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