Il y a bien longtemps, un samedi après-midi qui sentait encore la fin d’été, mon ancien compagnon sest présenté à ma porte, les bras chargés dun immense bouquet de pivoines, de chocolats fins de chez Debauve & Gallais, et dun sac débordant de petits paquets. Il arborait aussi ce sourire espiègle que je navais pas vu depuis des mois. Jai cru, lespace dun instant, quil venait sexcuser, ou peut-être enfin mettre des mots sur tout ce qui était resté en suspens entre nous. Cétait étrange, car après notre séparation, il sétait montré distant comme la Seine un matin de brouillard, froid et inaccessible.
À peine entré, il sest lancé dans un monologue précipité : il disait avoir beaucoup réfléchi, que je lui manquais terriblement, que jétais « la femme de sa vie » et quil avait compris ses erreurs. Il parlait si vite quon aurait dit un discours appris par cœur, un peu comme ces scènes dans un vieux film de Truffaut. Je restais là, à écouter sans deviner doù venait, tout à coup, ce flot de tendresse après tant de silence. Puis il sest approché, ma enlacée brièvement et a murmuré quil voulait quon « retrouve ce qui nous appartenait ».
Au fil de son discours, il ma offert un flacon de parfum Guerlain, un bracelet en argent, et une petite boîte contenant une lettre parfumée. Tout cela paraissait incroyablement romantique, presque hors du temps. Mais il sest vite lancé dans une tirade : il fallait, selon lui, se donner une seconde chance, il disait quil avait changé, quavec moi, il voulait vraiment bien faire les choses. Je commençais à me sentir gênée tout cela semblait trop parfait, trop cousu de fil blanc. Jamais, jadis, il navait été aussi attentionné lorsque nous étions encore ensemble.
La vérité sest imposée delle-même, comme la pluie sur les pavés de Paris, lorsque je lui ai proposé de sasseoir et de me dire franchement ce quil recherchait. Là, il sest mis à bafouiller. Il a expliqué quil avait un « petit souci bancaire » et quil aurait besoin dun prêt pour « un projet commun qui serait dans notre intérêt à tous les deux ». Il ne lui manquait, d’après lui, quune signature : la mienne.
À cet instant, jai compris pourquoi il sétait montré si empressé et généreux, tous ces cadeaux et ses paroles doucereuses.
Je lui ai dit posément que je napposerais ma signature sur aucun document. Son visage a alors changé du tout au tout. Sa gentillesse sest éteinte dun coup : il a jeté le bouquet sur la table et sest mis à maccuser de ne pas lui faire confiance. Il clamait que cétait « la chance de sa vie », comme si je lui devais quelque chose. Il est même allé jusquà me dire que si je tenais encore à lui, je me devais de laider. Tout sest effondré en un instant, aussi vite que cétait arrivé.
Le voyant échouer à mémouvoir, il a changé de ton, jouant la carte du désespoir : sans ce crédit, il était « perdu », et si je laidais, il « reviendrait officiellement vers moi », que nous pourrions « tout recommencer depuis le début ». Il le disait sans la moindre gêne, mêlant promesses de réconciliation et intérêt financier, tout cela avec le plus grand sérieux. Cette mascarade, avec ses présents et ses mots doux, nétait quun rideau de fumée pour obtenir ma signature.
Finalement, constatant mon refus, il a repris la majorité de ses cadeaux : il a rangé les chocolats, refermé la boîte de parfum, et même récupéré le bracelet. Seul le bouquet est resté, abandonné, sur le vieux carrelage. Avant de franchir le seuil, il ma traitée dingrate, massurant que je ne pourrais pas dire, plus tard, quil navait « pas essayé de sauver notre histoire ». Il a claqué la porte, me donnant limpression dêtre redevable, comme si cétait moi qui avais manqué à une promesse.
Ainsi, leur tentative de réconciliation navait duré que le temps dun quart dheure, dans la lumière tombante dun samedi, dans le Paris dautrefois.