– Michel, il serait temps. Je vous conseillerais de consulter un médecin. Faire vérifier votre cœur. – Qu’y a-t-il avec mon cœur ? – J’ai l’impression que vous n’en avez tout simplement pas !

Michel, il serait temps. Je vous conseillerais une petite visite chez le médecin. Faire contrôler le cœur.
Qu’est-ce qui ne va pas avec mon cœur ?
J’ai bien peur que vous n’en ayez pas !

Charlie ne comprenait absolument pas pourquoi la porte d’entrée de l’immeuble, celle-là même par laquelle il était tant de fois rentré de promenade, était maintenant fermée à clé.

Il était assis devant une vieille porte brune dont la peinture sécaillait, le museau collé contre le seuil.

Peut-être que je me trompe ? pensa-t-il. Non ! se répondit-il fermement. Les odeurs ne mentent pas, cest ici.

Il suffit dattendre un peu, mon maître finira bien par se rappeler quil ma embarqué en voiture pour aller en forêt et quil ma laissé là-bas. Cest un jeu, évidemment ! Mais moi, jai retrouvé limmeuble. Maintenant, jattends !

Voilà quil se mit à neiger. Les pattes de Charlie devenaient de plus en plus gelées. Son petit corps tremblait, la fourrure ne le réchauffait plus.

Surtout, ne pas penser à la faim. Bientôt ils vont me voir, ils vont être fous de joie. Et là grande os à moelle en perspective

Un petit chien grelottant sapprocha dun tas de neige et se mit à grignoter quelques flocons. Ça fondait dans sa gueule, la soif passait, mais il avait encore plus froid. Peut-on avoir plus froid, dailleurs ?

Bientôt, on va mouvrir et je vais me rouler à côté du grand radiateur blanc. Mais dabord los ! Et la soupe ! Après, je leur grognerai un peu dessus, histoire de râler. Je sais bien que cest un jeu, on me fait travailler le mental !

Pourtant, ça fait plusieurs nuits que je cherche la cour. Hier, jai réussi à filer dans limmeuble par la porte ouverte, histoire de me réchauffer. Au matin, jai eu droit à un bon coup de pied du concierge. Jai couiné. Même pas eu la force de le mordre !

Les humains sont étranges Quand je promenais avec mon maître, pratiquement tout le monde me souriait dans la rue, saluait mon humain. Tout seul, cest regard noir et coup de pied en prime Maintenant jai mal au flanc.

Charlie est resté des heures entières, planté devant la porte dentrée, sans un mouvement. Personne ne sortait, ni ne rentrait. Finalement, il sest mis à gémir doucement, rêvant déjà de chaleur et dun bon repas.

Il faut juste patienter Encore un peu.

La neige sest transformée en tempête. Charlie ne sentait même plus ses pattes. Il sest couché en boule. Petit à petit, son esprit sest éloigné Mais il avait accompli sa mission. Difficile, certes, mais il avait retrouvé son immeuble. Un vrai champion, voilà tout. Un petit somme

Victor Michel restait seul dans son appartement. Il était débordé : regarder la télévision, boire du thé, re-télévision, re-thé, puis sieste, puis encore un petit thé cétait le planning pour, disons, les dix prochaines années. Avant, cétait autre chose !

Conducteur de RER, il emmenait jadis les Parisiens des faubourgs jusquau cœur de la ville. Il se sentait indispensable, comme une artère vivante du métro.

Bientôt le printemps, se motivait-il. Je planterai mes tomates sur le balcon, la saison du potager approche Je vais tenir bon !

Il partit à la cuisine. Mit la bouilloire sur le feu. Avant, en attendant que leau chauffe, il pouvait échanger quelques mots, ronchonner avec quelquun. Maintenant, il avait limpression quon lui avait joué un sale tour. Lâché seul en rase campagne.

La bouilloire siffla. Victor Michel ouvrit machinalement le placard où il rangeait le thé. La boîte y était, mais, bien entendu vide.

Et zut. Il ny en a plus. Bon, faut aller à la supérette pensa-t-il, presque content. Il enfila vite un manteau et sortit.

Évidemment, lampoule est grillée dans le hall À moins que quelquun lait volée, encore une fois. Jen prendrai une au retour, se promit-il.

À peine la porte dentrée ouverte, il trébucha sur quelque chose et manqua de tomber.

Nom dune pipe ! marmonna-t-il. Ce “quelque chose”, cétait un chien enseveli sous la neige, qui ne fondait même pas sur lui.

Charlie ! Victor Michel reconnut le chien du voisin.

Charlie, tes dans un sale état, mon pauvre ! Attends, je téléphone à tes humains. Il courut au vidéophone et appela leur appartement. Pas de réponse. Appela le voisin dà côté. Cette fois, une voix décrocha.

Bonjour, cest votre voisin. Vous sauriez où sont ceux du 64 ? Leur chien gèle dehors !

Ils ont déménagé, divorcé, il paraît. Lappart est à vendre

Sans blague ? Bon, merci.

Victor Michel ôta sa doudoune et la posa près du chien. Avec ses gants, il retira la neige, installa Charlie au chaud, dans son manteau. Le chien semblait ne pas respirer.

Mince alors ! Charlie, res-pi-re !

Il lemmena près du radiateur dans le hall, le frotta doucement. Puis il alla tambouriner à la première porte du rez-de-chaussée. Cest la voisine, Ninon, qui ouvrit.

Que se passe-t-il, Victor ?

Ninon, le chien Je ten prie, cherche un vétérinaire ouvert et appelle-nous un taxi.

Allô, Hélène ?

Oui, cest qui ?

Votre voisin du 72, Victor Michel. Ninon ma passé votre numéro.

Ah, bonjour Monsieur Victor.

Je vous appelle pour Charlie

Ah, ça cest pour Michel. Jai jamais voulu de ce chien idiot.

Eh bien Nous sommes justement chez le vétérinaire

Monsieur Victor, comment voulez-vous quil gagne sa vie, Michel ? Il na même pas réussi à payer le crédit Et il a ENCORE ramené un chien !

Vous savez, ça fait des années que je fais vivre cette famille toute seule ? Jai exigé quil se débarrasse du clebs Il ne sait même pas faire ça ! Au revoir !

Allô, Michel ? Cest Victor Michel, lancien voisin. Charlie est revenu !

Vous devez confondre. Notre Charlie sest perdu en forêt.

Je suis sûr que cest lui !

Impossible.

Eh bien On ne traite pas les animaux comme ça.

Je ne vous suis pas

Mais si, vous savez. Je préfère ne plus avoir certains voisins.

Depuis plusieurs mois, Charlie vivait dans sa nouvelle maison. Il navait plus que la moitié des oreilles, il lui restait deux pattes qui grinçaient, mais il shabituait.

Charlie avait fini par comprendre que ce nétait pas un jeu. Enfin, si, un jeu de deux adultes, où sa mission à lui était de “crever”. Pour de vrai.

Il avait aussi compris quil avait un nouveau maître, maintenant. Trois promenades par jour, rituel immuable. Lhumain nétait plus tout jeune, alors Charlie le forçait à trotter pour sentretenir.

Drôles de bêtes, les humains. Les anciens, ils souriaient, mais ils mont presque tué. Celui-là râle en permanence, mais il est bon et attentionné. Charlie nétait pas fou : les premiers, à mordre ; ce nouveau, à aimer.

On frappa à la porte de Victor Michel.

Victor, cest Michel. Jhabite maintenant avec une femme. Elle a une fille. Elle veut un chien. Je peux reprendre Charlie ? Désolé pour tout ça Combien je vous dois pour le vétérinaire ?

Michel, je ne vous comprends pas.

Ça sest passé comme ça Je ne gagnais pas assez et

Les chiens sen fichent de ton salaire Charlie était perdu en forêt.

Victor Michel, il est sur le tapis, là !

Ça, cest Norris. Charlie, tu las perdu.

Charlie, viens !

Le chien na pas bougé dun poil, il est resté sur le plaid. Il a juste montré les dents.

Michel, il serait vraiment temps que tu consultes. Pour le cœur, surtout.

Mais enfin, quest-ce qui ne va pas avec mon cœur ?

Je crains bien que tu nen aies pas, tout simplement !

Et vous, quen pensez-vous ? Laissez-moi vos commentaires, mettez un cœur si ça vous a touché !

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