Mariage blanc : quand l’union n’est qu’une façade

Mariage de convenance.

Avec Alexandre, nous formons un couple marié uniquement sur le papier.

Tout a débuté car Alexandre avait besoin de ce mariage pour avancer dans sa carrière. Il travaille dans une grande entreprise parisienne dirigée par Monsieur Edouard Benoît, fervent défenseur des valeurs familiales et à la tête d’une véritable dynastie. Père de cinq filles déjà adultes, beau-père de cinq gendres et grand-père de neuf petits-enfants, il se vante sans cesse de sa famille élargie et unie. Pour lui, « célibataire » est une insulte, un homme non marié na aucune considération, peu importe ses qualités humaines et professionnelles. Dans cette société, nêtre ni marié ni parent, cest rester au bas de léchelle.

Alexandre a rapidement compris que sil voulait obtenir un poste à la hauteur de ses ambitions et compétences, il lui fallait un mariage officiel.

Il a bien réfléchi, pesé le pour et le contre, puis ma proposé ce mariage arrangé. Il na pris aucun risque car il me connaît depuis la maternelle : nos mères étaient amies et le sont toujours. Nous avons passé toute notre scolarité côte à côte, je laidais en orthographe, il mexpliquait les équations. Il me connaît par cœur et sait que lintérêt matériel mest étranger : il na pas à craindre quau moment dun divorce, je réclame son appartement ou son argent.

Pour ma part, jai accepté sans hésiter : je venais de rompre après trois ans avec mon petit copain et sombrais dans une mélancolie sans fin. Javais besoin de changement, daction. Et puis, se marier avec un homme intéressant, prometteur, propriétaire dune belle voiture et dun appartement familial au cœur de Paris Voilà de quoi faire enrager mon ex et, accessoirement, briller devant mes copines. Loccasion était parfaite pour remettre mon estime daplomb !

Bref, nos intentions se rejoignaient parfaitement et, un matin ordinaire, nous nous sommes mariés civilement, sans robe blanche ni costume trois pièces, sans cortège ni colombes libérées. À la mairie du 14ème arrondissement, quelques signatures, deux alliances discrètes et cétait réglé.

Jai même choisi de prendre son nom de famille : Turchinot, ça sonne mieux que le banal Lefèvre !

Franchement, nous navons pas été déçus du marché : un mois plus tard, Alexandre décroche le poste de directeur de département, à juste titre. De mon côté, mon statut de femme mariée a tout changé : auprès des amies et de la famille, je prends une stature insoupçonnée. Un plaisir particulier, ce fut de recevoir quelques textos de mon ex du genre : « Je te souhaite dêtre heureuse, je pensais que nous avions encore une chance ». Eh oui, on ne réalise la valeur des choses quaprès les avoir perdues !

Nous avons pleinement tiré profit de ce mariage.

Dailleurs, jai emménagé chez Alexandre, à son initiative, pour rendre notre histoire plus crédible.

Ce matin de samedi, je prépare le petit déjeuner dans la cuisine. Omelette, crêpes au fromage blanc, café-crème Alexandre aime bien manger dès le lever. Je regarde par la fenêtre : la lumière davril inonde Montparnasse, le printemps sinstalle, cest ma saison favorite.

La journée sera chargée. Je dois passer voir mes parents, lancer une lessive, faire un brin de ménage, préparer un vrai déjeuner du samedi : pourquoi pas des côtelettes, une salade niçoise, de la ratatouille ou une tarte fine ? Jai la tête pleine des préoccupations domestiques de toute femme.

Voilà déjà treize ans que mon mariage de convenance avec Alexandre dure. Notre fille, Margaux, rentre chez les CP cette année. Notre fils, Baptiste, termine sa cinquième, avec toutes les félicitations du corps enseignant : une vraie tête, comme son père. Car oui, son père est brillant et, dans le fond, bien réel.

Même si mon mari nest, officiellement quun époux fictif.

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