Mamie à l’heure : votre grand-mère de location pour une journée

Grand-mère à l’heure

Monsieur Pierre Vauclaire, pardonnez-moi, mais puis-je rentrer un peu plus tôt aujourdhui ? Mon enfant est malade.

Amélie déposa sur le bureau les dossiers préparés et la liste des rendez-vous du lendemain. Il restait encore une heure avant la fin de sa journée, mais la crèche avait déjà téléphoné deux fois. Elle avait pris le risque de demander à partir. Amélie nétait pas embauchée dans cette société de construction depuis longtemps, cétait même une sorte de miracle vu son manque dexpérience comme secrétaire et vu les qualités demandées dans lannonce. Devant le miroir, avant son entretien dembauche, Amélie sétait secouée en soupirant :

Ce critère, vraiment, ce nest pas encore pour moi

Son vieux cardigan, son préféré, paraissait encore correct, mais sa jupe laissait à désirer. Sa mère lavait cousue, patience et soin, choisissant le tissu avec attention, passant plusieurs jours à ajuster chaque couture.

Elle sera aussi bien quune jupe de magasin.

Bien sûr, maman, cest fait main ! Ça na rien à envier à ce quon peut acheter. Amélie se forçait un peu, mais elle savait combien ces mots comptaient pour sa mère.

Leur famille navait jamais eu dargent à jeter par les fenêtres. Amélie se souvenait de lépoque où son père vivait encore, où ses tenues étaient choisies sans souci. Après son décès, tout changea. Le salaire dinfirmière de sa mère, Lydia, ne suffisait pas aux extras. Mais elles se débrouillaient, jusquà ce que la grand-mère dAmélie tombe malade. Avec sa belle-mère, Lydia avait toujours entretenu des relations plutôt tendues.

Lydia, vraiment, tu ignores ce que famille veut dire. Mais bon, avec ta lignée, rien détonnant… Maintenant tu fais partie de notre famille, alors il va falloir ty faire : ici, on prend soin les uns des autres.

Enfant, Amélie ny comprenait goutte, trouvant les mots éloquents mais creux. Avec le temps, elle compris que la solidarité familiale nallait que dans un sens. Lydia devait soigner sa belle-mère, donner une partie de son maigre salaire, la grand-mère recevait tout cela comme un dû. Jamais un retour. Seulement reproches, critiques, comme une pluie sans fin.

Maman, pourquoi tu te tais ? Pourquoi tu ne réponds pas ? Plus grande, Amélie sindignait devant de nouveaux enseignements lancés à Lydia. Dordinaire, elle naccompagnait pas sa mère, mais la grand-mère imposait parfois la venue dAmélie.

Parce que, ma chérie, je sais quelle a tort. Et je vois surtout quelle est malade et profondément seule. À part nous, qui lui reste-t-il ? Elle sest disputée avec sa sœur, ses neveux ne veulent plus la voir. Lydia rangeait le linge fraîchement repassé. Jai promis à ton père de ne jamais labandonner. Alors je tiendrai parole.

Amélie en voulait à sa grand-mère, rêvant de vider son sac, mais Lydia la dissuadait toujours dun regard doux et ferme.

Rien ne sert, Amélie Laisse couler. Je ne prends pas tout cela pour moi. Limportant, cest de savoir que ta grand-mère ne manque de rien.

Elle ne manquerait de rien de toute manière ! râlait Amélie, qui, une fois adulte, voyait bien comment fonctionnait la famille.

Elle avait vite compris : sa grand-mère ne vivait pas dans le besoin. Un grand appartement, un autre, hérité de sa mère et loué, une bonne retraite, un beau compte épargne laissé par le grand-père. De quoi ne pas se priver.

Pourquoi elle prend de largent auprès de toi, maman ? Elle nen a pourtant pas besoin ! Amélie sinsurgeait, notant dépenses et recettes dans un cahier partagé avec sa mère.

Amélie ! Lydia levait les yeux au ciel.

Quoi, Amélie ?

Sil te plaît Lydia parlait doucement. Ne lui ressemble pas

Ressembler à qui ? À qui ?

À personne. Sois toi-même. Naccueille pas cette noirceur dans ton cœur, elle ne tapportera rien. Et retiens bien ceci : tout ce qui appartient à ta grand-mère, lui appartient, ce ne sera jamais à nous. Ce ne la jamais été et ne le sera sans doute jamais. Lydia posait avec soin les tasses sur la table. Amélie, observant ce geste tranquille, se taisait sur le champ. Sa mère avait une maîtrise delle-même que tout le monde lui enviait. Ne ty attache pas, même en pensée. Sinon, tu finiras par te perdre.

Le sens des paroles de Lydia napparut à Amélie que lorsque sa grand-mère décéda. Une enveloppe contenant le testament et une lettre dadieu reposait dans la table de nuit. Après avoir lu lensemble, Lydia déchira les feuilles et sen débarrassa dun geste nerveux.

On sen va !

Où ? Amélie, déboussolée, regardait sa mère.

Nous navons plus rien à faire ici. Jai rempli mon devoir envers ta grand-mère.

Amélie ne posa pas plus de questions. Plus tard, elle découvrit que tous les biens de la grand-mère avaient été laissés à des neveux. Lydia ne lui mentionna jamais le contenu de la lettre dadieu, mais devant linsistance, elle finit par lâcher :

Elle leur a tout légué parce quils sont de la famille. Voilà, Amélie, ninsiste pas, garde-toi de toute cette saleté. Laisse ça derrière toi.

Elle doutait que je sois sa petite-fille ? Amélie céda à la question qui la taraudait.

Non. Lydia soupira. Elle pensait seulement que tu ressemblais trop à moi, pas assez à ton père. Mélange de sang, disait-elle.

Et cétait le cas ? Je ne ressemble pas à papa ?

Tu es le portrait craché de ton père, Amélie. Pas tant physiquement, mais dans le caractère. Je nai jamais connu meilleur homme au monde. Alors retiens ce que je te dis pour la dernière fois : ne garde du passé que le meilleur, laisse le reste derrière, tu nen as pas besoin.

Amélie ne discuta plus. Même si elle ne comprenait pas toujours sa mère, elle voyait limportance que cela avait pour elle.

Le temps passa. Amélie termina le lycée, entra à luniversité. Cest à ce moment quon cousit la fameuse jupe. Elle la porta pour les examens, à la fac, puis à son poste après. Cest dans cette jupe quelle fit la connaissance du père de son fils. La jupe porte-bonheur. Cest donc avec elle quAmélie se présenta à lentretien dembauche ; elle navait dailleurs pas beaucoup de choix. Aller en jean ?

Au service des ressources humaines, elle sentit les regards moqueurs et se redressa en mémoire des conseils de Lydia.

Mademoiselle, sans expérience, avec un jeune enfant ? Où avez-vous travaillé jusquici ?

Jenseignais à luniversité.

Et pourquoi changer de domaine ?

Javais envie de nouveauté. Amélie essayait de cacher le léger tremblement de ses genoux. On allait encore lui dire non, sans doute.

Pourtant non. La responsable du recrutement, après quelques questions, lui proposa un poste de secrétaire à lessai. Amélie ne sut pas ce qui se disait dans le couloir en sortant.

Madame Girard, pourquoi embaucher cette fille pour monsieur Vauclaire ?

Parce quil apprécie les femmes intelligentes. On verra bien si ça fonctionne. Cet air réservé, avec une tenue correcte, elle leur mettra toutes la misère au bureau. Allez, un peu dentrain, on bavarde ou on travaille ?

Avec Pierre Vauclaire, le courant passa très vite. Notant combien Amélie lisait attentivement la notice de la machine à café, il éclata de rire :

Cest la première fois que je vois quelquun lire la notice au lieu dappuyer sur tous les boutons. On va bien sentendre !

Les tâches nétaient pas si compliquées. Pierre aimait tout contrôler, mais Amélie prouva vite une mémoire formidable et le souci du détail. Elle retrouvait nimporte qui, organisait des réunions arrangeant tout le monde, ré-échelonnait sans générer de mécontentement. Son seul défaut : partir parfois pour soigner son fils.

Amélie, je comprends, mais si ça devient habituel, je vais finir sans secrétaire soupira Pierre Vauclaire, mains sur les tempes.

Mal à la tête ? Voulez-vous un Doliprane ?

Merci mais non. Allez-y, bien entendu. Un enfant malade, dabord. Mais pensez à une solution. Si la crèche ne prend pas, il y a bien une grand-mère, une nounou, un proche ?

Je nai plus personne. répondit Amélie en raidissant les épaules dans son nouveau blazer.

Personne ?

Non. Ma mère est décédée, je nai plus de famille.

Je vois Alors une nounou ?

Je ne peux pas me le permettre, du moins pas encore. Mais promis, je vais chercher une solution. Vous avez raison, ce nest pas à vous de gérer.

Amélie sortit sans enthousiasme. À la crèche, Paul attendait fiévreux, la routine domestique toujours aussi pesante lattendait. Elle avait envie de crier pourquoi tout lui semblait-il injuste, pourquoi était-elle si seule ?

Elle navait pas à chercher de réponse. Elle la connaissait déjà. Sa mère le disait :

Tout le monde ne croise pas sur sa route que des belles personnes. Parfois, les vraies rencontres narriveront quune ou deux fois. Il nen faut pas plus, mais il ne faut surtout pas les rater.

Et si je ne rencontre jamais ?

Impossible ! Fais le calcul, toi qui aimes les maths : peux-tu croire que la chance ne se présente jamais ? Allons, ma fille, ce serait contre toutes probabilités ! Lydia riait. Il nexiste pas que des mauvaises gens. Les pires sont souvent des écorchés. Les autres, vivent pour eux, sécoutent, saiment un peu trop. Ce nest pas condamnable en soi Nous sommes tous ainsi, à notre façon. Certains affichent leur égoïsme, dautres non. Jespère que tu croiseras davantage les seconds.

Souvent, Amélie regrettait de ne pas avoir eu la sagesse de sa mère lorsquelle avait rencontré le père de Paul. Intelligent, brillant, passionné didées, Gabriel avait ce feu quelle navait pas. Mais leurs buts divergeaient. Amélie voulait une famille et la recherche, Gabriel ne voyait pas comment concilier les deux. Lavenir lintéressait peu, seul comptait le présent. Lorsquil accepta un poste à létranger, il le fit sans hésiter, à peine une semaine après avoir promis le mariage à Amélie.

On attendra quelques années, pas de quoi dramatiser.

Gabriel nous navons pas le temps. Un bébé arrive

Le visage de Gabriel se ferma. Amélie sut que tout était fini.

Il faut vraiment tout arrêter, maintenant ? Impossible de reporter ? tournant en rond, il évitait son regard.

Non. Et puis ne tinquiète pas ! Amélie se leva pour partir. Je me débrouillerai seule. Bonne route.

Ils ne se revirent jamais.

Paul naquit un mois après la disparition de Lydia. Une crise cardiaque, sur son lieu de travail. Autour delle, pourtant des médecins Mais rien ny fit. Amélie accompagna sa mère, se jurant de ne pas pleurer.

Plus tard, maman. Je pleurerai quand Paul sera là, promis.

Mais le temps a manqué pour les larmes. Paul fut un bébé fragile, malade. Seule, Amélie enchaîna lessives, biberons, promenades, corvées en tout genre, comme une automate. Elle quitta luniversité, incapable de subir les chuchotements et jugements.

Pardon maman, je suis trop sensible Mais jy arrive pas elle murmurait à la photo de Lydia. Quai-je fait de mal ? Avoir un enfant, sans forcer Gabriel à mépouser ? Peut-être aurais-je dû insister Mais tu maurais dit que cest idiot découter ce quon dit derrière son dos. Davancer, toujours. Jessaie, maman mais ce nest pas brillant.

Quand arriva le temps, Amélie confia Paul à la crèche. La première année fut la plus rude. Maladies à répétition. Impossible de trouver un vrai emploi. Elle envoya moins de CV et prit un job non déclaré, femme de ménage dans un salon de beauté, tout près. Elle nettoyait le soir, espérant un jour faire autre chose

Tous ces souvenirs tournaient dans sa tête alors quelle allait chercher Paul. Après la crèche, passage à la pharmacie, puis retour chez elle. Elle salua sa voisine sur le palier :

Bonjour, Nathalie !

Bonjour ! Ah, encore malade ? Nathalie pointa Paul du menton.

Oui Amélie sacharna contre la serrure. Mon patron va finir par me mettre dehors. Deux fois ce mois-ci. Quel calvaire

Ce nest rien. Attends ! Le mien na pas été malade pendant un an, puis il na plus arrêté. Pourquoi ne prends-tu pas une nounou ? Tu ne gagnes pas un peu plus maintenant ?

Pas assez. Amélie poussa son fils entrer. Dépêche-toi denlever tes chaussures, mon grand.

Oui, les nounous coûtent cher Dommage que tu naies pas de mamie pour taider.

Dommage, oui. Bon, à bientôt, Nathalie.

Une fois la porte fermée, Amélie sentit les larmes monter. Maman, que tu me manques

Mais Paul, assis par terre, la rappela à lordre. Elle le mit au lit, donna du thé chaud et réfléchit : il fallait agir.

Le coup à la porte la surprit. Paul dormait, elle naviguait discrètement sur des sites dannonces.

Bonsoir, Amélie !

Sur le seuil, Madame Clavelle, une vieille dame du bâtiment dà côté. Amélie la connaissait peu.

Bonsoir, tout va bien ? demanda-t-elle, interloquée.

On peut dire ça comme ça. Tu minvites ou tu préfères que je reste sur le pas de la porte ?

Oh pardon ! Entrez

Clavelle se déchaussa, puis indiqua la cuisine :

Cest là ?

Oui

Allons-y, ne réveille pas ton petit, le sommeil, cest le meilleur remède.

Tandis quelles sasseyaient, la vieille dame croisa les mains.

Tu cherches une grand-mère de dépannage ?

Pardon ?

Une grand-mère à lheure. Pour rester avec lenfant quand il est malade, ou autre. Clavelle répéta patiemment. Amélie crut entendre lintonation de sa mère.

Jen aurais bien besoin mais où en trouver une ?

Plus besoin de chercher, je suis là. Tu veux membaucher ?

Amélie resta interdite. Cétait inespéré, mais elle connaissait à peine la vieille dame. Confier son enfant au premier venu ?

Comment savez-vous que je voulais une nounou ?

Jai vu Nathalie aujourdhui. Elle ma tout dit.

Je comprends Madame Clavelle, ne men voulez pas mais

Pose toutes les questions que tu veux. Tu vas me confier ton enfant, cest normal de tinformer. Tu veux que je me présente ?

Amélie fit glisser une tasse de thé et une boite de biscuits vers la vieille dame.

Je vous écoute.

Le récit de Clavelle était simple, sans détour.

Je suis née ici, ici dans cette ville. Mes parents, ouvriers. Jai grandi, jai bossé à lusine, rencontré mon mari là-bas. On a eu deux garçons. Ils ont grandi, sont partis, ont fait leur vie ailleurs. Moi je suis restée. Jai des petits-enfants mais je ne les vois presque pas. Jai travaillé, travaillé, et puis voilà : aider, on ne voulait pas. Les beaux-parents chez les belles-filles Enfin. Du coup jai le cœur qui se serre quand je vois les gamins dans la cour. Alors jai pensé, à cause de Nathalie, pourquoi ne pas proposer mon aide ? Peut-être ça te rendra service, et moi, ça mettra du soleil dans ma journée. Je ne demande pas grand-chose. Mais prends ton temps pour répondre. Demain, tu me diras. Cest mieux comme ça.

Amélie acquiesça. Elle raccompagna Clavelle et réfléchit longuement.

Quen dis-tu, maman ? Cest étrange, non ? Jy ai pensé et la solution frappe à la porte. Signe du destin ?

La nuit fut difficile, Amélie ne dormit pas, veillant sur Paul. Au matin, elle avait pris sa décision.

Madame Clavelle, bonjour. Jaccepte.

Cest ainsi que leur collaboration débuta. Cest le mot que la vieille dame employait.

Nous sommes collègues, ma chère. Tu travailles, moi aussi ! Toi, tu es rassurée pour Paul, moi je complète ma pension.

Vos enfants ne vous aident pas ?

De temps en temps, oui. Mais je naime pas abuser. Ils ont leur famille, leurs enfants, cest déjà assez.

Au début, Amélie observait, prudente. Mais Paul sattacha à Clavelle dès le premier jour.

Ça va, petit ? disait la vieille dame, sa main sur son front. Tu verras, un peu de tisane au miel et une belle histoire, tu seras vite guéri. Écoute la voix de lexpérience !

Mais je nai pas de miel

Jen ai apporté. Toi, file au travail, ici tout ira bien.

Quelques semaines plus tard, Paul apprend à lire, à jouer aux échecs, nage deux fois par semaine.

Je naurais jamais eu ce temps. Sans Clavelle, impossible.

Ne me remercie pas, je temprunterai ta nounou pour ma fille plus tard, plaisantait Nathalie.

Le temps passa, Paul grandit, entra à lécole. Clavelle resta dans leur vie. Un jour, Pierre Vauclaire proposa à Amélie une évolution de carrière.

Vous méritez mieux, Amélie. Avec vos études, vous pourriez viser plus haut.

Une formation, une promotion, Amélie gravit les échelons, bientôt plus libre, moins inquiète sur le plan financier. Clavelle sen réjouit.

Je suis fière de toi, Amélie.

Les liens avaient dépassé la simple collaboration. Alors, le jour où Clavelle disparut, Amélie salarma.

Nathalie, elle na rien dit ? Je nai rien, ni nouvelles

Tu as appelé les hôpitaux ?

Tout essayé. Mais ils me refusent, je ne suis pas de la famille.

Et ses fils ?

On ne sait rien, on ne peut venir, voilà tout Cest pourtant leur mère !

Tu ne peux compter que sur toi.

Amélie fit le tour des hôpitaux de la ville.

Vous êtes de la famille ? Non ? Alors pourquoi la cherchez-vous ?

Après près dune semaine, elle retrouva Clavelle.

On la admise sans papiers. Elle a repris connaissance au bout de deux jours, perdue, mémoire embrumée.

Voir Clavelle ainsi, sur son lit dhôpital, blême et minuscule, tordit le cœur dAmélie.

Pourquoi na-t-on pas répondu à mes appels ? Jaurais pu venir plus tôt ! Qua-t-elle ?

Un accident, perte de mémoire Vous êtes ? demanda le jeune interne.

Sa fille. Où se trouve le chef de service ?

Après quelques discussions, elle fit transporter Clavelle dans une autre chambre et la plaça sous sa protection.

Vous vous sentez comment ?

Qui êtes-vous ?

Je suis Amélie. On va y aller doucement, le repos fera revenir la mémoire.

Les fils de Clavelle, à lappel dAmélie, firent comprendre quils ne viendraient pas.

Tant mieux On sen sortira, nous. Au moment de raccrocher, Amélie se souvint des paroles de Lydia : Chacun pense à soi Cétait vrai.

Clavelle sortit de lhôpital une semaine plus tard. Amélie la ramena à la maison.

Paul, madame Clavelle ne se souvient pas de tout. Continue dêtre gentil, appelle-la mamie, tout simplement, et aide-la à rester tranquille.

Elle va habiter avec nous maintenant ?

Oui.

Paul hocha la tête, convaincu :

Cest juste.

À son tour, Paul veilla sur Clavelle. Après lécole, il réchauffait le déjeuner, restait auprès delle, faisaient des jeux tranquillement.

Je fais mes devoirs, mamie, et après on fait une partie, daccord ?

Clavelle souriait. Paul lappelait mamie, Amélie ma fille, et cette dernière nessayait pas de corriger. Quelle importance ? Lessentiel était que la vie continue.

Six mois plus tard, le fils de Clavelle, Alexandre, se présenta.

Ce jour-là, Amélie rentrait vite du travail, cétait lanniversaire de Paul. Tarte commandée sous le bras, alors quelle approchait de limmeuble, un homme larrêta sur le banc à lentrée.

Vous êtes Amélie ?

Oui.

Je suis Alexandre Clavelle, le fils de madame Clavelle.

Enchantée. Vous voulez voir votre mère ?

Oui enfin. Je Il hésita. Amélie le scruta.

Je ne suis pas là pour profiter, croyez-le bien. Votre mère ma beaucoup aidée, je lai aidée à mon tour. À présent, elle compte sur moidavantage que sur d’autres.

Vous n’avez pas compris…

Si jai bien compris. Vous verrez votre mère, prenez si vous voulez le reste, mais elle, je ne vous la donnerai pas.

Pourquoi ? Je pensais la ramener chez moi.

Si çavait été le cas, vous seriez venu plus tôt.

Et maintenant ?

Désormais, elle vit avec nous. Peut-être ne vous reconnaîtra-t-elle même pas. On ne bouscule pas un malade.

Je comprends. Puis-je venir lui rendre visite ?

Pourquoi demander ? Cest votre mère. Passez quand vous souhaitez.

Une fois parti, Amélie sentit quil ne reviendrait pas de si tôt. Cela navait plus dimportance. Lessentiel était ailleurs.

Paul ! Mets la bouilloire ! On fête ton anniversaire !

Maman, mamie peut manger du gâteau ?

Le plus gros morceau lui revient !… Comme elle disait toujours quand tu étais petit ?

Soffrir un plaisir ?

Cest ça ! Nous aussi on en a bien besoin, mon grand.

Amélie tourna la clé dans la serrure, et rejoignit son fils et mamie Clavelle à la cuisine.

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