Maman, tu as déjà 65 ans. Il serait temps daller chez le notaire pour régler la succession de la maison, me lançait ma sœur lors dune de ses visites.
Cela fait une semaine que nous avons fêté les 65 ans de maman. Elle ne voulait pas dune grande fête, préférant une petite réunion à la maison, en toute simplicité. Jétais venu avec un beau bouquet de roses, un peignoir bien chaud et une paire de chaussons assortie. J’avais aussi glissé dans une enveloppe 100 euros, cela pouvait toujours servir.
Ma femme et les enfants nont pas pu faire le déplacement. Mon fils est tombé malade, ma fille avait une compétition dathlétisme, et Margot a dû partir de toute urgence à Paris pour son travail. Mais les petits ont préparé un grand dessin pour leur grand-mère, où toute notre famille est représentée devant la maison.
Ma jeune sœur, Élodie, avait aussi fait le trajet depuis son village :
Ah mince, jai oublié dacheter un cadeau à maman. Dis que le peignoir, cest de nous deux.
Daccord, mais enfin, tu nas pas oublié que cest un anniversaire important ?
Tu ne te rends pas compte des soucis que jai au travail, Luc !
Ma sœur na jamais vraiment su se débrouiller seule. À dix-neuf ans, elle avait eu une petite avec un garçon de foyer, mais il la rapidement laissée tomber et ne paie pas la pension. À cette époque, je bossais sur les chantiers et, de temps en temps, jenvoyais un peu dargent à Élodie, histoire quelle puisse acheter de quoi manger, du lait infantile, des vêtements pour la petite.
Javais même négocié une place en crèche pour Camille et trouvé du boulot à Élodie, grâce à un ami qui cherchait quelquun en boutique. Mais elle ny a pas tenu trois mois avant de poser sa démission.
Depuis, elle se débrouille avec des emplois précaires : parfois esthéticienne, parfois poseuse dongles. Lété dernier, elle est partie en saison en Belgique, laissant la petite à maman. Les trois mois passés là-bas lui ont rapporté 2100 euros environ, quelle a dilapidés très vite nouveau portable pour elle, un ordinateur pour sa fille. À force de travail, je gagne la même somme en un mois dans mon entreprise, mais je ne compte pas mes heures.
Maman était ravie de nous recevoir, elle avait préparé toutes sortes de gourmandises. Sa voisine est aussi venue, ainsi que la tante Amélie.
Mais la fête a mal tourné. Élodie a choisi ce moment, à table, pour relancer le sujet de la succession :
Dis, maman, la maison, tu comptes la laisser à qui au juste ?
Oh Élodie, quelle drôle de question Vous la partagerez également, voyons
Également ? Mais Luc a déjà son appartement et sa boîte, il nen a pas besoin de ta maison ! Moi, je paye encore un loyer.
Ma sœur parlait comme si maman allait nous quitter du jour au lendemain, sans gêne devant nos invités.
Élodie, ce nest ni le moment ni lendroit. Ne gâche pas laprès-midi.
Mais quand en parler alors ? Maman, tu as 65 ans, cest un âge où il faut penser à cela. Tu devrais rédiger un acte chez le notaire en ma faveur.
Ma tante a failli sétouffer avec son thé en entendant cela. Je nai pas supporté ce manque de respect et jai entraîné Élodie dans la cuisine :
Mais tu dérailles ? Tu parles comme si maman était déjà morte ! Il faut arrêter ces bêtises !
Ce nest pas à toi de ten mêler. Jai élevé ma fille seule, moi
Seule ? Tu oublies largent que je tai donné, et maman qui gardait Camille ! Tu veux vraiment que je perde patience ?
Élodie est partie vexée. Elle a récupéré sa fille sans dire au revoir. Elle sest même mise à me menacer, affirmant quelle irait jusquà porter plainte contre moi. Ses menaces me laissaient froid.
Maman, elle, sinquiète beaucoup pour Élodie. Depuis cette histoire, ma sœur interdit à Camille de parler à sa grand-mère, ne répond plus aux appels. Tout cela à cause dune maison Maman en pleure et se serre le cœur de chagrin.
Je ne sais plus quoi faire avec Élodie. Cest une femme adulte, mais parfois elle se comporte comme une enfant capricieuse.
Et vous, que conseilleriez-vous à quelquun dans ma situation ? Devrais-je tenter de me réconcilier avec ma sœur, ou bien laisser les choses comme elles sont ?