Pour des raisons qui méchappent encore, beaucoup de femmes croient quaprès quarante ans, avec un ou deux divorces derrière elles, il est normal de seffacer de la vie et de tirer un trait sur le bonheur. Jai traversé cette situation moi-même. Jai été mariée à deux reprises. Mon premier mariage, alors que jétais toute jeune, ma donné une fille. La seconde fois, javais la trentaine. Ni lun ni lautre na duré plus de deux ans. Il y avait toujours quelque chose qui clochait, mais chez les hommes, jamais chez moi.
Bien entendu, après mon second divorce, jai eu quelques histoires, sans jamais franchir à nouveau le pas du mariage. Aujourdhui, jai quarante-cinq ans, et malgré tout ce que jai vécu, je garde foi en lavenir. Je suis convaincue que, quelque part, mon âme sœur mattend encore. Pour abréger, il ny a quun mois, jai croisé un homme au détour dune promenade. François avait quarante-neuf ans. Je déambulais dans les allées du Jardin du Luxembourg à Paris, soignée comme toujours, et jai décidé de marrêter prendre un café en terrasse.
Cest là que François sest approché pour entamer la conversation. Ce nétait certes pas mon type idéal, mais il était bien mis et paraissait rangé. Après les présentations, il ma offert un autre café. Dinstinct, je lui ai demandé sil était engagé avec quelquun, ce à quoi il ma répondu dun air évasif. Il était évident quil entretenait une certaine relation. Pourtant, je lai invité chez moi pour prolonger notre échange, autour dun thé accompagné dun gâteau que javais préparé la veille. Oui, certains jugeront que jétais folle de laisser entrer un inconnu chez moi, mais de nombreux voisins nous ont vus et, honnêtement, François ne mapparaissait pas dangereux.
Arrivés dans mon appartement, à Saint-Germain-des-Prés, il a jeté un regard autour de lui et sest tout de suite esclaffé :
Eh bien, tu as un grand appartement ! On dirait quaucun coup de pinceau na touché ces murs depuis quinze ans !
Jai feint létonnement. En vérité, les dernières rénovations dataient dil y a dix ans, et lensemble restait agréable. Pourquoi investir sans cesse dans des murs ou un plafond alors que je préfère me choyer moi-même ? Est-ce vraiment un mauvais choix ?
Jai servi le thé, nous avons dégusté le gâteau, mais François sest mis à critiquer à nouveau létat de mon logement. Je ne me suis pas laissé démonter. Je lui ai lancé franchement : « Mais quest-ce que ça change ? Si lappartement te déplaît, pourquoi ne minvites-tu pas chez toi ? » Il na rien ajouté, soudain devenu muet. Il est rentré chez lui, promettant de donner des nouvelles dici une semaine.
Cette semaine sest écoulée sans le moindre message, ni appel. Puis, un samedi, tard dans la nuit, il ma écrit quil souhaitait passer me voir. Cette fois, jai saisi loccasion en lui expliquant que, pour sa visite, il devrait maider à poser du papier peint. Du coup, il sest soudain rappelé dune urgence, et ma promis de rappeler la semaine suivante. Je comprends à présent : il devait être marié et cherchait simplement une aventure discrète avec une femme aisée. Ce nest sûrement pas pour moi. Mais cela na plus dimportance. Limportant, cest que nous navions en commun quune sorte de camaraderie de circonstance. Je reste convaincue que je croiserai lamour. Et je veux adresser ce conseil à toutes les femmes : un homme qui ne fait rien pour vous, pourquoi en auriez-vous besoin ?