Mais pourquoi viens-tu chez moi, maman ? Tu as toujours aidé Camille, va donc la voir quand tu as besoin daide maintenant ! ma dit mon fils, Sébastien. Il ne ma même pas invitée à entrer, me parlant sur le pas de la porte, sa voix glaciale et son regard distant.
Mon fils, tu ne laisseras même pas ta propre mère entrer chez toi ? Jai éclaté en sanglots, incapable de retenir mon émotion.
Sébastien était sur le point de refermer la porte devant moi quand la voix de sa femme se fit entendre :
Sébastien, avec qui parles-tu ? demanda Hélène en arrivant dans lentrée.
Maman ? sétonna-t-elle en me voyant. Eh bien, pourquoi restez-vous dans le froid ? Entrez, voyons.
Sébastien haussa les épaules et séloigna, pendant que, soulagée, je commençais à ôter mes chaussures dans le couloir. Jétais heureuse quHélène mait proposé dentrer, car javais besoin davoir une conversation sérieuse.
Je dois admettre que javais blessé mon fils, et je men rendais compte seulement maintenant. Jai deux enfants : Sébastien et ma fille Camille. Jai passé ma vie à aider ma fille, oubliant mon fils.
Je pensais quil navait pas besoin de mon aide, quil se débrouillait très bien sans moi, mais en réalité, il avait surtout réussi parce quil voulait me montrer quil y arriverait sans mon soutien, ni mon argent.
Pourtant, jai toujours eu de largent, car cela fait vingt ans que je travaille à létranger, mais je naidais financièrement que ma fille, ce que je regrette amèrement aujourdhui. Camille na rien apprécié et, le moment venu, elle sest détournée de moi.
Je suis partie travailler à Marseille quand Sébastien avait 18 ans et Camille 16. Leur grand-mère est restée avec eux. Mon mari nous avait quittées depuis longtemps, et nous vivions dans une telle précarité que je considérais le travail à létranger comme notre seul espoir.
Avec mes premiers euros gagnés en France, jai commencé à rénover la maison. Ma mère était ravie lorsquon a enfin eu leau courante et des toilettes.
Puis, Camille ma annoncé quelle se mariait. Jestimais quà 19 ans, cétait trop tôt, mais je nai pas cherché à la dissuader. Le gendre était du village, et ils sont venus vivre chez moi.
Sébastien et le gendre ne sentendaient pas, alors Sébastien sest lui aussi marié rapidement. Hélène, ma belle-fille, avait grandi à la Ddass ; elle vivait dans une petite chambre quon lui avait allouée, et cest là quils se sont installés.
Pour Camille, la question de largent fut vite tranchée :
Maman, je suis restée à la maison, donc tout doit me revenir, me dit-elle.
Sébastien, lui, ne disait rien, il ne me demandait jamais dargent. Cela marrangeait ; tout largent gagné en France partait chez ma fille, quelle dépensait à sa guise. Sébastien, de son côté, se débrouillait et travaillait pour sa propre famille.
Tout a changé avec le décès de ma mère. Juste après, Camille a annoncé son divorce. Depuis toujours, quand Camille décidait quelque chose, elle allait jusquau bout.
Et maintenant, quest-ce que tu vas faire ? ai-je demandé à ma fille.
Je pars en France avec toi, a-t-elle répondu sans hésiter.
Nous sommes donc parties ensemble, mais Camille na jamais voulu travailler dur. Elle faisait des ménages, et tout son salaire passait dans le loyer et la nourriture.
Moi, je gardais une famille à domicile, donc je dépensais très peu. Tout mon salaire, environ mille euros, était récupéré par Camille, qui voulait acheter un appartement en France.
Puisquelle ne voulait plus rentrer, elle ma convaincue de vendre notre maison du village, pour réunir plus vite la somme.
Mais même toutes nos économies additionnées, ce nétait pas suffisant. Je vendis la maison, on rassembla ce quon avait, et Camille voulait emprunter le reste pour acheter son appartement. Mais elle sest remariée, son nouveau mari a payé la différence et ils ont pu sinstaller dans leur petit logement.
Tant que je travaillais, je ne pensais pas à lavenir. Mais je suis tombée malade et jai dû arrêter. Jai alors demandé à Camille de maccueillir, comme on en avait parlé, mais elle ma expliqué quils manquaient de place et que je devrais me soigner pour reprendre le travail.
Je ne lai pas écoutée et je suis revenue en France, mais je navais plus de chez-moi, cette maison avait été vendue. Il me restait un grand terrain au village, presque un hectare, mais il fallait soit le vendre, soit y construire. Où trouver largent ?
Jai donc décidé de demander à Sébastien de maider à vendre ce terrain, sans trop savoir ce que je pourrais bien faire ensuite.
Sébastien était tellement blessé quil ne voulait même pas me parler, mais Hélène, elle, ma non seulement accueillie, mais a aussi trouvé une solution.
Maman, justement, avec Sébastien nous cherchons un terrain pour construire notre maison. Si vous acceptez, on commencera la construction sur votre terrain, et une fois la maison finie, vous vivrez avec nous, a proposé Hélène.
Mon fils a un peu râlé au début, puis il a approuvé lidée de sa femme, et avant la fin de la soirée, il nétait plus fâché.
Hélène ma gardée près delle, ma préparé un bon dîner, ma installée pour la nuit, et ma dit que le lendemain, nous irions voir les médecins.
Pourquoi fais-tu tout cela pour moi ? lui ai-je demandé.
Parce que je nai jamais eu de mère et maintenant, jen ai une, a-t-elle répondu avec le sourire.
Voilà comment ma propre fille ma rejetée, alors que cest ma belle-fille qui ma ouvert les bras.
La vie ma appris une leçon essentielle : il ne faut jamais oublier ceux qui sont là, parfois dans lombre, mais dont lamour et la bonté peuvent nous ramener à la vie, là où on les attendait le moins.