Pourquoi tu es venue chez moi, maman ? Toute ta vie, tu nas fait quaider Élodie, eh bien, demande-lui à elle de taider maintenant ! ma lancé mon fils. Thomas ne ma même pas invitée à entrer, il me parlait sur le pas de la porte avec des mots aussi froids que son regard étranger.
Mon fils, tu ne vas pas laisser ta propre mère dehors ? jai craqué et jai fondu en larmes.
Maman, pourquoi ces sentiments ? Je suis débordé, je nai pas le temps pour des histoires Il allait me claquer la porte au nez, mais soudain la voix de ma belle-fille la interrompu.
Thomas, tu parles à qui là ? a demandé Manon, qui est sortie dans le couloir.
Maman ? Cest vous ? ma-t-elle demandé, surprise. Mais alors, pourquoi vous restez dehors ? Entrez donc, il fait froid !
Thomas a haussé les épaules, il a tourné les talons, et moi, soulagée que Manon minvite malgré tout, jai commencé à retirer mes chaussures dans lentrée. Javais besoin davoir une vraie discussion avec eux.
Cest vrai que jai fauté envers mon fils, et je ne lai compris que bien trop tard. Javais deux enfants : Thomas et ma fille Élodie. Et cest un fait, toute ma vie, jai préféré moccuper dÉlodie et jai un peu laissé mon fils de côté.
Je croyais que Thomas pouvait se débrouiller tout seul, quil navait pas besoin de moi, vu comment il sen sortait, mais en réalité, il a tout fait pour me prouver quil pouvait y arriver sans mon soutien ni mon argent.
Javais de largent, parce que ça faisait vingt ans que je travaillais comme femme de ménage à Paris. Mais cest Élodie que jaidais financièrement, et aujourdhui, je le regrette amèrement, car non seulement elle na rien apprécié, mais, quand jai eu besoin delle, elle ma purement et simplement tourné le dos.
Je suis partie travailler à Lyon quand Thomas avait 18 ans, Élodie, elle, 16. Cest ma mère qui est restée avec eux, leur père était parti depuis longtemps. Franchement, on vivait tellement modestement que partir bosser loin ma semblé le seul espoir.
Dès que jai gagné mes premiers euros à Lyon, jai commencé à refaire un peu notre maison. Ma mère était ravie : enfin, il y avait leau courante et des toilettes à la maison !
Puis Élodie a dit quelle voulait se marier. Jai trouvé quà 19 ans, cétait tôt, mais bon je ne len ai pas empêchée. Son mari venait du village, ils sont venus vivre chez nous.
Thomas et Julien, son beau-frère, ne sentendaient pas, alors Thomas a rapidement trouvé une petite amie et a quitté la maison. Ma belle-fille, Manon, elle a grandi en foyer, sans rien, lÉtat lui a donné une chambre en résidence, cest là quils ont commencé leur vie à deux.
Ma fille, elle, a vite tranché sur la question de laide financière :
Maman, puisque je suis restée à la maison, tout devrait me revenir ! disait-elle.
Mon fils na jamais rien demandé, il sest débrouillé de son côté, et moi, je trouvais ça normal. Tous mes euros partaient chez Élodie, elle en faisait ce quelle voulait. Thomas, lui, gagnait sa vie comme il pouvait, sans rien demander à personne.
Et puis tout a basculé. Maman est partie. Élodie a annoncé quelle divorçait. Elle a toujours eu ce caractère : quand elle décide quelque chose, impossible de la faire changer davis.
Et alors, tu vas faire quoi ? je lui ai demandé.
Je pars avec toi à Lyon, a-t-elle lancé, directe.
On est donc parties toutes les deux, mais elle naimait pas trop travailler. Le peu quelle faisait en ménage passait dans le loyer et à manger.
Moi, comme jétais logée chez mes patrons, je navais ni loyer ni frais de nourriture. Mais lessentiel de mon salaire, un bon millier deuros, cest elle qui le gérait, et elle a eu lidée de vouloir acheter un appartement en France.
Comme elle ne voulait plus rentrer, elle ma convaincue de vendre notre maison de campagne, disant quon pourrait plus vite acheter notre logement ainsi.
Bien sûr, même avec ça, il manquait des sous. Jai vendu la maison, tout ce quon a pu économiser, et elle voulait faire un crédit pour le reste, mais elle sest remariée et son nouveau mari a complété la somme. Ils ont emménagé dans leur petit deux-pièces.
Tant que je bossais, je ne pensais pas trop à la suite, mais récemment je suis tombée malade : plus question de travailler comme avant. Jai voulu emménager chez Élodie, comme on lavait dit au départ, mais elle ma répondu que ce nétait pas possible, il ny avait pas de place pour moi, quil fallait que je me soigne et que je reparte travailler dès que possible.
Jai tourné la page, décidé de rentrer chez moi, mais chez moi il ny avait plus rien, tout avait été vendu. Restait un grand terrain que javais là-bas, presque un hectare, mais bon, il faudrait le vendre ou construire, mais avec quel argent ?
Voilà pourquoi jai pris mon courage à deux mains et suis allée voir Thomas. Je voulais juste quil maide à vendre ce terrain, sans trop savoir quoi faire ensuite.
Il était si vexé contre moi quil ne voulait même pas mécouter, mais Manon, elle, ma pas seulement accueillie, elle a aussi trouvé la solution.
Maman, justement avec Thomas, on cherchait un terrain pour construire notre maison. Si vous êtes daccord, on commence à bâtir là, et, une fois la maison faite, vous viendrez vivre avec nous, ma proposé Manon.
Thomas a dabord ronchonné, puis finalement il sest laissé convaincre par lidée de sa femme. Le soir même, il avait oublié quil men voulait.
Manon ne ma pas laissé repartir, elle a préparé le dîner, ma arrangé un lit, et a dit que demain, on irait consulter un médecin.
Pourquoi tu fais tout ça pour moi ? je lui ai demandé.
Parce que je nai jamais eu de maman, et aujourdhui, enfin, jen ai une, elle ma répondu avec un sourire.
Voilà Ma fille ma laissée tomber, mais cest ma belle-fille qui ma ouvert les bras.