Mon fils est tombé sur une jeune femme malhonnête qui le manipule à sa guise. Récemment, elle essaie de le monter contre moi. Elle lui répète que mon seul souci serait mon propre bien-être et que je ne me soucie pas de leur bonheur. Elle a eu cette impression parce que jai refusé de faire un échange dappartements.
Mon épouse nous a quittés il y a plusieurs années, et mon fils est mon unique enfant. Je lai élevé avec amour et attention, jai veillé à ce quil reçoive une bonne éducation. Avant son mariage, il habitait toujours avec moi. Dès la fac, il a commencé à travailler, puis, une fois diplômé, il a immédiatement trouvé un poste stable.
Mon fils est ma fierté. Il est brillant, sérieux, et tout lui réussit côté professionnel. Avec mon épouse, nous navons jamais eu les moyens de lui acheter un appartement, nous avons toujours vécu de manière modeste. Nous avons acquis notre propre logement relativement tard, à quarante ans ; auparavant, nous étions en location à Paris, donc impossible doffrir un appartement supplémentaire à notre fils. Mais après tout, il peut bien se débrouiller pour en acheter un, comme nous lavons fait à lépoque.
Quand Vincent ma annoncé quil fréquentait une jeune femme, jétais ravi. Jai tout fait pour entretenir de bonnes relations avec ma belle-fille : jamais un mot de travers, aucune critique. Cela métait égal de savoir qui elle était, tant quelle rendait mon fils heureux. Au début, jappréciais beaucoup Léontine, elle était polie et très discrète. Mais ce nest quaprès le mariage quelle a révélé sa vraie personnalité.
Après la cérémonie, Vincent et Léontine sont partis en voyage de noces. À leur retour, Léontine a démissionné. Elle ma expliqué que ses supérieurs étaient odieux et quelle voulait trouver mieux. Mais elle na pas été plus loin : depuis deux ans, elle vit aux crochets de mon fils et ne cherche absolument pas à reprendre un travail.
Leur petit appartement en banlieue parisienne est leur seul lieu de vie. Comme Léontine ne fait rien, Vincent ne peut envisager dacheter un nouvel appartement, car toute sa paie part dans les salons de beauté et les vêtements de Léontine.
Jai du mal à concevoir quon puisse rester deux ans sans trouver un emploi. Je doute quelle recherche activement, je pense plutôt quelle profite du confort assuré par Vincent.
Un jour, je lui ai demandé sils comptaient avoir un enfant. “Comment voudriez-vous quon ait un enfant dans un espace aussi exigu ?” ma lancé Léontine. “Vous pourriez épargner pour un apport afin de prendre un crédit immobilier”, avais-je suggéré. “On ne met rien de côté, on peine déjà à finir le mois”, ma rétorqué Léontine.
Jai préféré ne rien lui dire, mais si elle travaillait, ils pourraient sûrement économiser depuis longtemps. Si javais vu un vrai effort de leur part pour acheter un appartement, jaurais contribué, car jai déjà constitué une petite réserve. Mais là, je nai aucune envie de leur donner des euros, sachant que Léontine les gaspillerait immédiatement.
Récemment, ma belle-fille recommence à parler de bébé, se plaignant du temps qui file et quil faut envisager la descendance, mais peut-on sérieusement élever un enfant dans de telles conditions ? Mon fils lui donne raison.
“Papa, Léontine et moi avons réfléchi : pourquoi ne pas échanger nos appartements ? Rien dofficiel, juste un échange, et fini les galères de crédit ; notre appartement tirait parfaitement.”
Jai éprouvé une profonde tristesse en entendant cela. Vincent naurait pas eu cette idée tout seul. Je lui ai répondu que je ne voulais pas quitter mon appartement, que les vieux arbres ne quittent pas leur terre.
“Il ne vous reste que quelques années de travail avant la retraite, on vous offrira des petits-enfants”, ma lancé Léontine avec un sourire.
Jai décliné leur “offre avantageuse” ; je ne pouvais envisager de quitter mon chez-moi.
Depuis, Vincent est revenu plusieurs fois à la charge, mais ses propos mont blessé encore plus. Jamais il navait voulu senrichir sur le dos de quelquun, et maintenant, sa femme le pousse dans ce sens.
“Viens, on rentre. Je tavais dit que ton père ne ferait jamais rien pour nous, même avoir un enfant ne lui importe pas”, a soufflé Léontine à Vincent lors de leur dernière visite.
Après ce jour, mon fils ne me rappelle plus, il ne répond plus à mes appels. Jai du mal à comprendre cette attitude, mon fils nest pas idiot, mais dès que sa femme est là, il perd tout discernement.
Aujourdhui, je ressens une profonde amertume. Jai appris, douloureusement, quil ne suffit pas daimer son enfant pour le protéger de toute manipulation. Lamour dun père ne pèse pas toujours face à linfluence dautrui.