Ma belle-sœur avait passé ses vacances dans une station balnéaire pendant que nous retapions la maison héritée, et maintenant, elle veut soudain sinstaller chez nous dans le confort.
Je lui avais proposé quon mette nos économies en commun pour rénover la maison ensemble, mais elle avait refusé sèchement, proclamant qu’elle nen avait pas besoin. Aujourdhui, la voilà qui exige de dormir chez nous sous prétexte que sa moitié de maison est inhabitable. Mais cest bien de sa faute !
La maison, cétait celle de la grand-mère de mon mari. Après son décès, mon mari et sa sœur lavaient reçue en héritage. Elle nétait déjà plus bien jeune, mais nous avions décidé de la retaper pour nous y installer. Deux entrées, deux familles pouvaient y vivre en paix, sans jamais se croiser si elles le souhaitaient. La cour, devant et derrière, demeurait partagée. Il y avait le même nombre de pièces de chaque côté.
Le partage de la maison avait eu lieu alors que nous étions tous mariés. Tout sétait fait en douceur, sans histoire. Ma belle-mère, femme de Paris, avait tout de suite décliné lhéritage. La campagne, ce nétait pas pour elle. « Faites comme bon vous semble », avait-elle lâché à son fils et à sa fille.
Mon mari et le mari de ma belle-sœur avaient mis assez dargent de côté pour refaire la toiture et renforcer la charpente. On voulait poursuivre la rénovation, mais ma belle-sœur sest vexée : aucun intérêt dinvestir dans cette cabane branlante ! Son mari, docile, avait baissé la tête et quitté la pièce il ne discute jamais ses décisions.
On sest vus vivre, mon mari et moi, dans cette maison près du village, à trente minutes de Lyon, et notre propre voiture rendait la chose facile. On en avait marre des trois mètres carrés de notre studio. Avoir une maison était notre rêve, bâtir de zéro revenait hors de prix.
Pour ma belle-sœur, cette baraque nétait pas une maison mais un pied-à-terre dété, parfaite pour un barbecue du dimanche ou pour la sieste. Elle nous lavait bien dit : « Ne comptez pas sur moi. »
En quatre ans, on avait transformé notre moitié. Prêt bancaire, sacrifices, tout y est passé. On y a installé une vraie salle de bain, le chauffage, une nouvelle installation électrique, des fenêtres neuves, repeint la véranda. On na pas arrêté, pas une seconde, persuadés datteindre notre rêve.
Ma belle-sœur, elle, barbotait ailleurs : festivals à Biarritz, croisières sur la Méditerranée, ne se souciant ni de sa moitié de maison, ni de nous. Elle vivait pour elle, loin de nos soucis. Puis elle a eu un enfant, et le confinement de la maternité est venu.
Finis les voyages, le budget rétréci ; soudain, elle se souvient de la vieille maison. Pas facile de rester enfermée avec un bébé à Paris : à la campagne, il pourrait courir partout.
On venait à peine daménager dans notre maison, notre vie paisible, notre appartement lyonnais loué à des inconnus. Sa partie à elle, laissée à labandon, avait pris lhumidité, sentait le moisi. Où comptait-elle vivre sans chauffage ? Elle sest pointée avec une valise, a demandé lhospitalité, soi-disant pour une semaine. Jai accepté.
Son fils est bruyant. Elle aussi, dune assurance épuisante. Jamais un mot doux pour autrui. Comme je télétravaille, impossible de supporter la pagaille jai filé chez une amie. Elle nétait pas là comme les autres, alors ça larrangeait quon garde sa maison en son absence.
Finalement, presque un mois passe. Une semaine chez mon amie, puis ma mère tombe malade il a fallu moccuper delle. La belle-sœur était déjà effacée de mon esprit ; jétais convaincue quelle était repartie.
Surprise : de retour, je la trouve installée chez moi, comme si lendroit lui appartenait. Tout à fait à laise.
Quand pars-tu ? ai-je lancé.
Où veux-tu que jaille ? Jai un petit garçon, ici cest parfait.
Demain, on te ramène en ville.
Je ne VEUX pas retourner en ville.
Tu nas même pas pris la peine de nettoyer, ici ce nest pas un hôtel.
De quel droit tu me vires ? Cest aussi ma maison !
Ta maison, elle est derrière ce mur, cest là-bas que tu devrais aller.
Tentative de mettre son mari de son côté ; il lui rétorque quelle abuse. Vexée, elle part mais la tempête familiale ne fait que commencer. Ma belle-mère mappelle sans cesse :
Tu navais pas le droit de la chasser, elle est chez elle.
Mon mari répond à sa mère :
Elle pouvait rester dans sa part, là où elle est propriétaire.
Mais comment vivre là-bas, avec un enfant, sans chauffage et toilettes dehors ? Tu aurais pu prendre soin de ta sœur.
Là, mon mari a explosé, tout balancé à sa mère : quon avait proposé de rénover ensemble, que cela aurait coûté moins. Son refus, il sen souvenait. Pourquoi tout le monde se retourne contre nous, maintenant ?
On a suggéré à ma belle-sœur une autre solution : vendre sa moitié à ma propre mère. Elle accepte, mais fixe un prix délirant de quoi acheter un manoir ailleurs dans le Beaujolais. Hors de question !
Depuis, cest la guerre froide. Ma belle-mère se sent trahie, et Léontine telle une mauvaise farce débarque à limproviste, orchestre des fêtes tapageuses, cabosse les lilas, raye la clôture, laisse tout traîner.
On construit maintenant un mur ; plus de compromis, cest ce quelle a obtenu avec ses caprices. Qui sème le vent…