Lorsque Véronique est venue chercher son fils à la maternelle, il s’est précipité dans ses bras et lui a chuchoté passionnément à l’oreille :

Когда Claire vint chercher son fils à la maternelle, il se précipita dans ses bras et lui murmura avec ferveur à loreille :
Maman, maman, si on prenait la mamie de Julien chez nous ?
Quoi ? Quelle mamie ? De quoi tu parles ? sétonna Claire en aidant son fils à enfiler son manteau. Dépêche-toi, papa nous attend dans la voiture.
Là-bas, regarde ! Paul montra du doigt une dame âgée qui marchait lentement, tenant un petit garçon par la main vers la sortie. La mamie de Julien, tu vois bien !
Arrête, voyons. Cest la grand-mère de quelquun dautre, répondit Claire.
Et alors ? gémit Paul. Demande-lui si elle peut devenir ma mamie aussi. Sil te plaît.
Mais tu as déjà deux grands-mères. Pourquoi tu voudrais une de plus ? Allez, habille-toi vite.
Mais maman Paul fit une moue triste et enfila son pantalon. Mes mamies à moi, elles sont pas comme il faut La mamie de Julien, elle est une vraie mamie.
Comment ça, nos mamies ne sont pas de vraies mamies ? sourit faiblement Claire. Bien sûr que si ! Ce sont nos mamans à papa et moi, pas celle de Julien.
Pfff Paul regarda sa mère dun air malheureux. Mais elles ne sont pas vraiment mamies.
Comment ça pas vraiment ? Puisque tu es mon fils, nos mamans sont forcément tes mamies !
Oui, mais je veux pas quelles soient mes mamies “forcément”, je veux des vraies mamies, insista Paul.
Et cest quoi, une vraie mamie pour toi ?
Ben, comme celle de Julien.
Quest-ce quelle a de plus que les tiennes ?
Ben, elle laisse Julien crier partout “Mamie !” Et moi, ma mamie à Paris veut que je lappelle Madame Lucette, et celle à Lyon râle si je la nomme “mamie” dans la rue.
Elle râle ? Comme ça ?
Oui. Elle dit : “Tu vois pas que je fais jeune, ne me fais pas honte devant les voisins !”
Attends, cest ma mère qui dit ça ?
Oui. Et elle a aussi dit que tu lui laissais toujours Paul exprès Alors que la mamie de Julien dit que Julien cest la plus belle chose quelle ait dans la vie. Moi aussi, je voudrais être la personne la plus précieuse dans la vie de quelquun.
Je narrive pas à croire que ma mère ait dit ça soupira Claire, son regard devenant plus tendre vers son fils. Allez, habille-toi vite, papa simpatiente. Et Lucette, elle aussi tembête quand tu dis “mamie” ?
Non, elle répond juste pas. Mais quand je lappelle Lucette, là elle me félicite. Et, maman, pourquoi mes mamies savent pas cuisiner comme il faut ?
Comment ça ? Claire le fixa, étonnée. Elles te laissent mourir de faim, cest ça ?
Oui, carrément, répondit Paul sans hésiter.
Mais ce nest pas vrai ! Elles te gâtent plus quelles ne lont fait pour nous à ton âge ! Jai vu ce que tu manges chez elles !
Oh non tu te trompes fit la grimace Paul. Du saucisson, des raviolis, des salades Cest pas ça, la bonne nourriture.
Et que voudrais-tu alors ?
Des crêpes.
Des crêpes ? répéta Claire.
Oui, ou alors des petits gâteaux. Aujourdhui la mamie de Julien lui a dit : “On va rentrer et je vais te faire des petites crêpes chaudes, avec de la crème fraîche et de la confiture. Tu te souviens comme on a fait la confiture ensemble cet été ?” Et Julien a répondu super content, en hochant la tête. Nous, on na jamais fait de confiture.
Oh, mon pauvre chéri sattendrit la maman. Tu veux quon prenne le goûter ce soir avec de la confiture ? On sarrête à la boulangerie, on achète ce quil faut.
Cest pas la même chose quà la maison, répondit Paul. En plus, la confiture toute faite, cest pas bon.
Comment tu sais ça ?
Ben, jai déjà demandé à mes mamies, elles en ont déjà acheté.
Et les crêpes, tu as déjà demandé ?
Oui Paul passa sa veste, résigné. Elles disent toujours que cest trop long à faire, et memmènent prendre une crêpe au café. Mais là-bas, elles sont froides, et la confiture est toute sucrée. La mamie de Julien dit que les crêpes toutes chaudes, cest la meilleure chose du monde.
Ça, oui répondit Claire rêveuse, prenant la main de son fils pour quitter lécole maternelle. Moi aussi ma grand-mère me préparait des crêpes chaudes
En marchant jusquau parking où Thierry les attendait dans la voiture, Claire saisit son téléphone et appela sa copine.
Marion, tu es chez toi ? demanda-t-elle dune voix gênée.
Oui, pourquoi ?
Tu mas déjà dit que tu faisais des crêpes délicieuses, que ton fils sen régale. Tu veux bien me donner la recette ?
Viens plutôt à la maison, je te montrerai ! ria Marion.
Mais là, je viens de récupérer Paul, on doit rentrer, mon mari est dans la voiture
Alors venez tous les trois ! Les garçons feront connaissance. Je vous attends, à tout de suite ! et Marion raccrocha.
Le lendemain, Claire prit son après-midi spécialement pour aller chez sa propre mère et lui apprendre à faire des crêpes. Sa mère protesta, sagaça, parla de la vie moderne, mais Claire insista sévèrement :
Maman, si tu en as assez de nous, je ne tamènerai plus jamais Paul. Mais sais-tu ce qui fait une vraie mamie ? Tu as un petit-fils maintenant, ce nest pas le moment de râler : cest le moment de faire de la confiture et dapprendre les crêpes !
Sa mère voulut répliquer, mais le regard déterminé de Claire la fit se taire. Après tout, être grand-mère, cest un peu plus que de juste donner un nom, cest aussi donner du temps et du cœur à son petit-fils. Parce quune vraie mamie, ce nest pas une question dâge ou de titre cest une question damour et de souvenirs partagés.

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