Un retour inattendu, mais tardif !
Lorsque javais dix-huit ans, je suis tombé père dun enfant. Mes parents nont pas voulu me soutenir ; pour eux, cétait bien trop tôt pour avoir un bébé. Ma femme, Élodie, venait juste dêtre appelée au service militaire. Les deux grands-mères, de mon côté et du sien, ont parlé dune seule voix :
Le bébé, cest ton problème. Je ne veux pas men occuper maintenant, ma dit ma mère, Françoise.
Ma belle-mère, Denise, refusait de madresser la parole. Je me suis alors installé chez ma tante paternelle, Brigitte.
Elle avait trente-huit ans à lépoque, sans enfant, toute sa vie consacrée à son métier. Elle na jamais critiqué mes parents :
Je comprends, me disait-elle en servant un café chaud. Ce n’était pas facile quand tu es venu au monde. Tes parents ont travaillé dur pour toi. Il y a eu des moments où il ny avait même pas assez à manger. Ton père, Alain, déchargeait les camions la nuit pour gagner quelques euros.
Aujourdhui, ils sont à laise. Papa a un bon salaire, ils vivent dans un appartement deux pièces. Maman travaille. Et moi, je vais bientôt devenir parent.
Tu crois vraiment quils ne feront rien ? ai-je demandé à Brigitte.
Ils veulent simplement vivre pour eux-mêmes. Il ne faut pas leur en vouloir, tu sais. Je suis sûre quun jour, ils reviendront vers toi.
En attendant, aucun soutien ne mest venu deux. Jai emballé mes affaires et me suis installé chez ma tante.
Lorsque Élodie est rentrée de larmée, notre fils Louis avait déjà un an et demi. Pendant son absence, sa mère na jamais pris la peine de voir son petit-fils. Mes propres parents ne sont venus me rendre visite que deux fois.
Élodie sest lancé dans la mécanique automobile, souhaitant continuer ses études en parallèle, mais cela na pas marché. Nous avons continué à vivre chez Brigitte. Puis, quand Louis est entré à la maternelle et que jai retrouvé du travail, Brigitte a dû déménager dans un autre quartier de Paris. Nous avons alors loué un appartement.
Un peu plus tard, la grand-mère de ma femme est décédée. Ma belle-mère a vendu lappartement de sa mère, a fait tous les travaux elle-même et sest offert exactement ce quelle voulait. Élodie a essayé de la convaincre elle lui a proposé de payer un loyer tous les mois puis de racheter lappartement par la suite. Mais rien ny faisait.
Pourquoi sacrifier ma vie et mes intérêts pour vous ? Jattendais depuis longtemps ces rénovations. Vous voulez faire tout ça pour moi ? a lancé Denise comme réponse à sa fille.
Cinq ans après, notre fille Camille est née. Cétait clair quil nous fallait un chez-nous. Élodie sest mise à travailler à létranger, en Belgique. Mais économiser assez dargent pour un appartement à Paris na pas été simple. Je vivais avec les enfants dans un appartement loué.
Ma mère, Françoise, de son côté, était seule dans un beau trois pièces après le divorce avec mon père deux ans plus tôt. Mais, malheureusement, elle na jamais trouvé une place pour moi ou pour ses petits-enfants. Impossible aussi daller chez ma belle-mère : Denise refaisait sans cesse son intérieur et ne voulait rien entendre.
Grâce au travail dÉlodie à létranger, après quelques années, nous avons enfin pu acheter notre appartement, nos propres clés, sans l’aide de personne.
Aujourdhui, Louis finit sa troisième, Camille débute le CE1. Ils comprennent bien la valeur de largent. Nous avons économisé chaque centime, et aujourdhui, tout va bien. Chacun sa voiture, et chaque été, nous allons sur la Côte dAzur.
La seule personne à qui nous sommes vraiment reconnaissants, cest Brigitte. Elle peut nous appeler nimporte quand ; nous serons là pour elle.
Nos parents ont fini par traverser des moments difficiles. Ma mère sest retrouvée licenciée, elle ma appelé récemment pour demander de laide jai refusé.
Denise, ma belle-mère, est dans la même situation. Elle est à la retraite, ne souhaite pas restreindre son train de vie. Elle a déjà dépensé tout largent de la vente de son ancien appartement. Élodie lui a conseillé de vendre son grand appartement rénové et den acheter un petit.
Nous navons de comptes à rendre à personne. Nous sommes très différents envers nos enfants de ce que nous avons vécu avec nos propres parents. Nous les aiderons toujours, sans compter. Je crois quun jour, nous pourrons nous reposer sur leur aide aussi, quand viendra le temps de la vieillesse.