Tu sais, lautre jour jentre dans lascenseur de notre immeuble parisien, et déjà dedans стои une femme avec les clés de mon appartement. Au début, jai cru que je me trompais de palier ou de bâtiment, mais non. Sur son porte-clés, il y avait ce petit cœur bleu, exactement le même que celui que ma sœur Éloïse ma offert il y a des années. La femme avait la quarantaine, cheveux courts bruns, une sacoche très rigide sur lépaule. Elle était là, tranquille, comme si tout cela était parfaitement normal.
Lascenseur démarre vers les étages supérieurs, moi jai le cœur qui tambourine dans ma poitrine. Je lui lance, un peu hésitante :
Excusez-moi Ces clés, comment vous les avez ?
Elle me regarde droit dans les yeux, puis les clés, puis à nouveau moi.
Et vous, vous êtes qui ?
Cette question, je ne my attendais pas. Ça ma cloué.
Jhabite lappartement 12, juste ici.
Elle simmobilise une seconde, puis murmure :
Cest étrange
Pourquoi ?
Parce que moi aussi.
Lascenseur sarrête au sixième, personne ne bouge, cest silencieux, presque pesant.
Jhabite là depuis quatre ans, je lui explique.
La femme serre ses clés.
Moi, jai signé le bail le mois dernier.
Je la dévisage :
Quel bail ?
Elle sort une chemise de sa sacoche, et dedans il y a une copie du contrat de location. Ladresse, je la reconnais. Appartement 12. Mon chez-moi.
Un silence bizarre sinstalle.
Qui vous a donné ce bail ? je demande.
Le propriétaire.
Cest qui ?
Henri Dubois.
Et là, mon estomac se serre. Henri, cest mon cousin. Il mavait dit que je pouvais occuper lappart provisoirement pendant quil était à létranger.
Cest bien lui le propriétaire, je souffle.
La femme hoche la tête :
Oui, et il ma dit que lappartement était libre.
Lascenseur arrive à notre étage, les portes souvrent, mais on reste immobiles, face à face.
Puis elle suggère :
Il doit y avoir une erreur
Peut-être
On quitte lascenseur, on se retrouve devant la porte de lappartement 12. Elle lève ses clés, moi aussi. Nos deux clés sont absolument identiques. Un silence lourd.
Parfois, le pire nest pas quon te mente. Cest de se rendre compte que tu nas peut-être jamais su la vérité.
Je regarde la femme :
On vérifie ?
Elle respire fort, puis acquiesce :
Oui.
Dis-moi franchement Si tu découvrais que quelquun a donné ton chez-toi à une autre personne, tu essaierais de garder ton calme pour comprendre, ou tu exploserais direct ?