Lorsque jouvre la penderie dans la chambre dhôtel, je découvre, soigneusement rangée dans la valise de mon mari, une robe que je ne reconnais pas. Cest une robe en soie bleu nuit, délicatement pliée entre ses chemises. À côté, une petite carte dun magasin parisien est glissée.
Je ne suis pas de nature jalouse, mais cette robe, je suis certaine quelle nest pas à moi.
Lhôtel est luxueux. Nous sommes à Paris, venus pour le gala annuel de la société où il travaille. Les miroirs des couloirs scintillent, les tapis épais étouffent le bruit des pas et, du restaurant den bas, remontent des effluves de mets raffinés et de champagne.
Je jette un nouveau regard sur la robe.
La taille est plus petite que la mienne.
Juste à ce moment-là, Étienne entre dans la chambre.
Tu nes pas encore prête ? demande-t-il en défaisant sa cravate.
Jai la robe entre les mains.
Il sarrête, figé, une seconde. Mais la seconde de trop.
À qui est cette robe ? je demande dune voix calme.
Il sapproche lentement.
Ce nest pas ce que tu crois
Chaque fois que quelquun dit ça, cest forcément ce quon imagine.
Tu as acheté une robe pour quelquun dis-je. Et cette personne, ce nest pas moi.
Étienne soupire.
Maëlys, ne commence pas une scène maintenant. Il faut descendre dici peu.
Cest curieux je réponds à voix basse. Donc le problème, cest la scène, pas la robe.
Son regard saccroche à la porte, comme sil pouvait se sauver par le couloir.
Cest un cadeau.
Pour qui ?
Il ne répond pas. Ce silence vaut aveu.
La chambre se remplit alors dun silence épais. Seul le souffle discret de la climatisation trouble lair.
Depuis combien de temps ? je demande.
Maëlys
Tu peux répondre ?
Ce nest pas important.
Je passe mes doigts sur le tissu frais et lisse de la robe.
Donc, elle la portera ce soir ?
Il ne dit rien.
Pendant que je serai assise à côté de toi à ce fameux dîner ?
Étienne serre la mâchoire.
Les choses nauraient jamais dû se passer ainsi.
Mais voilà, cest ainsi tout de même.
Je range la robe dans la valise, referme doucement la fermeture éclair.
Qui est-ce ?
Une collègue.
Évidemment.
Je prends mon sac posé sur le lit. Jenfile calmement mes escarpins.
Où vas-tu ? interroge-t-il.
À la soirée.
Il me regarde, déconcerté.
Vraiment ?
Évidemment.
Jouvre la porte.
Jai hâte de voir qui portera cette robe ce soir.
Dix minutes plus tard, nous entrons dans la grande salle de réception de lhôtel. Lustres en cristal, airs de musique classique, costumes et robes de soirée partout.
À lune des tables, une jeune femme arbore de longs cheveux blonds.
Elle porte une robe bleu nuit.
La même.
Nos regards se croisent et elle adresse à Étienne un petit sourire.
Je comprends immédiatement.
Ce nest pas une liaison cachée dans lombre. Tout le monde ici semble déjà au courant. Tout sauf moi.
Je marche jusquà leur table.
La jeune femme a une assurance tranquille.
Bonsoir, dit-elle.
Je regarde sa robe.
Elle te va très bien.
Elle sourit, rayonnante.
Merci.
Étienne reste à côté de moi, raide, comme un homme qui attend lorage.
Jôte mon alliance et la dépose devant lui, à côté de sa flûte de champagne.
Les cadeaux disent toujours la vérité, murmuré-je. Parfois, ils tombent simplement entre de mauvaises mains.
Je me retourne et me dirige vers la sortie de la salle.
En marchant, je perçois derrière moi des murmures, des voix étouffées, le bruit des chaises repoussées.
Mais, bizarrement, pour la première fois depuis longtemps, je ne me sens ni humiliée, ni blessée.
Je me sens juste libre.
Dites-moi honnêtement : est-ce plus douloureux de découvrir une infidélité en secret, ou en public, devant tous ?