Lorsqu’Anna a annoncé à son compagnon qu’elle attendait un enfant, elle a tout lu sur le visage de Paul : il était clair qu’il ne s’attendait pas à cette nouvelle et qu’il n’avait sûrement pas l’intention de se marier si tôt…

Après avoir annoncé à son compagnon quelle attendait un enfant, jai tout de suite vu sur le visage de Paul que cette nouvelle le déstabilisait. Il était clair quil nimaginait pas une paternité si tôt et quil ne comptait pas se marier dans limmédiat

Je me rappelle que Margaux était tombée amoureuse avant même davoir dix-huit ans. Le jeune homme du village la fascinait depuis longtemps ; ils avaient passé tout le printemps à se promener dans les hameaux alentours, longer la Loire, admirer les couchers de soleil sur les champs de tournesols.

Margaux devait rentrer à lIUT de la ville à la rentrée, mais un matin, elle comprit quelle était enceinte. Elle navait aucune idée de ce quelle devait faire.
Que va dire maman, ma sœur, les voisins ? pensa-t-elle, angoissée.

Complètement perdue, Margaux prit alors une décision : elle naurait pas cet enfant. Elle raconta la situation en pleurant à sa mère, puis monta dans le train pour Lyon. Sa mère nessaya pas de la retenir.

Dans notre famille, ma maman élevait déjà la petite sœur de Margaux seule, et voilà que laînée lui ramenait ce genre de « cadeau » Il fallait bien continuer à vivre.

Une fois arrivée en ville, tout se déroula sans encombre. Après cela, elle coupa tout contact avec Paul. Dailleurs, lui non plus ninsista pas.

Un grand vide envahit Margaux. Elle narrivait plus à se concentrer sur ses études, dautant quelle savait désormais ne pas pouvoir compter sur laide de sa mère, qui lui en voulait encore.

Il a donc fallu chercher un emploi et un logement en ville pour subsister. Retourner au village était absolument hors de question : les commérages des gens la blessaient trop.

Le destin la menée, sans doute, devant un panneau doffres demplois. Une petite annonce écrite dune jolie écriture retenait son attention : “Famille cherche une jeune fille au pair pour petit garçon de 3 ans, logement nourri logé”. Parfait !

Cest ainsi que Margaux a été engagée chez le couple Dubois, tous deux enseignants. Le petit Romain, enfant tardif et unique, sattacha tellement à Margaux quil ne cessait de demander quand elle partait voir sa maman ou sa sœur.

Les années ont passé, et Margaux sest intégrée peu à peu dans cette famille lyonnaise. Charles Dubois et Isabelle Dubois, tous deux professeurs à luniversité, lui ont laissé prendre en main la maison : lessives, repassage, courses, cuisine, aide aux devoirs de Romain, rien ne lui échappait.

Lorsque Romain fut assez grand pour se passer de nounou, les Dubois gardèrent Margaux comme aide à domicile. Son salaire était modeste, car comprenant le logement et la nourriture, mais elle sen accommodait. Elle avait trouvé, auprès de ce couple, une quiétude, un refuge, et une vraie bienveillance.

Mais un regret persistait dans le cœur de Margaux. Quelques mois plus tôt, elle avait fait la connaissance dIgor, un voisin. Leurs rencontres, dabord amicales, devinrent plus intimes avec le temps.
Après trois ans de relation, Margaux ne pouvait toujours pas avoir denfants

Elle décida alors douvrir son cœur à Igor. Et, une fois de plus, on labandonna. Un goût damertume, la solitude, recommencèrent à ronger Margaux.
Son travail chez les Dubois resta son seul havre. Elle veillait sur Isabelle et Charles comme sils étaient ses propres parents.
Au fil du temps, Margaux était devenue un membre de la famille. Léchec de sa deuxième histoire damour avait calmé son âme. Elle finit par ne plus croire au mariage.

Le temps a passé paisiblement. Romain est sorti diplômé, parlait couramment anglais, et reçut de belles offres demploi. Il choisit finalement un poste à létranger.
Mais la santé dIsabelle Dubois se dégrada. Margaux, dévouée, assura les soins pendant plusieurs années tandis que Charles travaillait nuit et jour pour subvenir aux besoins du foyer et aider Romain.

Cela ne dura pas éternellement. Aux tous derniers instants, Isabelle prit la main de Margaux :
Ne laisse pas Charles seul, Margaux, promets-le-moi

Après le décès dIsabelle, la maison devint morose. Charles, dordinaire si bavard, mangeait en silence, plongé dans ses pensées.
Margaux se sentit alors de trop, étrangère chez elle. Il lui fallait changer de vie : trouver un nouvel emploimais sans diplôme, cétait mission impossibleou retourner au village, où le travail nabondait pas non plus.

Un soir, Margaux se planta devant Charles, la gorge serrée.
Je vais partir, Monsieur Dubois. Je crois que mon temps est passé. Merci pour tout.
Charles sembla sortir dun long sommeil. Il releva la tête, surpris :
Comment ça ? Où veux-tu aller ? Pourquoi… Tu veux aussi me laisser ? Me laisser tout seul ?

Margaux soupira, et Charles se leva dun trait. Il lui prit la main et, pour la première fois, y déposa un baiser.
Margaux, tu comptes pour nous plus quune employée, tu fais vraiment partie de notre famille. Je ne veux pas que tu partes, comprends-tu ?

Margaux acquiesça en silence, lémotion gagnant ses yeux.
Dailleurs, Isabelle mavait confié quelle voulait que tu restes auprès de nous Nous nous sommes tellement habitués à toi. Reste, Margaux, je ten supplie. Nous prendrons soin lun de lautre.

Ils partagèrent quelques larmes, debout dans la cuisine, mais une fois lorage passé, un apaisement sinstalla.
La vie reprit tout doucement. Margaux attendait Charles après le travail, tenait lappartement impeccable, recevait parfois lappel de Romain qui promettait de revenir les voir

Un an, puis deux passèrent ainsi. Un soir, à la veille de lanniversaire de Margaux, Charles aborda un sujet délicat. Il lui confia combien elle comptait à ses yeux et lui avoua son souhait de lépouser, afin de la protéger légalement, elle, la plus jeune, et de prévoir sa propre vieillesse.

Margaux, profondément reconnaissante, ne prit aucune décision sans consulter Romain. Lors de son retour à Lyon, Charles relança le sujet devant son fils.
Romain approuva, car il aimait Margaux presque comme une seconde mère. Il avait désormais une vie à létranger, un bon emploi, et il était marié.

Ainsi, Margaux devint officiellement lépouse de Charles. Leur tendresse navait rien à envier à celle dautres couples. Margaux appelait son mari toujours respectueusement « Charles », et lui, inlassablement, lappelait « Margaux » avec affection. Margaux navait jamais été aussi heureuse.

Je remercie chaque jour la vie davoir mis Margaux sur mon chemin. Nous nous promenons dans le parc, complices, et nul ne pourrait soupçonner que notre histoire sétale sur une bonne partie de la vie, ou deviner la force et la sincérité de nos sentiments. Jai compris que le vrai bonheur ne se prévoit pas : il advient quand on garde son cœur ouvert, et le courage de continuer à aimer, peu importe les épreuves.

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