Le garçon sappelait Octave. Il avait dix ans.
Il y a bien longtemps, un vieil homme sans abri prénommé Gaston lavait trouvé tout bébé, abandonné sous un pont au-dessus du canal Saint-Martin à Paris. Lenfant reposait dans une cuvette en plastique, après quun orage violent eût trompé la ville. À son poignet, un vieux bracelet rouge. Tout près, un bout de papier détrempé : « Je vous en prie, prenez soin de lui. Il sappelle Octave ».
Gaston, habitué du pavé, navait rien, pourtant il avait embarqué lenfant dans son errance. Il partageait avec lui le peu quil trouvait à manger, le couvrait de son manteau troué les nuits froides. Il ne cessait de répéter : « Si, un jour, tu retrouves ta maman, pardonne-lui. On nabandonne pas un enfant sans grande douleur ».
Les années passèrent. Gaston tomba gravement malade. Octave, désormais filiforme, allait mendier autour pour rapporter de quoi vivre. Un jour, ses pas le portèrent jusquà une fastueuse noce, donnée dans un château près de Versailles. On lui offrit une assiette, bien remplie, et il resta un moment, fasciné par les dorures et la joie.
Lorsque la mariée fit son entrée, Octave simmobilisa. Autour de son poignet, il reconnut ce même bracelet rouge, autrefois sien.
Il sapprocha, timide, et dune voix frêle, demanda si elle était sa mère.
La jeune femme devint blanche comme un drap. À dix-sept ans, prise de panique devant la sévérité de ses parents, elle avait accouché dans le secret et abandonné son fils au canal, priant pour quune âme charitable le découvre. Ensuite, elle lavait longtemps cherché, sans jamais retrouver sa trace.
Le marié, touché par la scène, arrêta la cérémonie. Il déclara que, par amour, il acceptait non seulement la femme, mais aussi tout son passé. Si ce garçon était son fils, alors il serait le sien aussi.
Puis il révéla un secret : Gaston, le vieil homme qui avait sauvé Octave, était en réalité son propre père à lui, quil navait plus vu depuis des années, perdu de vue dans les méandres de la vie.
Ce jour-là, la fête fut suspendue. Tous montèrent en voiture pour rendre visite à Gaston à lhôpital.
Le vieillard, voyant réunis ceux quil chérissait, murmura doucement : « Le cœur ramène toujours à lui ceux quil a aimés ».
Pour la première fois, Octave sentit la chaleur d’une vraie famille. Peut-être même de deux.