Lors de mes vacances en cure thermale, je me suis inscrite à une soirée dansante. Lorsqu’il m’a tendu la main, je suis restée figée – c’était mon premier amour du lycée

Tu ne vas pas le croire Pendant mes vacances au bord de la mer, à Biarritz, jai décidé de prendre un peu soin de moi et me suis inscrite à un bal organisé au centre de cure. Je tassure, je ny allais pas du tout avec lidée de flirter ou quoi que ce soit ! Je voulais juste souffler, écouter de la bonne musique, me défouler sur la piste. Rien de plus.

La salle était bondée, pleine de discussions animées mêlées à la mélodie du saxophone. Jétais là, dans ma petite robe légère, à me sentir de nouveau comme une adolescente lors de sa première boum. Et là, soudain, quelquun ma tapé doucement sur lépaule.

« Je peux tinviter ? » ma demandé une voix dhomme. Je me suis retournée avec un sourire, persuadée davoir affaire à un inconnu. Et tu devineras jamais ce nétait pas un inconnu. Jai fixé ce visage que je navais pas vu depuis quarante ans. Le temps sest arrêté.

Cétait Philippe. Mon tout premier amour de lycée, celui qui mécrivait des poèmes dans les marges de mes cahiers, celui qui me raccompagnait jusquà la grille de chez mes parents.

Je me suis sentie toute chancelante. « Philippe ? » jai soufflé. Il ma souri avec le même petit air malicieux que je lui connaissais à lépoque où on traînait sur le banc devant le lycée. « Salut, Élodie », a-t-il dit, comme si on sétait quittés la veille. « Tu veux danser ? »

On est allés sur la piste et lorchestre sest lancé dans un vieux swing. On dansait comme si toutes ces années navaient pas existé. Je sentais quil navait pas oublié que jaimais quon me guide en douceur, mais sans brusquerie. De mon côté, je me revoyais à dix-huit ans, convaincue que la vie commençait juste.

À la pause, on sest installés dans un coin, à labri des regards. Ça sentait le parfum et la chaleur de lété, mélange étrange de nostalgie et de nouveauté. « Jétais persuadé que je ne te reverrais jamais », ma-t-il confié. « Tu sais, après le bac, tout va si vite : la fac, le boulot, les déménagements et dun coup, quarante ans passent. »

Je lui ai raconté mon mariage terminé depuis quelques années, les enfants devenus adultes et partis vivre leur vie. Lui ma parlé de la perte de sa femme, il y a trois ans, et de la difficulté à apprivoiser la solitude qui a suivi. Mais malgré ce temps envolé, je te jure, on parlait comme avant : entre sous-entendus, regards complices et blagues partagées.

Quand la musique a repris, Philippe ma tendu la main. « Encore une danse ? » Toute la soirée sest déroulée comme ça, tu sais : une danse enchaînée sur lautre, des discussions délicieuses, un vrai sentiment que notre retrouvaille avait quelque chose de plus rare, de plus intense quun simple hasard.

À la fin du bal, on est sortis sur la terrasse. Une brume légère flottait au-dessus de locéan Atlantique, et les lampadaires diffusaient cette lumière dorée si douce. « Tu te souviens que je tavais promis quon danserait ensemble à soixante ans ? » a-t-il lâché soudain. Je suis restée sans voix. Ce vieux pari quon avait fait en rigolant paraissait tellement irréel « Eh bien, promesse tenue ! » a-t-il ajouté, avec un sourire.

Javais la gorge toute serrée. Toute ma vie, jai cru que les premiers amours étaient beaux parce quils se terminaient, parce que la magie ne peut pas durer. Mais là, devant moi, Philippe, les cheveux poivre et sel, les rides autour des yeux, je voyais encore ce garçon dont jétais tombée amoureuse à dix-huit ans.

En remontant dans ma chambre, javais le cœur aussi affolé quà lépoque. Jai compris que ce nétait pas un hasard, ces retrouvailles. Parfois, le destin toffre une deuxième chance, non pas pour refaire le passé, mais pour vivre ce que tu nas pas osé vivre.

Cest sûrement pour ça que, lorsque le lendemain matin Philippe ma proposé une promenade sur la plage, je nai pas hésité une seule seconde. Le soleil se levait à peine, dorant le sable et la mer de rose. On a marché pieds nus, les vagues froides mordillant nos chevilles. Il me parlait de sa vie après le lycée, des voyages qui navaient jamais réussi à remplacer léclat dun sourire dautrefois. Je buvais chacune de ses paroles, comme si elles balayaient toutes ces années de silence.

À un moment, il sest penché et a ramassé un petit galet ambré. Il me la tendu. « Tu sais, quand jétais gosse, je croyais que les ambres, cétait des morceaux de soleil tombés dans la mer. Prends-le, peut-être quil te portera chance », ma-t-il dit.

Jai serré le galet dans ma main, étonnée quil soit chaud alors que leau était froide. En le regardant, je voyais à la fois lhomme quil était devenu et le garçon que javais aimé, celui qui rendait le monde plus simple et plus lumineux.

On a marché pendant des heures sans voir le temps passer. Quand on est revenus, il écartait les mèches de mes cheveux de devant mon visage, toujours de ce même geste tendre et familier. Cest là que jai compris que je ne voulais pas réduire tout ça à un simple joli souvenir, tu vois ? Javais envie dy croire pour de vrai, sans peur de demain.

Le soir, on était installés sur la terrasse du centre de cure à regarder le soleil se coucher. Pas de grandes déclarations, juste un silence paisible. Philippe a posé sa main sur la mienne et a murmuré : « Peut-être que la vie sait réellement offrir une seconde chance. » Et tu sais quoi ? Pour la première fois depuis très longtemps, jy ai cru moi aussi.

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