Lettre au Père Noël : Un soir d’hiver à Paris, une lettre perdue, une rencontre touchante, et le mir…

Lettre

Je me rappelle encore ce soir-là, alors que je rentrais du bureau, les pas crissant doucement sur la neige fraîche des rues de Dijon. Ça me ramenait aux souvenirs dantan : les descentes en luge sur le vieux cartable, les batailles de boules de neige, ou encore le plaisir interdit des glaçons croqués à même les gouttières Cétaient des jours dorés, insouciants, perdus quelque part dans lenfance.

Soudain, un sanglot denfant brisa la tranquillité hivernale. Je levai les yeux et vis, assis sur un banc, un petit garçon dans un manteau brun et un bonnet gris, qui pleurait à chaudes larmes en frottant ses joues rougies.

Je mapprochai doucement.

Dis-moi, petit, tu tes égaré ? Pourquoi pleures-tu comme ça ?
Jai perdu ma lettre Je lavais dans la poche, et puis elle nest plus là, répondit-il avant de recommencer à pleurer de plus belle.
Allons, ne ten fais pas. On va la chercher ensemble, daccord ? Cétait une lettre pour Maman ? Cest elle qui ta demandé de la poster ?
Non Cest moi qui lai écrite. Pour le Père Noël Maman ne sait même pas
Ah, je vois Bon, allez, on va essayer de la retrouver. Et sinon, tu pourrais toujours en réécrire une, non ?
Oui, mais elle narrivera jamais à temps maintenant
Tu sais quoi ? Rentre chez toi, il commence à faire nuit, je vais chercher ta lettre. On se dit comme ça ?
Promis, si vous la trouvez, vous la posterez vraiment ?
Je te le jure ! Et puis, tu sais, le Père Noël, il sait tout ce que les enfants souhaitent, même sans lettre Tu auras sûrement quelque chose, ne tinquiète pas.

Lenfant sécha ses larmes avec la manche de son manteau et fila à travers la neige.

Le pauvre Il devait y avoir tant despoir et de rêves dans sa lettre Je repensai en souriant à la magie de Noël, à ces matins où je trouvais mes cadeaux sous le sapin et croyais dur comme fer que cétait le Père Noël qui avait exaucé mes vœux grâce à ma lettre. Cela semblait si loin, désormais

Bientôt, ce serait au tour de mon petit Louis décrire au Père Noël Mais pour linstant, il navait que quatre ans, trop jeune pour écrire.

Je continuai ma route, lœil scrutant la neige à la recherche dun bout denveloppe. Rien. Et soudain, là, dépassant dun monticule, je remarquai un coin de papier. Je tirai délicatement cétait la lettre ! Le papier détrempé menaçait de se déchirer, alors, avec précaution, je rangeai la lettre dans mon sac.

À la maison, mon épouse Clémence préparait le dîner, notre petit Louis jouait aux petites voitures. Jaimais tant rentrer dans notre appartement chaleureux.

Clémence, tu ne devineras jamais ! Ce soir, sur un banc, jai trouvé un petit gars de huit ans, qui pleurait à fendre lâme. Il avait perdu sa lettre au Père Noël. Et regarde ce que jai ramassé À ton avis, on louvre ?
Pourquoi pas ? De toute façon, elle naurait pas quitté la poste.

Je sortis lenveloppe froissée. Dune écriture enfantine, on lisait : « Au Père Noël, de la part de Baptiste Dubreuil ».

Jouvris précautionneusement lenveloppe, tirai une feuille à carreaux repliée en deux, et lus à haute voix :

« Cher Père Noël,
Cest Baptiste Dubreuil, jhabite 25, rue Victor-Hugo, jai neuf ans et je suis en CE2. Jadore jouer au foot avec mes copains.
Je vis avec maman Camille et mamie Lucienne. On a emménagé récemment dans une vieille petite maison grâce à des gens gentils.
Avant on était dans une autre ville avec papa. Mais papa buvait trop et il frappait maman, parfois moi aussi. Maman et mamie pleuraient beaucoup. On en pouvait plus, alors on est partis avec mamie, qui est la maman de papa.
Père Noël, tu pourrais aider maman à trouver un nouveau travail ? Elle fait des ménages mais, avec son dos, elle ne devrait pas se pencher. Et si tu veux, un beau vêtement tout neuf pour elle sa robe sest déchirée et elle na rien dautre. Elle est grande, fine, très belle, ma maman.
Pour mamie, il faudrait des comprimés pour ses douleurs aux genoux. Elle a du mal à marcher. Et puis un peignoir chaud, elle a tout le temps froid. Mamie est petite, elle aussi, et délicate.
Pour moi, je voudrais un joli sapin, avec des lumières et plein de décorations. Avant, maman en mettait un, et cétait la fête. Jusquà ce que papa le fasse tomber
Je tattends, Père Noël.
Baptiste Dubreuil ».

Ma lecture terminée, je regardai Clémence. Elle avait les larmes aux yeux.

Mon Dieu, cest bouleversant Le pauvre petit Ils ont fui leur malheur, et aujourdhui, il ne pense quà sa maman et à sa grand-mère. Remarque quil ne demande rien dautre que le sapin pour lui-même
Oui Ça se voit quils ont souffert. Et la maman na pas abandonné sa belle-mère. Cest rare. Ce sont des braves gens, ça se sent. Dis, si on réalisait ses vœux à ce petit Baptiste ?
Ce serait magnifique. Tu sais que jai grandi dans le même genre de famille. Mon père aussi buvait. Je regrette seulement que ma mère nait jamais osé partir
On cherche justement une assistante à mon bureau ça conviendrait à sa maman, tu ne crois pas ?
Et si on empruntait les costumes de Père Noël et Mère Noël aux voisins, quon allait les voir chez eux, avec les cadeaux ? Quil puisse continuer de croire aux miracles Jachèterai pour la mamie les médicaments que maman prenait pour ses rhumatismes, un joli peignoir chaud et une robe pour la maman. Il y a de bonnes affaires en ce moment, avec les fêtes qui approchent.
On a les moyens, on peut faire un beau geste, tu ne trouves pas ?
Mais oui ! Tu es un vrai cœur dor, Clémence

Je la serrai dans mes bras. Quil est doux de partager les mêmes élans et de sentir une harmonie parfaite dans son foyer.

Le lendemain, Clémence ramena une robe simple mais élégante, vert profond, un peignoir en éponge rose pâle, les médicaments pour la grand-mère, des papillotes, des clémentines et des décorations pour le sapin. Quant à moi, jachetai un petit smartphone abordable il est peu probable que Baptiste en ait déjà un.

Nous avons emprunté les costumes de Père Noël et de Mère Noël à nos voisins, emballé les cadeaux dans un grand sac rouge, déposé le sapin tout frais acheté dans le coffre, et sommes partis à ladresse marquée sur lenveloppe, laissant Louis chez ma belle-mère.

La vieille maison, un peu branlante, le portail de guingois mais la lumière brillait à la fenêtre.

Je portai le sapin, Clémence le sac ; puis, dune voix grave, je toquai.

Qui est là ? demanda une femme grande, claire, denviron trente-cinq ans. Assurément la maman, Camille.
Elle hésita.
Oh, excusez-moi, mais nous navons pas commandé danimation Vous vous êtes sûr de ne pas vous être trompé dadresse ?
Ici vit un garçon nommé Baptiste Dubreuil ?
Oui, cest mon fils
Maman, qui cest ? cria une petite voix dans la maison.
Baptiste surgit dans le couloir, habillé dun jogging et dun pull.
Oh Le Père Noël !

Bonjour, Baptiste ! Jai bien reçu ta lettre, et me voilà, avec la Mère Noël à mes côtés. Tu nous invites à entrer ?
Maman, maman, cest vrai ! Il a reçu ma lettre finalement, tu vois ? Ce monsieur a retrouvé ma lettre, il la postée, il me lavait promis ! Venez vite, entrez, sil vous plaît ! criait Baptiste, fou de joie.

Camille sourit enfin et nous laissa entrer. De la pièce adjacente arriva une grand-mère menue. Léclat du sapin fit briller les yeux du petit.

Cest pour nous, le sapin ? Il est super joli On dirait quil sent déjà Noël
Oui, Baptiste, tous les enfants doivent avoir un beau sapin pour la fête. Voilà quelques décorations et une guirlande, à installer tous ensemble. Mais attends, jai aussi des surprises Mais tu sais, il ne suffit pas de recevoir, il faut réciter ou chanter quelque chose pour le Père Noël, cest la tradition

Ma voix grave teintée demphase fit sourire la Mère Noël à mes côtés.

Baptiste, tout ému, nosait plus retrouver ses comptines. Il regardait, émerveillé, le grand manteau rouge, la barbe blanche et le bonnet à pompon du Père Noël.

Baptiste, moi, je sais que tu es un vrai gentil garçon, mapprennent les oiseaux des toits. Tu aimes ta maman, tu aides ta grand-mère, tu travailles bien à lécole.
Alors, voici les cadeaux dont tu as rêvé. Viens piocher toi-même dans la hotte

Un regard vers Camille, qui acquiesça.

Baptiste dénoua la ficelle, plongea la main et sortit un peignoir tout doux, délicatement emballé avec un ruban rouge. Il louvrit précautionneusement.

Mamie, cest pour toi ! Je lavais écrit dans ma lettre, tu te souviens ?
Pour moi ? balbutia la vieille dame en mettant le peignoir. Il lui allait à merveille.
Merci, Père Noël et Madame Noël Jamais je navais eu un si beau cadeau.

Vint ensuite la robe pour sa maman, puis les comprimés. Elles restaient abasourdies devant leurs présents.

Puis Baptiste découvrit un immense sachet rempli de papillotes et de clémentines, avec au sommet, une petite boîte, toute lisse.

Pour moi Un téléphone ? Vraiment rien quà moi ? Merci, Père Noël, merci du fond du cœur ! Je savais que tu existais, je te lavais dit, maman, et tu nas pas failli cria-t-il les yeux brillants.

Beaucoup de bonheur et de santé à ta famille ! Nous devons vous laisser, maintenant

Nous avons repris la hotte vide et salué. Baptiste tenait son téléphone, fasciné.

Dans le couloir, la mère et la grand-mère sont venues vers nous.

Dites-moi, qui êtes-vous ? Comment avez-vous connu Baptiste ?
Jai trouvé sa lettre et, avec mon épouse, on a simplement voulu faire une bonne action, de tout cœur. Votre fils est adorable !
Tenez, voici sa lettre et ma carte. Appelez-moi : mon entreprise cherche justement une assistante administrative, et vous conviendriez parfaitement, je pense.

Merci vraiment, merci. Cest inespéré Baptiste nespérait quun miracle, ce Noël, et grâce à vous il est arrivé

Le chemin du retour se fit dans le silence, empli dun bonheur tranquille. Offrir une fête à ce petit garçon et à sa famille nous avait comblés.

Il y a tant de joie, parfois, à donner plutôt quà recevoir quand létincelle sincère du bonheur brille dans les yeux dun enfant.
L’argent dépensé pour les présents, nous ne le regrettions pas. On en gagnerait dautre. Mais ce genre démotion, aucun euro ne pourra jamais lacheter.

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