Les Chaussettes

Chaussettes

Oh, mon petit trésor ! Tu es mon amour, mon doux ! Mais pourquoi les bébés sont-ils aussi adorables, hein ? sexclame fièrement Jacqueline Michon, grand-mère attentionnée, tout en câlinant son petit-fils devant la caméra.

Les six mois de Paul étaient dignement fêtés. Des animateurs, des ballons, un immense gâteau décoré. Les grands-parents ne lésinent pas sur les moyens. Claire, elle, na jamais été vraiment à laise avec toute cette agitation. Bien sûr, elle apprécie les efforts de ses parents et leur envie de rendre heureux son fils, mais comme lorsquelle était enfant, elle se lasse vite du bruit et de la foule. Son fils Paul, visiblement de la même trempe, finit par éclater en larmes un quart dheure après le début de la fête. Claire la alors emmené dans la maison, a fermé les fenêtres et sest assise dans le fauteuil avec lui sur les genoux. En quelques minutes, il dormait.

Tu es épuisé, mon cœur. Cest bien trop tôt pour ce genre de fête à ton âge.

Jacqueline monte alors dans la chambre denfant, tenant le paquet de son cadeau.

Il dort ?

Il était fatigué, maman. Je te lavais dit, cest encore trop pour lui.

Cest pas grave, il shabituera ! Ma chérie, on peut se permettre doffrir une belle fête à notre petit-fils adoré ! Tu nimagines pas comme on la attendu ! Regarde ce que je lui ai trouvé ! Cest adorable, non ?

Le bruit du papier cadeau réveille le bébé, qui commence à gigoter.

Maman, plus tard sil te plaît, soupire Claire, se levant pour bercer son fils.

Oh là là ! Jai mis tant de temps à choisir et ça tintéresse à peine ! bougonne Jacqueline en posant la boîte sur la table.

Bien sûr que ça mintéresse ! Je suis certaine que ton cadeau est magnifique ! rassure Claire avec un sourire. Tu pourrais me rapporter un verre deau, sil te plaît ? Jai vraiment soif

Dépose-le pour descendre avec moi.

Il va se réveiller.

Ce nest pas grave ! On reprendra la fête dehors !

Sil se réveille maintenant, il va pleurer, crier une heure, tu le sais très bien

Clairette, il faut éduquer les enfants dès tout-petit ! Un enfant bien éduqué, ça ne crie pas !

Claire tressaille à peine, puis, sans répondre, poursuit sa danse douce dans la chambre. Ses mouvements fluides et naturels, comme si elle avait dansé toute sa vie. Un enfant bien élevé ne fait rien qui déplaît aux adultes. Une petite fille bien élevée doit être parfaite en tout. Dos droit, menton haut, première position ! Et surtout, pas dobjection !

Je retourne auprès des invités. Profite pour coucher le petit et descends vite, cest impoli de laisser la fête sans hôtesse !

Remplace-moi, sil te plaît, maman

Jacqueline séloigne. Claire sassoit de nouveau dans le fauteuil, embrassant son fils endormi. Que de chemin parcouru pour quil voie enfin le jour !

Claire est née dans une famille très « convenable ». Son grand-père était académicien, sa grand-mère, chirurgienne de renom dans une des meilleures cliniques de Paris. Son père, dans lordre des choses, a aussi choisi la médecine. Claire na jamais compris comment cet homme si brillant, si sûr de lui, est devenu lombre malléable de sa femme. Jacqueline, elle, nétait pas du tout portée sur les études : son diplôme universitaire vite rangé dans un tiroir, elle sest mise en quête non seulement dun mari, mais surtout dun bon parti pour sa fille ! Sa mère, Jeanne Lefèvre, excelle dans ce domaine. Le premier contact entre les parents a eu lieu lors de lanniversaire des parents de Jacqueline et tout sest fait naturellement : la belle et volubile Jacqueline a séduit Jean, et très vite, un grand mariage a été célébré. Les jeunes époux ont emménagé dans un appartement offert par les parents. Claire naît deux ans après : elle tombe alors sous la coupe exclusive de sa grand-mère. Jeanne Lefèvre gère la nounou, les cours, les activités « appropriées ». Deux langues, école de danse classique, professeur privé de solfège.

Dans un enfant, tout doit être magnifique.

Ses week-ends, Claire les passe au musée, au théâtre, sous le regard sévère de sa grand-mère. Les parents sont presque absents : le père toujours au travail, la mère juste présente pour une bise avant de repartir en soirée.

Les efforts de Jeanne donnent leurs fruits : Claire intègre le Conservatoire, puis une troupe prestigieuse. Sa carrière dartiste démarrait bien, jusquà la rencontre avec son futur mari, Marc.

Marc na convaincu personne dans la famille, sauf le père.

Mais ma chérie, cest un vrai mésalliance, réfléchis bien ! Que vas-tu faire avec un gars pareil ? Il ne sait même pas sexprimer ! se lamente Jeanne Lefèvre affalée sur le canapé, mains crispées sur les tempes.

Grand-mère, avec toi, il y a peu de gens capables de tenir la conversation, réplique Claire, assise, les jambes repliées.

Tu insinues quoi, jeune fille ?!

Je veux dire que très peu de monde peut tarriver à la cheville intellectuellement.

Jeanne dévisage sa petite-fille, sceptique.

Et puis, Marc ne me plaît pas simplement. Je laime, grand-mère. Et lamour nest-il pas la plus grande force de lart ?

Que lart aille se rhabiller ! Comment tu comptes vivre avec lui ?

Longtemps. Et, si possible, heureuse.

Sa décision prise, Claire tient bon, malgré reproches et plaintes incessantes. Face à lamour de Marc, elle dit « oui » sans retour. Pour Marc, Claire est une apparition céleste. Fragile, douce, mais dune grande force intérieure il rêve de la protéger du monde entier.

Je nai pas grand-chose à toffrir pour linstant, mais je ferai tout pour te rendre heureuse. Ce que je sais faire, cest taimer.

Ces mots sont tout ce qu’il lui faut. Claire sent quil y a auprès delle quelquun qui laccepte totalement. Plus de condition, plus dexigences.

Leur chemin nest pas simple. Marc na ni réseau, ni héritage. Son père est mort tôt, il fut élevé par sa mère, Madeleine, enseignante primaire devenue directrice. Les enfants ladoraient, et son fils ladmirait. Grâce à elle, Marc entre à la faculté dingénierie à Lyon et en sort brillamment diplômé. En déménageant dans un plus petit appartement, Madeleine lui donne la différence pour lancer son entreprise. Marc a du talent, du cran : en quelques années sa société commence à rapporter, et dix ans plus tard, elle se classe parmi les meilleures du secteur. Même Jeanne finit par reconnaître sa valeur, surtout après la naissance du petit-fils tant attendu.

Claire désirait ardemment un enfant. Elle ne voulait pas dune carrière « immense », elle voulait juste ce bonheur simple. Mais la nature, semblait-il, ne laidait pas. Bilan sur examens, deux opérations, rien ny fait. Claire pleure la nuit, cachant ses larmes à Marc, qui, selon elle, mérite de devenir père. Un soir, elle lui fait part de sa décision. La réponse de Marc la surprend : il rit.

Pardon, Clairette ! Ne ténerve pas ! Cest une réaction nerveuse Tu crois vraiment que ma vie avec toi, mon amour, tient à une progéniture ? Tu es déjà tout pour moi ! Comprends-le une bonne fois !

Claire, soulagée, pleure, blottie dans ses bras.

Savoir quun enfant lui est refusé se digère, mais ne saccepte pas aisément. Elle tente de faire face, en vain sa mère ne manque jamais de rappeler, l’air tragique, que « toutes ses amies sont déjà grand-mères, et elle non ». Les copines invitent aux anniversaires denfants, Claire y va, choisit des cadeaux avec mille doutes Mais avec le temps, la douleur sapaise. Claire ne surveille plus les bébés dans les parcs. Elle décide douvrir un cours de danse pour enfants.

Il faut que je fasse quelque chose, sinon je vais devenir folle !

Marc nen comprend pas vraiment la motivation, mais Madeleine intervient :

Marc, tu réalises comme cest douloureux pour elle ? Elle taime et rêve de toffrir cet enfant. Elle aura besoin de toi comme jamais. Laisse-la soccuper, ça laide.

Oui, maman.

Il trouve le local idéal et Claire, enchantée, découvre une grande salle lumineuse.

Cest parfait ! Bravo à toi !

Installer la salle, recruter les enfants, commencer les cours : Claire ne voit pas venir les signes annonciateurs de grossesse, les mettant sur le compte du stress.

Clairette, je me permets une question tu nes pas obligée de répondre ! Tu ne serais pas enceinte par hasard ? tente un jour Madeleine.

Claire se crispe, fusille sa belle-mère du regard, touchée au cœur.

Ne le prends pas mal ! Cest juste une impression

Vous vous trompez. Claire tente de se lever, mais vacille et retombe sur la banquette. Le petit café près de la salle de danse, elles lont adopté depuis longtemps. Mais là, rien ne passe : nausées, vertiges.

Madeleine fait signe au serveur, commande un verre deau.

Reste assise là.

Quelques minutes plus tard, elle tend à Claire une boîte de test.

Autant savoir, non ?

Les serveurs sétonnent en voyant les deux femmes, enlacées, danser au milieu de la salle, riant et pleurant à la fois. Le bonheur irradie leur visage, pas de doute, une merveilleuse nouvelle les unit.

Paul, à sa naissance, se montre bien vigoureux, au grand soulagement des médecins.

Ancienne danseuse ? demande la néonatologiste à Claire, éreintée.

Oui.

Un beau petit gars ! Bravo la maman, il est parfait, celui-là.

À présent, chaque matin, Claire se réveille dans un bonheur quasi effrayant.

Tu nes pas seule, ma douce, partage avec nous : on est deux, dit Marc, caressant la joue de leur fils blotti dans le cocon brodé que Jacqueline a choisi pour la sortie de la maternité.

Mais cette sortie devient cauchemardesque : malgré les réticences de Marc, Jacqueline fait à sa tête. Photographes, invités, félicitations, réception à la maison. Tout ce dont rêvait Jacqueline.

Fatiguée à lextrême, Claire naspire quà une douche chaude et du repos.

Maman, pourquoi tout ça ?

Mais voyons ! Il faut marquer le coup ! Cest une fête ! Je suis tellement heureuse !

Argumenter ne sert à rien. Elle monte avec peine les marches de la maison, découvre, épuisée, la suite du cortège, ceux restés pour achever la fête.

Ce sont les plus proches, ma fille !

Claire échange un regard avec Madeleine qui, compréhensive, lentraîne.

Je temmène, il faut quon discute tranquille, lance Madeleine, accaparant Claire à létage.

Allonge-toi. Je moccupe de tout, tu peux filer sous la douche. Tu as faim ?

Claire acquiesce, épiant Marc qui borde Paul dans son berceau. Mais elle se tend, inquiète.

Il faut que je descende.

Pourquoi faire ? Ils survivront, ne tinquiète pas ! Tu leur as déjà donné tes dix minutes protocolaires.

Soulagée enfin, Claire ne songe plus quà dormir. Emmitouflée dans un plaid doux, elle observe Madeleine saffairant.

Tu veux dormir ? Parfait ! Je veille sur le petit.

Sur Paul soupire Claire en glissant lentement dans le sommeil. Elle ne voit pas le sourire tendre de Madeleine. Paul était aussi le prénom du père de Marc.

Jacqueline débarque bientôt, furieuse de voir sa fille dormir au lieu de recevoir.

Et ça, cest normal, peut-être ?

Cest normal, Jacqueline, une jeune maman doit se reposer. Sinon, le petit naura pas son lait maternel.

Je nai jamais nourri Claire plus de deux jours ! Elle est très bien comme ça ! tempête Jacqueline, mais Madeleine, impassible, la saisit par le bras.

Venez donc célébrer notre nouveau statut entre belles-mères, ça vaut bien un tête-à-tête, vous ne croyez pas ? Il faudra quon décide : on préfère être appelées « mamie » ou par notre prénom ?

Marc referme la porte, reconnaissant à sa mère. Avec sa belle-mère, les relations sont tendues : Jacqueline profite sans jamais tenir compte de son avis. Marc, dun naturel calme, sefforce toujours de garder son sang-froid. Avec son beau-père, Jean, il sentend bien mais ce dernier préfère ne pas se mêler du matriarcat ambiant.

On ne la changera pas, inutile den faire un drame.

Claire émerge une heure et demie plus tard, dabord perdue, puis, entendant rire, se rappelle où elle est. Elle nourrit Paul, attend Marc, et soffre enfin une douche. Installée à table, elle savoure la soupe préparée par Madeleine tout en l’interrogeant sur les soins du bébé.

À la maternité ils expliquent un peu, mais cest rien ! Jai peur de tout ! avoue Claire en posant la cuillère.

Mange ! Et détends-toi. Les enfants sont bien plus costauds quon ne le pense, et toi, tu es leur maman. Laisse-toi aller, fais confiance à ton instinct. Jai élevé Marc toute seule et on sen sort, erreur ou pas. Souviens-toi : tu sais ce dont ton enfant a besoin, mieux que quiconque. Nen doute jamais. Essayez, vous verrez.

Le temps prouve Madeleine juste. Claire prend vite confiance, même si ses craintes ne disparaissent jamais complètement.

Les six premiers mois filent à toute allure. Madeleine vient aider deux fois par semaine, mais finit toujours par faire le ménage ou préparer des petits plats. Dabord gênée, Claire entend la réponse de sa belle-mère :

Profite, Clairette, ces instants sont précieux et si courts ! Ne les gâche pas, je peux bien passer la serpillière et faire à manger.

Jacqueline vient moins, mais chaque passage vire au grand show.

Regarde la poussette que jai trouvée ! Formidable, non ?

Maman, la nôtre était parfaite !

Rien à voir ! Prépare vite le petit, on va tester ce bijou !

Longtemps, Jacqueline refuse dappeler son petit-fils Paul.

Où avez-vous déniché ce prénom ? Vous ne pouviez pas choisir autre chose ? Paul, cest banal !

Maman, cest quand même un prénom royal ! Quest-ce qui ne va pas ?

Cest lui qui le portera ! Il se fera moquer à lécole privée !

Eh bien, il ira à lécole publique ! Et puis, cest quand même aux parents de choisir !

Non ! Tu as reçu le tien de ta grand-mère. Moi, je taurais appelée autrement.

Ça tombe bien, parce que le choix de mon fils, moi seule lai fait.

Jacqueline bougonne, attrape le landau et part en promenade. Poussette chic, bébé tout sourire et elle pimpante, rayonnante, suscitant les compliments : « Quel joli bébé ! Et la maman est charmante ! » Elle aime qu’on la prenne pour la maman. Mais au village, tout le monde sest vite aperçu de la situation et Jacqueline cesse alors les balades, se contentant de passer pour un café et un baiser au bébé avant de repartir.

Je serai la mamie-fête ! Et une énième peluche vient sentasser dans la chambre denfant.

Chacun a fini par trouver sa place.

Le goûter grandiose préparé par Jacqueline pour les six mois de Paul manque de tourner au drame.

Claire sourit à son fils réveillé, attrape la boîte laissée par Jacqueline. Un hochet en argent la fait sexclamer.

Paul, regarde comme cest joli !

Le petit saisit la babiole, rit, montre fièrement ses premières dents.

Et ta « mamie Madeleine », elle ta offert quoi ? Claire fouille le sac que sa belle-mère avait posé la veille.

Un petit ensemble blanc, tricoté main, simple et tellement doux, que Claire finit par le serrer contre sa joue.

Et des chaussettes ! Regarde-moi ça ! Ta grand-mère est une fée, mon lapin.

Jacqueline débarque à ce moment, admirative :

Oh la la ! On dirait une pièce de créateur !

Non, cest Madeleine qui l’a tricoté.

Jacqueline manipule la petite veste, sceptique.

Elle aurait pu faire mieux. Cest quand même une date importante ! On aurait pu acheter quelque chose de vrai. Radinerie, pour un cadeau denfant !

Maman !

Mais quoi ? Suis-je dans lerreur ?

Claire ne sait où se mettre, croisant le regard de Madeleine, restée sur le pas de la porte. Cette dernière pose délicatement le verre de jus de groseille sur la commode, tourne les talons. Claire, tentant de calmer Paul, met un moment à descendre, découvre que Madeleine est déjà repartie.

Marc ! Quelle honte Je suis mortifiée

Mais tu nas rien dit ! Pourquoi être gênée pour les propos des autres ?

Je nai pas su la défendre !

Ne ten fais pas. Maman est intelligente, elle a compris.

Claire projette de renouer le dialogue, mais Madeleine lélude gentiment à chaque tentative.

Clairette, ny pense plus. Vraiment. Je ne suis pas froissée.

Mais Claire sent confusément qu’un lien précieux s’est effiloché. Elle cherche désespérément comment le réparer.

Un après-midi, la douleur la saisit alors quelle est seule avec Paul endormi à létage. Elle essaie dappeler Marc, mais le téléphone ne répond pas. Son père est en pleine opération à lhôpital. Elle tente sa mère.

Allô ! Ma chérie, tout va bien ? Comment va le petit ? On ne sest pas vus depuis la fête, quel succès ce jour-là ! Je tavais dit quil le fallait ! Tout le monde était ravi !

Maman

Inutile de me remercier ! Cest mon rôle de mamie ! Oh pardon, jai un autre appel ! Jacqueline raccroche.

La douleur samplifie, la laissant haletante. Claire compose le numéro des urgences, puis celui de Madeleine.

Claire ?

Je ten prie Paul

Madeleine na jamais couru aussi vite de sa vie. En pantoufles, elle sengage sur la route et fait signe à un taxi.

Ça ne va pas, madame ?! sécrie le chauffeur, pile à temps.

Ma fille a besoin daide, vite sil vous plaît !

Montez !

Ils filent à travers la ville, la vénérable conductrice cramponnée à son sac.

Pas de panique, ça fait trente ans que je conduis, jamais daccident ! On va y arriver !

Lambulance arrive à la minute près, Madeleine accueille les médecins.

Cest ici, vite !

On embarque Claire.

Où ? Pourquoi ? questionne Claire, hagarde.

Ma chérie, il faut. Ne tinquiète pas je moccupe de Paul. Marc est en route !

Lopération est un succès. Deux semaines plus tard, Claire est enfin autorisée à rentrer, mais son père insiste pour quelle regagne des forces.

Cest sérieux, ma fille. Paul a besoin dune maman solide !

De retour, elle serre Paul fort contre elle, puis téléphone à sa mère.

Maman !

Clairette ! Comment vas-tu ?

Ce nest pas encore la grande forme. Jaurais besoin de toi quelques jours.

Oh Ma chérie, je navais pas prévu ça. Jai un voyage organisé Je pars après-demain, billets ni échangeables ni remboursables. Jy comptais depuis si longtemps.

Claire ferme les yeux, déconnecte. Elle devra sen sortir seule. Elle nourrit Paul, sallonge, lasse. Quand cette douleur va-t-elle passer ? Les médecins, même son père, disaient que ce serait rapide, pourtant les points tiraillent encore.

Elle se réveille au son feutré de pas dans la chambre.

Je voulais pas te déranger ! Madeleine prend Paul, sourit, tu as faim ? Jai fait ta soupe préférée. Jai aussi préparé de la gelée de fruits et quelques flans. Je donne Paul à Marc, et je tapporte tout ! Si tu veux bien, je resterai bien ici quelques semaines, le temps que tu sortes daffaire.

Claire la regarde, en larmes.

Allons, allons, ma grande, ne te mets pas dans cet état ! Le médecin a ordonné des émotions positives ! Regardes-moi ton petit gars

Madeleine pose Paul au sol, sassure quil tient sur ses petites jambes, le lâche doucement et Claire oublie instantanément ses larmes en voyant son fils trottiner vers elle. Elle ouvre les bras, le serre tout contre son cœur, puis lève les yeux vers sa belle-mère.

Alors, ça va mieux ? Tu vois ? Madeleine rit. Allez, viens, il faut prendre des forces ! Parce que quand ce jeune homme ne se contentera plus de marcher mais courra partout, il faudra toute ton énergie !

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