Les Chaussettes
Oh, mon petit sucre ! Que tu es adorable, mon trésor ! Mais pourquoi les enfants sont-ils toujours si craquants, hein ? sexclamait Marie-Claire en cajolant son petit-fils, le dos droit face à la caméra, fière comme un paon.
On fêtait à grand frac le demi-anniversaire de petit Théo : artistes pour enfants, ballons multicolores, immense gâteau de pâtissier rien navait été laissé au hasard. Grand-maman et papi avaient vu les choses en grand. Camille, la maman, nétait pas vraiment convaincue par ce faste. Bien sûr, cela lui faisait plaisir de voir ses parents se réjouir autant de la venue de leur petit-fils, mais comme toujours depuis lenfance, elle se sentait très vite épuisée par trop dagitation. Théo, visiblement, lui ressemblait : une demi-heure à supporter la fête, et il fondit en larmes Camille dut le ramener à lintérieur, fermer les volets et sinstaller dans un fauteuil. Deux minutes plus tard, Théo dormait déjà dans ses bras.
Tu es épuisé, mon amour. Cest encore bien tôt, tout ce remue-ménage.
Marie-Claire monta à létage, un paquet dans les bras, son cadeau pour Théo.
Il dort ?
Éreinté. Maman, je tavais dit quil était trop petit pour toute cette agitation.
Oh, ce nest pas grave ! Il faut quil shabitue, ma chérie. On a attendu ce petit si longtemps ! Laisse-moi te montrer ce que je lui ai pris Cest adorable, tu vas voir !
Le froissement du papier réveilla Théo, qui se mit à remuer, inquiet.
Maman, sil te plaît, plus tard Camille se leva, berçant doucement son fils au rythme de ses pas dans la chambre.
Voilààà ! Jai mis du temps à choisir, et tu nes même pas curieuse ? Marie-Claire posa la boîte sur la table, déçue.
Mais si, maman ! Je suis sûre que cest un cadeau magnifique. Tu pourrais me ramener un verre deau, sil te plaît ? Jai une soif terrible !
Pose le petit et descends !
Je le réveillerais
Et alors ? On reprendra la fête ensemble !
Maman, sil se réveille maintenant, il va hurler pendant des heures. Ce nest pas une bonne idée, tu ne crois pas ?
Camille, un enfant, ça séduque dès le berceau ! Quest-ce que cest que ces histoires de pleurs ? Un enfant bien élevé ne fait pas de caprices !
Camille sarrêta un instant, figée par la formulation. Puis, elle reprit sa ronde douce et gracieuse, comme si elle avait dansé toute sa vie le ballet des mères fatiguées. Les enfants bien élevés ne font rien qui déplaît aux adultes, nest-ce pas ? Et une fille bien élevée, voilà, elle est simplement parfaite : dos droit, menton levé, première position. Jamais un mot de travers.
Je retourne auprès des invités. Toi, installe le petit et descends. Une fête sans la maîtresse de maison, ce nest pas convenable.
Remplace-moi, maman. Pour une fois.
Marie-Claire quitta la chambre. Camille saffaissa de nouveau dans le fauteuil, son fils blotti contre elle. Que de chemins parcourus pour accueillir ce petit miracle.
Camille était née dans une famille très « convenable ». Son grand-père, éminent universitaire, sa grand-mère, chirurgienne en chef à la Pitié-Salpêtrière. Son père, ne dérogeant pas à la tradition, était devenu médecin. Camille a toujours eu du mal à comprendre comment un homme aussi brillant, aussi sûr de lui, avait fini par être aussi docile entre les mains habiles de sa mère. Marie-Claire, elle, navait jamais eu dattrait pour les études. À peine diplômée, elle avait rangé son parchemin loin sur létagère et sétait fait une mission de marier sa fille. En réalité, cétait la grand-mère de Camille, Hélène, qui se chargea du casting. Les présentations furent faites lors dun anniversaire de famille, et tout sensuivit comme une partition classique : Marie-Claire, sociable et radieuse, conquit demblée François, le père de Camille. Deux ans après leur mariage, Camille entrait dans leurs vies et la grand-mère prit le relais. Hélène supervisa tout : la nounou, les leçons de langues, lentrée au conservatoire de danse, les professeurs particuliers de piano.
Chez une enfant, tout doit être parfait !
Week-ends passés à Orsay ou lOpéra Garnier, sous lœil sévère de grand-maman. Les parents, ils étaient peu présents. Son père, absorbé par son travail, et sa mère, qui ne faisait que passer, lembrassait à la volée puis repartait vers de nouveaux cocktails.
Les efforts dHélène finirent par payer : dabord admise à lécole du Ballet de Paris, puis sélectionnée dans une troupe célèbre. Sa carrière prenait joliment son élan lorsque Camille fit la connaissance de son futur mari. Paul. Il ne plut à personne sauf à son père.
Mon Dieu Un tel décalage social ! Hélène se lamentait, épuisée, sur le canapé, les tempes serrées par ses doigts fins. Ma chérie, réfléchis ! Quiras-tu faire avec ce garçon de rien, bien incapable daligner deux phrases ?
Mamie, à côté de toi, peu de gens savent être à la hauteur, tu sais répliqua Camille, assise dans son fauteuil, menton posé sur les genoux, une position normalement interdite mais, cette fois, Hélène avait dautres préoccupations.
Quoi ? Quest-ce que tu insinues ?
Je veux simplement dire que peu de gens pourraient approcher ton niveau dexigence. Et puis Paul, je ne laime pas simplement. Je laime, mamie. Et tu ne contesteras pas que lamour, cest la force qui fait vivre lart, non ?
Lart ! Balivernes ! Mais comment comptes-tu vivre avec lui ?
Longtemps. Et si possible, heureuse.
Camille défendit sa chance avec obstination, face aux mises en garde et aux incantations maternelles. Elle regarda Paul dans les yeux, et répondit « oui » sans jamais se retourner. Pour Paul, Camille fut ce miracle tendre et fragile, à protéger de tout. Il devina, sous son élégance, une force douce et une immense vulnérabilité. Il navait pas grand-chose à offrir, sinon tout son cœur.
Je nai pas grand-chose à toffrir pour linstant. Mais je ferai tout pour que tu sois heureuse. Ce que je peux, cest taimer.
Pour Camille, cela suffisait : elle venait de rencontrer quelquun qui lacceptait entièrement. Plus aucune exigence, plus de moule à remplir.
Leur chemin fut difficile : Paul navait ni réseau, ni fortune. Orphelin de père très tôt, il avait été élevé par sa mère, Brigitte. Brigitte institutrice adorée, ensuite directrice dune école à Vincennes. Elle consacra sa vie à soutenir Paul, convaincue quil réussirait tout. Dès quil termina ses études (brillantes), elle vendit son appartement du 15e pour lui donner lacompte sur sa première petite agence de communication. Paul sut sentourer et, à force de ténacité, son entreprise prospéra jusquà devenir un leader du secteur. Même Hélène fut forcée dadmettre ses qualités quand elle devint arrière-grand-mère.
Camille voulait un enfant avec une ferveur que seules connaissent celles qui croient navoir droit quau bonheur simple. Mais la nature nétait pas si généreuse. Des années dexamens, deux opérations chirurgicales, aucun résultat. Camille étouffait en silence, cachant ses larmes à Paul, persuadée quil avait droit, lui aussi, à devenir père. Quand elle lui annonça quil devait refaire sa vie, Paul partit dun grand éclat de rire.
Pardon ! Pardonne-moi, Camille ! Cest nerveux je taime, toi Crois-tu vraiment que je rêve dautre chose ? Ta vie, cest la mienne, tu comprends ? Tu es tout !
Elle pleura longtemps, de fatigue mais aussi de soulagement.
Admettre que lenfant, cétait un rêve inatteignable, ce fut facile. Laccepter, presque impossible. Sa mère rajoutait sans cesse du sel sur la plaie, regrettant devant ses amies quelle soit « jeune et sans attaches » alors que toutes les autres étaient déjà mamies. Les invitations aux anniversaires des petits la remplissaient dangoisse, chaque choix de doudou était une épreuve. Mais les années passèrent, et la douleur samenuisa. Camille détourna delle-même les regards des berceaux et, après réflexion, ouvrit un cours de danse à Montmartre.
Il faut que je moccupe, sinon je vais devenir folle !
Paul, dubitatif, fut vite convaincu par Brigitte.
Paul, crois-tu seulement savoir combien elle souffre ? Pour une femme amoureuse, donner un enfant à son homme, cest la consécration. Soutiens-la, quoi quelle entreprenne.
Jai compris, maman.
Il chercha les locaux, et Camille fit la tournée en battant des mains : un grand studio ensoleillé, le rêve ! Elle simmergea dans lorganisation, le recrutement, les cours, oubliant les premiers signes, ne comptant plus les jours ou les absences de cycles.
Camille, je te demande si tu ne veux pas répondre, ne réponds pas Brigitte la fixa un jour, un sourire au coin des lèvres Tu attends un bébé ?
Camille se raidit, pleine de défiance. Pourquoi cette question, sur cet abcès ? Mais la nausée montait aussi. Brigitte héla le serveur, commanda de leau. Au retour, elle lui tendit une boîte de test.
Plus besoin de se torturer, non ?
Les serveurs observèrent, mi-amusés, deux femmes en larmes qui dansaient un étrange chassé-croisé entre les tables, criant leur bonheur. Tellement de bonheur, que tout le monde sourit en devinant ce qui venait dêtre annoncé.
Théo naquit robuste et joufflu, après avoir fait trembler léquipe obstétricale.
Cest une ballerine, non ? lança la néonatologiste.
Oui.
Le garçon est parfait, bravo Madame.
Le matin, Camille séveillait désormais avec le sentiment vertigineux du bonheur. À tel point quelle en avait peur.
Tu nes plus seule, ma belle. Partage-le au moins à deux Paul contemplait le visage de son fils perdu dans la dentelle dun couffin choisi par Marie-Claire.
Le retour à la maison fut un éprouvant cauchemar. Paul eut beau protester, Marie-Claire orchestrait son propre ballet : photographes, invités massés sur le trottoir, table débordante de victuailles. Camille, souffrante, naspirait quà une douche chaude.
Maman à quoi bon tout ça ?
Hélas ! sindigna Marie-Claire. Cest la tradition, cest une fête ! Je suis tellement heureuse !
Camille comprit quil était inutile de discuter. Camper les marches devint un supplice lorsquelle découvrit la foule qui attendait. Tout le monde nétait pas même venu à la maternité.
Ce ne sont que nos plus proches ! rassura Marie-Claire.
Camille capta alors le regard de Brigitte, postée dans le couloir, un sourcil levé. Elle tenait à peine debout, mais les invités senchaînaient. Finalement, Brigitte coupa court.
Et si je tenlevais Théo et sa superbe maman, pour une confidence ? Brigitte entraîna Camille à létage.
Allonge-toi. Je tapporte de quoi grignoter et tu vas prendre ta douche. Tu veux manger ?
Camille hocha, soulagée, regardant Paul déposer Théo dans le berceau mais voulait résister.
Je dois descendre
Pour quoi faire ? Brigitte fronça les sourcils. Ils survivront. Tu leur as déjà accordé les dix protocolaires minutes.
Soulagée, Camille se pelotonna sous le plaid. Elle pleura, démotion, de fatigue, en sentant la bienveillance de sa belle-mère.
Marie-Claire, remontant un peu plus tard, fut scandalisée de trouver sa fille endormie au lieu de recevoir les invités.
Et comment tu appelles ça ?
Ça sappelle une mère allaitante. Elle a besoin de repos. Ou bien on supprime le lait maternel ?
Cela na aucune importance ! Jai nourri Camille seulement deux jours, elle a grandi en pleine forme ! Marie-Claire tentait de pénétrer dans la chambre, mais Brigitte lui barra la route.
Allons, trinquons à notre nouveau statut ! Entre grands-mères, cest le moment de choisir le surnom, non ?
Paul referma discrètement la porte. Avec sa belle-mère, les relations étaient tendues. Elle profitait de tout ce quil pouvait lui offrir, mais se moquait de ses avis. Paul, doux et patient, avait du mal à ne pas exploser avec Marie-Claire. Avec son beau-père, François, il se sentait compris, le patriarcat laissé à Hélène ; le silence était la plus sage des attitudes.
Impossible de la changer, et inutile dallumer le volcan familial
Camille dormit une heure et demie. Au réveil, le bébé babillait, les rires résonnaient en bas : cétait la maison qui vivait.
Après avoir nourri Théo, elle chercha Paul, se retrouva enfin sous la douche, puis sécroula, un bol de soupe maison de Brigitte devant elle, posant mille questions sur les soins à donner à un bébé.
Jai limpression quon ne ma rien appris à la maternité Je suis morte de trouille ! lança Camille, posant sa cuillère.
Mange ! Arrête davoir peur. Les enfants sont bien plus solides quon ne le croit. Et toi, tu es leur mère. Libère-toi de tes angoisses, écoute ton instinct. Quand jai eu Paul, je navais personne, je me suis débrouillée. Avec des erreurs, bien sûr. Mais qui nen fait pas ? Tu sauras toujours ce dont ton enfant a besoin. Jamais nen doute, tu mentends ?
Les semaines passèrent, confirmant la sagesse de Brigitte. Camille gagna en assurance. Les peurs subsistaient, mais elles perdaient de leur intensité.
Les premiers mois filèrent à toute vitesse. Brigitte venait deux fois par semaine, aidait surtout dans la maison cuisine et ménage devenaient prétextes à rendre service.
Profite, Camille. Ça passe si vite Ce regard, son sourire, chaque nouveauté. Ne gaspille pas ça. Je suis encore en forme pour passer la serpillière ou préparer un bon petit plat.
Marie-Claire venait plus rarement, mais chaque visite était un vrai show.
Regarde, Camille ! Jai déniché une poussette sensationnelle !
Maman on en a déjà une très bien !
Rien à voir ! Habille le petit, allons tester ce chef-dœuvre de technologie !
Marie-Claire refusa longtemps le prénom choisi pour son petit-fils.
Où êtes-vous allé trouver un nom pareil ? Vous ne pouviez pas appeler votre fils autrement ? Théo ! Cest trop simple.
Maman ! Cest un vrai prénom de roi !
Mais enfin, pense à lécole ! On va le ridiculiser, avec un prénom pareil !
On ira à lécole publique. Et surtout, il me semble que cest à nous de choisir le prénom, non ?
Non, ta grand-mère a choisi le tien. Moi, je laurais appelée autrement.
Heureusement que pour mon fils, jai décidé seule Ça évite les reproches.
Marie-Claire haussait les épaules, prenait Théo sous le bras et partait en balade. Belle poussette, superbe bébé, et elle, élégante, se flattait des compliments : « Quel joli bébé ! Et quelle jeune maman ! » Elle souriait mystérieusement tandis que les voisins comprenaient vite la vérité. Les balades cessèrent. Maintenant, elle venait pour un café, embrassait le petit et repartait « à ses affaires ».
Je serai la mamie qui fait la fête ! lançait-elle en installant une énième peluche dans la chambre denfant.
Les rôles séquilibrèrent, chacun trouva sa place.
Jusquà la fête des six mois, où lorganisation de Marie-Claire faillit virer au drame.
Camille sourit à Théo, tout juste réveillé, et ouvrit la boîte offerte par sa mère : un magnifique hochet en argent la fit sexclamer.
Regarde, Théo, comme cest beau !
Le bébé faisait tinter lobjet, révélant déjà ses premières quenottes.
Et qua offert mamie Brigitte ? Camille découvrit le paquet laissé par sa belle-mère.
Un ensemble blanc tricoté main, si doux que Camille le serra contre sa joue.
Et ces petites chaussettes Elles sont merveilleuses ! Ta grand-mère a de lor dans les doigts, petit cœur !
Marie-Claire, entrant à ce moment-là, crut dabord admirer un chef-dœuvre :
Mon Dieu, cest superbe ! Cest signé dun créateur, non ?
Non, cest Brigitte qui la tricoté elle-même.
Marie-Claire retourna la petite veste entre ses mains.
Elle naurait pas pu choisir un vrai cadeau ? Pour une date pareille, tu parles dune pingrerie ! Inimaginable !
Maman, sil te plaît
Quoi, jai tort ? Dis-le !
Camille dévisageait sa belle-mère, debout sur le seuil, qui avait tout entendu. Brigitte posa silencieusement un verre de compote sur la commode avant de quitter la pièce. Un peu perdue, Camille calma Théo, puis descendit. Trop tard, Brigitte était repartie.
Paul ! Quelle maladresse Jai honte !
Mais ce nest pas toi qui la dit. Tu nas rien à te reprocher.
Je nai pas su larrêter à temps ! Ça ne se fait pas !
Ne ten fais pas, maman saura relativiser.
Camille pensa longtemps à la tension qui sétait installée. Elle chercha à renouer, mais Brigitte dédramatisait :
Camille, laisse tomber, ça na aucune importance. Je ne suis pas vexée.
Mais quelque chose demeurait brisé. Camille cherchait désespérément à recoller les morceaux.
Un après-midi, alors quelle était seule à la maison avec Théo endormi à létage, Camille ressentit une douleur fulgurante. Elle tenta de joindre Paul le téléphone sonnait dans le vide; probablement occupé en réunion. Son père, à lhôpital, en pleine intervention. Sa mère ? Occupée sur une autre ligne, volubile comme dhabitude.
Coucou, ma chérie ! Tout va bien, le petit ? Oui, quelle fête réussie ! Je tavais dit quil fallait organiser cela puis un bip, la communication coupée.
Affolée par la douleur, Camille appela les secours, puis Brigitte.
Camille ?
Sil te plaît la pièce tourna, le noir la gagna : Théo
Brigitte navait jamais couru aussi vite. Pantoufles aux pieds, sac à la main, elle héla un taxi au saut du trottoir.
Vous tenez tant que ça à mourir, vous ?!
Ma belle-fille va mal, écoutez, il faut foncer !
Monte, jy vais, ça fait trente ans que je conduis à Paris, vous voyez !
Lambulance arriva devant la maison au même moment que Brigitte.
Quelques minutes après, Camille reprenait ses esprits.
On vous emmène, madame.
Où pourquoi ? la douleur labrutissait.
Camille, il le faut. Ne tinquiète pas, je veille sur Théo. Paul arrive.
Lopération fut un succès, mais il fallut deux semaines à Camille pour retrouver la maison. Son père insista pour la convalescence.
Ce nest pas une plaisanterie. Il te faut toutes tes forces pour ton fils !
De retour, elle serra son fils contre elle et appela sa mère.
Maman !
Ma Camille, comment tu vas ?
Pas très bien. Jai besoin de ton aide.
Quest-ce que je peux faire pour toi ? un ton étrange dans la voix.
Jaurais besoin que tu viennes rester chez nous quelques temps. Je nai pas le droit de porter, il faut aider avec Théo.
Évidemment mais javais réservé un voyage, et le billet nest pas remboursable. Oh, Camille, jattendais tant cette escapade ! Tout tombe mal, vraiment
Camille ferma les yeux et coupa la communication. Elle naurait laide de personne. Elle nourrit Théo, sallongea, ferma les paupières que la douleur cesse, enfin Pourtant les points tiraillaient toujours.
Elle fut réveillée par des bruits discrets ; Brigitte était entrée.
Oh, je ne voulais pas te déranger ! Tu as faim ? Jai préparé ta soupe préférée. Il y a aussi une compote maison, et des tartes au fromage. Je moccupe du petit, et je te porte tout ça. Si tu veux bien, je vais rester quelques semaines, le temps que tu récupères vraiment.
Camille leva les yeux, et se mit à pleurer.
Allons bon Ne pleure pas, ma grande ! Le médecin a dit quil fallait du positif. On va ten donner, tu vas voir.
Brigitte posa Théo sur le tapis, sassura quil tenait debout, puis lâcha doucement ses mains. Camille sécha ses larmes en voyant son fils faire ses premiers pas vers elle. Elle le serra dans ses bras et leva les yeux vers Brigitte.
Alors, des émotions positives ? Brigitte éclata de rire. Allez, viens, je te nourris. Tu as besoin de toutes tes forces, parce que bientôt, quand ce jeune homme ne marchera plus, mais courra, il te faudra tout ton énergie !