Léo, je vis encore : une histoire d’amour et d’espérance au bord de la mer

Journal intime Juillet, Côte Atlantique

Paul, je suis encore là, je vis. Je sens la caresse de leau et je nage doucement vers lui. « Promets-moi de ne pas menterrer avant lheure », lui ai-je soufflé.

« Regarde cette beauté, Paul ! » sexclame Élodie, toute rayonnante de soleil, la peau dorée, les yeux pétillants d’énergie. Elle écarte les bras comme pour embrasser tout locéan.

Sa chevelure noisette, délicatement éclaircie par le soleil, danse dans le vent. « Je tavais bien dit que ce mois serait le plus beau de notre vie ! »

Paul, posté à côté delle sur le sable fin, ajuste son chapeau de paille et sourit. Il fait mine dêtre léger, mais je ressens sa crainte, ce nœud quil porte au fond de lui. Il ne dit rien, mais je sais : il pense que cest peut-être notre dernière chance de retrouver un peu de bonheur.

« Oui, Élodie, ce mois sera le meilleur », me répond-il sur un ton enjoué, « tu as toujours raison, après tout. »

Mais, derrière cette façade, il y a les mots du médecin deux ou trois mois, cancer avancé. Voilà pourquoi nous sommes venus ici, au bord de lAtlantique, parce que jai refusé, refusé de me résigner à attendre la fin.

Je ris. « Viens, on va se baigner ? » lancé-je en attrapant sa main, mes yeux brillants. « Ne sois pas triste, Paul ! Tu te souviens du temps où on plongeait dans la Dordogne chez ma grand-mère ? Tu avais si peur de perdre ton maillot avec le courant ! »

Il éclate de rire, et pour un instant la douleur sefface. Cest ce que jaime chez lui. Comment il me tire hors de la mélancolie.

« Je n’avais pas peur, jétais prudent ! » rétorque-t-il en plaisantant. « Bon, daccord, allons-y ! Mais si un requin me mange, tu ne pourras ten prendre quà toi-même ! »

Comme deux adolescents, nous courons vers leau. Je joue avec les vagues, il mobserve en retenant sa respiration. Je le sens, il est partagé entre lamour et la peur insoutenable de me perdre.

« Lamour nous donne la force despérer, même quand le temps paraît nous échapper », me dis-je.

Notre histoire avait commencé en première, dans un petit lycée dune bourgade française où tout le monde se connaissait. Jétais la nouvelle ; la famille venait de sinstaller de Bergerac à Libourne. Je débarque avec mon sourire et mes cheveux longs, et Paul, grand, un peu dégingandé, le nez dans ses bouquins, naurait jamais cru quon finirait ensemble.

Mais le soir du bal du lycée, il ma invitée à danser un slow.

« Tu es différent », ma-t-elle dit en plongeant ses yeux dans les miens, « tu ne cherches pas à impressionner. »

« Tu nas pas peur que je técrase les pieds ? » ai-je plaisanté. Mon rire la rassuré, depuis ce minuit-là nous sommes devenus inséparables.

Après le bac, il file à Paris faire son école dingénieur, moi à Bordeaux, à la fac de lettres. Lettres damour interminables, retrouvailles endiablées lété la distance a consolidé nos sentiments.

Nos diplômes en poche à vingt-deux ans, on se marie. Petite fête à la salle municipale, déco en fleurs en plastique, tubes de Jean-Jacques Goldman à fond. On était tellement heureux que le reste importait peu.

Puis, peu à peu, la routine, le stress, quelques disputes pour les petites choses : une vaisselle oubliée, une facture de gaz non payée. Un soir, excédé, Paul claque la porte : « On ferait mieux de se séparer ? »

Je me pose, silencieuse, sur le canapé, le cœur lourd. « Paul, je taime trop pour abandonner ça. Essayons autrement. »

On décide de saccorder une journée rien quà nous, chaque semaine, sans boulot ni écrans, juste des balades, du thé sur le balcon, des souvenirs dantan. Notre amour reprend vie, comme une glycine au printemps.

Cinq ans plus tard, on achète une petite maison, on ouvre un café, Les Deux Chênes. Bientôt, nos jumelles arrivent, Camille et Manon, deux tornades blondes qui remplissent nos vies. Jadore leur lire des histoires pour sendormir ; Paul me regarde souvent en pensant « Quelle chance, tout de même. »

Le temps passe, les filles grandissent, partent à la fac, la maison paraît vide. Alors on se lance dans une seconde aventure : un second café, des nuits courtes, des journées sans fin. Jusquà ce quun midi, je meffondre, toute pâle.

« Élodie ! Réveille-toi ! » Paul me secoue, langoisse dans la voix. Diagnostiqué : surmenage, daprès lhôpital. Mais au fond, on savait Et, le lendemain, un nouveau malaise. Le couperet tombe : cancer avancé, deux mois tout au plus.

Je lui dis à la maison : « Nappelle pas les filles. Je ne veux pas quelles me voient comme ça. Emmenons-nous au bord de la mer, comme on en rêvait. Profiter du soleil, de la plage, danser sous les étoiles. Faisons-le, maintenant. »

Il ne proteste pas. Je lis dans ses yeux la tristesse immense, mais aussi la promesse de tout faire pour mon bonheur.

Une vague me frappe, je ris : « Paul, tu rêves encore ! » Il sourit, essuyant ses larmes discrètement, et plonge. « Je pensais à ta stratégie de cartes dhier soir tu mas bluffé, cest injuste ! »

« Oh, te plains pas ! » ricane-t-il. « Ce soir, on va au restaurant écouter du jazz live ? Jai envie de danser jusquà laube ! »

« Tu es sûre ? Il ne faut pas te ménager ? » Il ne peut pas sempêcher, il est inquiet.

Mais je le regarde, sereine : « Paul, je suis en vie, et je veux vivre ! Promets-moi que tu ne me diras pas adieu trop tôt. »

« Je te le promets », murmure-t-il, et on sétreint dans leau chaude, portés par le courant du destin.

Ce mois sur locéan est un rêve éveillé. Balades sur la promenade, glaces italiennes, slow sous la lune au son de lorchestre local. Je me sens renaître, les joues rosies, le sourire comme jamais. Parfois, Paul me regarde et songe : Et si le médecin sétait trompé ?

Un soir sur la terrasse, je lui confie : « Je nai pas peur, même si cest la fin. Jai eu une vie magnifique : toi, nos filles, ce soleil couchant. »

« Ne dis pas ça », la voix de Paul se brise, « tu danseras encore au mariage de nos petits-enfants ! »

Il serre ma main, fort.

De retour en Gironde, jexige de refaire des tests. Paul en tremble, redoute le résultat.

Cette fois, le médecin est stupéfait : il ny a presque plus rien. Après analyses, la tumeur sest évanouie. « Votre corps est un roc, Élodie », murmure-t-il.

On se jette dans les bras lun de lautre, bouleversés, tandis que le médecin quitte le bureau, gêné de troubler notre émotion.

« Cest la mer », je souffle. « Et toi, notre amour. »

« Cest toi qui mas sauvé, Élodie. Comme toujours », murmure-t-il.

Notre vie reprend : le café, les amis, de nouveaux élans de bonheur. Le traitement continue encore un peu, mais la maladie recule. Les jumelles rentrent, la maison se remplit de leurs rires.

En la contemplant, je me dis, comme un secret quon noserait avouer : « Comment ai-je pu être si aveugle, jeune ? » Elle devine mes pensées, et, malicieuse : « Ne fais pas cette tête, Paul, prépare-nous tes crêpes ! Ça fait longtemps, jai oublié leur saveur ! »

Je mexécute, et on les déguste ensemble sur la terrasse, devant le coucher du soleil. Tant que nous sommes unis, rien ne peut nous abattre.

Notre histoire damour, despérance et de force prouve que même dans l’adversité, il reste de la lumière. Élodie et moi, on la vécu : avec lamour véritable et le courage, le miracle arrive parfois.

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