L’envie à la limite extrême

Lenvie au bord du gouffre

Oui, cest exactement ce quil faut ! Il ne remarquera jamais que ce nest pas sa fiancée devant lui

Ariane sétait figée devant la glace, une lueur fébrile dans le regard. Lentement, dun geste calculé, elle replaça une mèche récalcitrante derrière son oreille. Son cœur battait plus vite ce reflet, cétait tout ce quelle avait imaginé et même plus. Le maquillage, la coiffure, lexpression : chaque détail était reproduit avec une fidélité troublante. Ariane retint son souffle. Vêtue de la robe préférée de sa sœur, elle savait quelle aurait pu berner leur propre mère.

Lidée la fit sourire, mais elle fut vite ramenée à lordre : un coup dœil à lhorloge sur létagère lui rappela limminence de léchéance. Dans vingt minutes, Sébastien devait arriver. Une tension sourde sinsinua dans ses veines. Il ne fallait rien laisser au hasard pas un geste déplacé, aucune fausse intonation. Si Sébastien ne sy laissait prendre ne serait-ce quune seconde, tout son plan patiemment élaboré seffondrerait Et cela voudrait dire quEmeline, encore une fois, aurait tout gagné.

Elle inspira profondément, chassant le tremblement de ses doigts, et se dirigea vers la porte. Au moment précis où la sonnerie retentit, Ariane était déjà là, prête à jouer sa partition. Dun geste théâtral, elle ouvrit. Son visage sillumina dun sourire doux, presque aérien ; ses yeux sallumèrent dune lueur complice.

Sébastien, bonsoir, souffla-t-elle dun ton feutré, chaque mot millimétré, pesé.

Sans attendre, elle se haussa sur la pointe des pieds et effleura sa joue de ses lèvres. Elle avait répété ce geste, lavait observé mille fois sur sa sœur pas un de plus, pas un de moins. Rien de superflu, tout était sous contrôle, parfaitement orchestré.

Entre, tu veux un café ? proposa-t-elle en seffaçant, lair décontracté, comme sil ne sagissait que dune soirée ordinaire et non dune véritable mascarade.

Le jeune homme fronça les sourcils, vaguement déconcerté par son attitude. Mais une seconde plus tard, un léger sourire flotta sur ses lèvres : il croyait deviner ce qui se tramait. Que pouvait bien manigancer la sœur de sa fiancée ? Pourquoi tentait-elle avec tant dapplication dendosser le rôle dEmeline ? Décidé à continuer le jeu, il acquiesça et suivit Ariane à lintérieur.

Dans la cuisine, Ariane saffairait à préparer la table tasses, soucoupes, petites cuillères De temps à autre, elle lançait un regard furtif vers la bouteille de Saint-Émilion, humble mais prête à jouer son propre rôle. Elle connaissait parfaitement Sébastien : il supportait mal lalcool, mais dans une ambiance amicale et chaleureuse, il cédait parfois à un seul verre. Cétait précisément ce dont elle avait besoin. Il devait se détendre, relâcher sa vigilance Cétait son unique chance de réussir.

Tandis quelle surveillait la cafetière, Sébastien sétait installé à table, croisant les bras, suivant chaque mouvement dAriane avec une curiosité teintée dironie. Finalement, il rompit le silence dune voix calme :

Ariane, pourquoi tout ça ? Et où est Emeline au fait ? Si cest une blague, elle manque un peu de finesse.

Ariane se figea un instant, cherchant ses mots. Une gêne passa furtivement dans son regard, mais elle reprit contenance, affichant un sourire crispé, tâchant de garder un ton détaché :

Comment as-tu deviné, si ce nest pas indiscret ? Et non, ce nest pas une blague Plutôt une expérience. Emeline nest au courant de rien.

Sébastien haussa un sourcil, jouant distraitement avec sa tasse. Il était intrigué, mais se garda de trop en montrer : il la laissa poursuivre.

Vous êtes tellement différentes, même si vous êtes jumelles. Je ne comprends pas comment on pourrait vous confondre

Sans attendre sa réponse, il sortit son portable et envoya un message rapide à sa fiancée, lui demandant où elle était. Lécran illumina son visage, quelques secondes puis séteignit.

Mais alors, cest quoi le but de lexpérience ? répéta-t-il en rangeant son téléphone.

Ariane remua sur sa chaise, baissant les yeux vers son thé. Elle en but une gorgée, se donnant du courage, puis parla avec une ardeur inattendue :

Tu sais, on nous confond tout le temps. Tu trouves quon ne se ressemble pas tant, mais même maman sy trompe si on shabille pareil. On enfile la même robe, on fait la même coiffure et hop : on est comme deux gouttes deau.

Elle sinterrompit, ressassant quelques souvenirs douloureux, avant de poursuivre :

Parfois, cest pesant. Surtout pour ce qui est de nos relations. Jai déjà vu des conséquences désagréables. Un jour, mon copain est venu à un rendez-vous, et cest sur Emeline quil est tombé elle passait simplement par là. Une autre fois, cest Emeline qui sest retrouvée embringuée dans une conversation gênante avec un de tes amis, qui la prise pour moi

Pourquoi ne pas changer de coiffure, alors ? proposa Sébastien, légèrement incliné. Il se souvenait davoir entendu Emeline dire que sa sœur refusait toute transformation physique. Il avait même limpression quAriane aimait quon les confonde, et quEmeline sy soumettait.

Ariane grimaça gentiment, avec une moue mêlée de malice.

Ce serait trop facile, répondit-elle en secouant la tête. On sest promis de ne rien changer jusquà la fin de la fac une règle tacite. Et puis parfois, cest bien pratique. Même les profs sy perdent !

Elle éclata dun rire cristallin, visiblement fière de leurs stratagèmes pour contourner les règlements.

Je vois murmura Sébastien, pensif. Son portable sonna : un message bref le fit sourire. Emeline mattend dans notre café habituel. Elle ne se doute de rien, on dirait.

Il leva les yeux vers Ariane, et il y eut une ombre de compassion dans son regard.

Ne tinquiète pas, je ne dirai rien à Emeline. Je comprends tes inquiétudes. Je ne voudrais pas jeter le trouble entre vous.

Ariane se détendit, libérant un soupir de soulagement. Elle hocha la tête en esquissant un sourire sincère.

Merci, Sébastien. Tu es vraiment quelquun de bien.

Allez, à bientôt, lança-t-il en se levant. Je ne dois pas la faire attendre ou elle sinquièterait.

Dun clic discret, la porte se referma, la laissant seule. Un silence assourdissant sabattit sur lappartement. Ariane seffondra sur sa chaise, agrippant le rebord de la table pour ne pas céder à lavalanche de larmes. Pourquoi rien navait marché ? Pourquoi lui ? Pourquoi même un plan savamment construit, pensé jusque dans les moindres détails, sétait-il effondré en poussière ?

Tout tourbillonnait dans sa tête, la renvoyant à la première fois où Sébastien était entré dans leur vie. Dès leur rencontre, cette façon quil avait de sourire, de parler, de mettre à laise tout cela lavait bouleversée. Chaque fois quil approchait, Ariane sentait son cœur saffoler et ses mains devenir moites. Pendant des semaines, elle avait répété des phrases en silence, préparé les mots, imaginé leurs promenades ensemble. Mais la peur de léchec, la crainte de rompre léquilibre fragile avec sa sœur, lavaient toujours retenue.

Emeline, elle, navait pas tergiversé. Un jour, elle était rentrée à la maison, Sébastien sur les talons, rayonnante de naturel. « Voici Sébastien », avait-elle lancé dun ton léger, tandis que leurs parents, enchantés, accueillaient ce jeune homme charmant.

Ariane revoyait cette scène dans ses moindres détails : elle dans lencadrement de la porte, observant Sébastien, à laise, plaisantant avec son père, répondant à sa mère À lintérieur, cétait la tempête, mais à lextérieur, elle affichait une sérénité factice.

Cétait à elle quil aurait dû revenir ! À elle qui avait dabord été attirée, à elle qui veillait sur lui en secret, qui rêvait tout haut à une possibilité Mais Emeline lavait simplement emmené dans leur vie, sans se demander une seconde ce que sa sœur ressentait.

Ariane inspira, tentant dapaiser le tremblement qui la gagnait. Il fallait sarrêter, échapper à ce poison insidieux. Comment y parvenir, avec ce sentiment de défaite qui serrait son cœur ?

Depuis toujours, cétait sa sœur qui attirait les regards, collectionnait les admirateurs. Emeline avait la lumière, la facilité, lesprit festif. Elle brillait en société, multipliait les soirées, bavardait des heures. Pourtant, à luniversité, elle restait brillante sans effort apparent.

Face à elle, Ariane se sentait insignifiante : plus secrète, introvertie, sérieuse, elle préférait un livre ou une conversation à deux à lagitation du monde. Elle déclinait les invitations dEmeline sans regret apparent, persuadée quil suffisait de récolter de bons résultats, de miser sur la rigueur et le sérieux.

Mais à présent, elle se demandait si elle navait pas fait fausse route. Et si elle avait accepté, une fois, daller à cette fête, de se laisser aller ? Peut-être alors Sébastien laurait-il vue, elle, la discrète, la persévérante, celle qui savait où elle allait. Mais non : il avait succombé à louragan joyeux dEmeline

Au fond, Ariane savait bien que cela dépassait la question du tempérament. Emeline avait un don pour attirer naturellement lattention. Elle ne cherchait pas à plaire elle plaisait, tout simplement. Ariane, elle, hésitait trop, doutait trop, restait dans lombre et en souffrait en silence.

Les souvenirs douloureux se succédaient. Elle sefforçait de se convaincre que sa voie était la bonne, que son sérieux finirait par payer. Mais lorsque la nuit tombait sur Paris, et que la ville sassoupissait, elle simaginait comment tout aurait pu être, si elle avait seulement osé sortir de lombre

Le soir où Emeline avait annoncé ses fiançailles devant toute la famille, un froid glacial lavait envahie. Elle avait forcé le sourire, félicité sa sœur en létreignant, mais en elle, tout seffondrait. La nuit suivante, Ariane avait presque cessé de dormir, ruminant des plans, cherchant une échappatoire. Elle avait alors imaginé cette mise en scène et sétait convaincue quelle était infaillible.

« Si Sébastien se laisse prendre à mon jeu sil cède et quEmeline nous surprend, tout sera terminé. Elle ne lui pardonnera pas. Alors, il nappartiendra à personne : cest juste. »

Patiente, méticuleuse, elle avait tout mis au point. Elle choisit le bon vin, celui qui charmait Sébastien en petite quantité. Prépara chaque réplique, chaque geste, planifia la lumière Elle répéta durant des heures, singeant le port naturel dEmeline devant le miroir, jusquà la moindre expression.

Le « jour J » venu, Ariane était fébrile gorge sèche, mains moites mais résolue. Et tout marcha selon le plan, jusquà linstant où Sébastien, à peine sur le seuil, comprit limposture.

Un fiasco. Il ne sabandonna pas à ses charmes. Il sourit simplement, polit, puis partit rejoindre sa véritable fiancée.

Ariane demeura prostrée dans son studio, fixant le vide. Le plan si parfait dapparence sétait évaporé en un instant. Langoisse grandissait ; le temps pressait, le mariage se rapprochait, et toujours pas de solution pour retourner la situation.

« Il me faut quelque chose de nouveau, pensa-t-elle en tordant la nappe entre ses doigts. Avant quil ne soit trop tard. » Fragments de stratégies défilaient dans sa tête mais aucune navait lévidence dun coup de maître. Elle comprit que désormais, sa prochaine tentative ne laissait pas de place à lerreur. Il ny aurait pas de seconde chance

***

Quelques semaines passèrent. Un soir, Emeline, rayonnante, réunit toute la famille autour dune grande table et, les joues roses démotion, annonça : elle attendait un enfant. Les yeux brillants, la voix tremblante de joie, elle racontait combien elle avait souhaité ce moment. Les parents, fous de bonheur, la félicitaient, lembrassaient, multipliaient les questions et dessinaient déjà lavenir avec lenfant.

Ariane, dans un mutisme farouche, serra sa tasse de thé glacé entre ses mains. Elle sobligeait à sourire, hocher la tête, répondre aux exclamations denthousiasme mais en elle, une douleur aiguë lenvahissait. Chaque phrase de sa sœur, chaque regard aimant des parents la transperçait comme une multitude de petites aiguilles.

Elle se représenta lavenir : des repas familiaux avec Sébastien en gendre accompli, des fêtes où il tiendrait Emeline par la main, fier de son épouse enceinte, ému par chaque nouvelle étape Ariane voyait ces images défiler et les trouvait insoutenables. Elle nétait pas prête à affronter pareille réalité, à supporter la présence constante de celui quelle croyait, un temps, fait pour elle.

Les pensées se bousculaient, une seule idée martelait dans son esprit : il fallait agir. Tout de suite, avant quil ne soit trop tard. Tant quil restait une possibilité de bouleverser le destin.

Rapidement, son esprit échafauda un nouveau dessein, froid, méthodique quest-ce qui pourrait briser le couple plus sûrement que la perte de lenfant attendu ? Cétait cruel, impitoyable, mais dans létat où elle se trouvait, seule une telle radicalité lui paraissait suffisante.

Le regard dEmeline, plein de confiance et de tendresse pour le bébé à venir, fit vaciller Ariane mais elle réprima ce sursaut. Déjà, elle recomposait le déroulé de ses actes : contacter un médecin peu scrupuleux, acheter le produit « approprié » pour déclencher des complications Rien dillégal, juste un médicament, mais

Un rire silencieux, amer, lui échappa. Emeline, croyant à un rire complice, tourna vers elle un sourire éblouissant.

« Votre bonheur nest quun sursis », songea Ariane, le visage fermé dune froide détermination.

***

Tu veux un jus de fruit ? demanda Ariane dun ton léger, maîtrisé. Elle accompagna la question dun sourire aimable, ce même sourire quelle avait si souvent travaillé devant sa glace. Jai pris ton préféré.

Oh merci, tes adorable, répondit Emeline, visiblement ravie. Elle attrapa la main de sa sœur et la serra avec chaleur. Tu es vraiment la meilleure sœur du monde !

Ariane se figea, bouleversée une seconde. Elle se ressaisit.

Jarrive, dit-elle dun ton neutre.

Marchant vers la cuisine, elle sortit une brique de jus frais du frigo et remplit un verre. Sa main glissa instinctivement vers sa poche, effleurant la petite gélule dissimulée. Soudain, elle sarrêta.

Quétait-elle en train de faire ? Ariane scruta le verre dans une main, la pilule dans lautre. Mille images défilèrent Emeline riant, confiant son bonheur ; les parents exaltés ; Sébastien, veillant sur sa femme enceinte

Serait-elle réellement capable de commettre lirréparable ? Cétait monstrueux, inhumain !

Non. Elle ne pouvait pas, ne voulait pas Elle nétait pas ce que la jalousie voulait faire delle.

Sa main souvrit brusquement, et la gélule roula sur le plan de travail, sans bruit. Ariane respira longuement, tentant de calmer le tumulte en elle.

Ariane ? Tu es toute pâle ! Ça va ? On devrait appeler un médecin ? Emeline sétait approchée, inquiète.

Ariane croisa le regard de sa sœur. Elle y lut ce quelle avait trop longtemps refusé dadmettre une affection sincère, un bonheur profond dêtre ensemble.

Non, cest juste un petit vertige, répondit-elle dans un sourire maladroit. Ça va, voilà ton jus. Je me fais un thé, on pourra papoter.

Tournée vers lévier, Ariane laissa couler leau dans une tasse, luttant pour garder la maîtrise de soi. Chaque geste lui demandait un effort immense, comme si elle avançait dans une brume épaisse.

Au fond delle-même, la tempête nétait pas apaisée. Elle revoyait la scène, la pilule entre ses doigts, si près du point de non-retour Elle comprit alors à quel point il était facile de basculer, de sabandonner aux pensées sombres quand on les nourrit en silence, jour après jour.

Infusant son thé, appréciant le parfum familier, Ariane se força à regarder Emeline : épanouie, détendue, évoquant ses projets du week-end. Un pincement au cœur la saisit.

« Comment jai pu ? pensa-t-elle en serrant sa tasse. Comment ai-je pu, ne serait-ce quenvisager ça ? Cest ma sœur mon sang, mon pilier. »

Alors, la vérité lui apparut : ce nétait pas un simple accès de jalousie. Cétaient des années damertume, accumulées, noyées jusquà devenir un venin. Ce nétait plus gérable seule. Il lui faudrait de laide, quelquun qui lécouterait, qui laiderait à remettre de lordre.

A quoi tu penses ? demanda Emeline en inclinant la tête, un sourire attendri au coin des lèvres. Tes drôlement silencieuse aujourdhui.

Oh, cest le boulot Il faudrait que jen parle avec quelquun, organiser les journées différemment.

Un demi-mensonge mais Emeline sen contenta. Elle reprit sa conversation, tandis quAriane écoutait, hochait la tête, tentait de répondre. Une certitude finit par lhabiter ce nétait pas du soulagement, mais la conviction que son salut ne viendrait que par un changement radical.

Désormais, jamais plus elle ne se laisserait guider par ses démons. Elle se linterdit. Peu importait la douleur ou la peine ; ce qui était en jeu, cétait lamour pour sa sœur, son propre équilibre, lavenir même.

Et la première étape serait dadmettre : elle avait besoin de parler, de confronter enfin cette faille béante.

***

Quelques mois plus tard, Emeline mit au monde une magnifique petite fille, aussitôt choyée comme le trésor de la famille. Une nuit de juin, toute douce, la vie bascula : le bébé fit son entrée, et, à laube, ses grands-parents, émus, purent ladmirer à travers la vitre de la maternité parisienne. Jolies joues, longs cils, paisible dans ses langes personne ne pouvait retenir un sourire en la voyant dormir.

Les premiers jours à la maison furent une succession de scènes attendrissantes. Emeline et Sébastien se relayaient pour bercer, changer, nourrir la fillette. Les parents dEmeline passaient avec des brassées de layettes et de jouets, la grand-mère tricotait, le grand-père ne cessait de se vanter auprès du voisinage davoir une petite-fille sublime.

Mais cest Ariane qui idolâtrait le plus la toute petite. Depuis sa prise de conscience, elle passait de plus en plus de temps auprès du bébé. Dabord, elle venait aider pour soulager Emeline, cuisiner, faire les courses. Peu à peu, elle sattacha à la fillette : admirant chaque détail de ses mains minuscules, sextasiant devant chaque sourire, chaque froncement de sourcils.

Elle devint habile à consoler le nourrisson, lui fredonnant de petites comptines inventées, lui offrant dadorables tenues choisies avec soin, se réjouissant à chaque nouvelle découverte.

Au fil des semaines, la petite développa un lien tout particulier avec sa tante. Ariane organisait des « goûters » avec la dînette, ouvrait des livres colorés, accompagnait les premiers mots. Au premier pas, elle explosait de joie, battait des mains, célébrait la moindre victoire.

Emeline observait cette complicité avec reconnaissance. Un soir, tandis quAriane rangeait les jouets, Emeline sapprocha discrètement :

Merci Ça me touche de les voir ensemble. Ta présence, tu ne sais pas le bonheur que cest, pour elle comme pour moi.

Ariane répondit avec humilité, un peu gênée. Elle-même ne soupçonnait pas que ce rôle la rendrait aussi heureuse. Le rire du bébé, ses bras tendus, le doux abandon dans un câlin Elle trouva là lapaisement dont elle avait tant manqué. Elle comprit que, parfois, lattention portée à autrui ouvrait la porte dune paix nouvelle

Et, admirant sa nièce endormie, Ariane se disait désormais que la vie, dans son imprévisibilité, réserve de véritables miracles. Ceux quon nattend pas, mais qui, à travers lamour offert aux autres, finissent toujours par nous ramener à la lumière.

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