Le trésor familial

Bijou de famille

Non ! Ne me supplie pas, maman ! De toute façon, je vais le faire !

Maëlys, pourquoi, enfin ? Explique-moi, quest-ce qui te prend ?

Parce quil entre dans la pièce une minute avant moi ! Parce que je ne me supporte plus dans le miroir ! Parce que je narriverai jamais à mener une vie normale ! Jamais de mari, jamais denfants ! Seigneur, maman, tu ne comprends donc pas ?! Maëlys éclata en sanglots et lança sa brosse en direction de Gustave, qui baillait sur le coussin quil griffait ardemment.

Ce coussin, quil torturait de ses griffes aiguës, avait été brodé avec soin par Maëlys elle-même, destiné autrefois à être offert à sa grand-mère. Mais la grande querelle, qui avait scindé la famille en deux clans rivaux, empêcha ce geste. Les roses délicates brodées sur le velours ornaient désormais la chambre de Maëlys, et parfois subissaient les assauts pattes de velours mais griffes dehors du têtu représentant félin, Gustave.

Gustave nétait entré dans la famille que grâce à Maëlys, qui sestimait désormais responsable de léducation de cette âme indisciplinée quelle avait sauvée des garnements du voisinage. Ceux-ci avaient failli martyriser la pauvre bête, persuadés que, sans maître, il naurait nulle protection. Maëlys, douce et frêle silhouette munie de sa chemise à partitions, avait poliment demandé ce quils faisaient. Ils ne lui prêtèrent, bien sûr, aucune attention.

Ils avaient sous-estimé Maëlys. Douce certes, mais à la demande de son père, elle avait obtenu une ceinture noire de judo, collectionnant les trophées qui sentassaient sur létagère, exaspérant Maëlys à chaque ménage. Elle haïssait dépoussiérer ces souvenirs de glorieuses réussites que sa mère refusait denlever, estimant quils entretenaient lestime de soi de sa fille.

Ses aptitudes sportives tombèrent à point. Les gamins, rossés, prirent la fuite, et Maëlys recueillit alors le chaton malingre et pelé à la queue dénudée. Rapidement, la queue retrouva sa splendeur, et lanimal devint un chat superbe, effronté, convaincu que Maëlys lui appartenait et que dorénavant, tous ses tourments sétaient envolés. Il vivait dans la volupté de la maison, offrant à loccasion le privilège dune caresse derrière loreille.

Ce fut le jour où Gustave devint un membre à part entière que Maëlys, de retour du conservatoire, traversait les rues de Paris, lâme en vrac. Les répétitions pour le concours senlisaient. Ses doigts, habituellement obéissants, ne suivaient plus. Dès que Charles, son camarade, pénétrait dans la salle, tout seffondrait : plus rien nallait.

Charles, quelle connaissait depuis presque toujours dabord à lécole, puis au lycée darts , lui paraissait soudain changé, étranger, presque irréel. Ils ne sétaient guère vus depuis des mois. Entre vacances et obligations familiales de Charles, Maëlys était devenue timide, nouvelle face à lui. Quand il lui posa distraitement la main sur lépaule, racontant une anecdote à voix haute, Maëlys se figea, touchée par un bonheur inconnu, espérant que ce geste dure à jamais. En dautres temps, elle se serait dégagée et lui aurait décoché une tape sur la tête, mais là, elle était incapable dy songer. Elle voulait simplement rester là, longtemps, sous cette grande main chaude, ivre de joie.

Lorsque Charles senvola avec ses partitions froissées vers lauditorium, Maëlys se sermonna intérieurement. Quelle bêtise ! Quest-ce qui lui prenait, à son âge, dimaginer une chose pareille ?

Mais la sensation étrange demeurait. Elle guettait la silhouette de Charles, baissait les yeux sil se tournait vers elle, dans un tourbillon de pensées et démotions nouvelles.

Cétait à la fois merveilleux et insoutenable. Dun côté, Maëlys brûlait denvie de sexpliquer avec lui ; dun autre, la terreur lenvahissait rien quà lidée que cela puisse, même en théorie, arriver. Tout devenait noir devant ses yeux, ses doigts sengourdissaient, perdant leur agilité.

Elle souffrait.

Impossible den parler à qui que ce soit. Sa mère ne pourrait la comprendre, pensait-elle cétait du moins lintuition qu’elle avait. Raconter à sa mère son premier amour lui était absolument inconcevable.

Entre Maëlys et sa mère, Hélène Berg, les relations étaient complexes autant damour que de désaccords têtus. Chacune savait le tempérament de lautre bien trempé. Il fallait se retenir pour ne pas se blesser, mais trop souvent, la dispute éclatait. Pas de cris, pas de vaisselle cassée : lune fermait doucement la porte sur lautre, puis sinstallait le silence.

Extermination culturelle réciproque.

Ainsi parlait la grand-mère de Maëlys, avant lorage familial, ajoutant :

Quelle prodigieuse bêtise !

Maëlys partageait cet avis, mais, impuissante, perpétuait elle aussi la tradition. En général, cétait elle qui, après, reprenait le dialogue, raccommodant un peu le fragile équilibre familial.

Maëlys savait que sa mère la chérissait à la folie, à la limite de la douleur. Pour Hélène Berg, rien navait plus de valeur que sa fille, et Maëlys en était consciente. Elle savait aussi que cette passion la poussait à tout vouloir contrôler : protéger lenfant adorée sous une cloche, la priver de la moindre menace, quitte à lemprisonner. Résultat : à part la maison, les études au conservatoire, quelques sorties familiales, Maëlys navait rien connu dautre. Jamais de colonie ; jamais damitiés en dehors des enfants des amies de Hélène, soigneusement validés. Là encore, ils lui restaient étrangers. Comment se lier ? Clara, toujours prête à la taquiner de petits surnoms cruels ; Augustin, un chenapan, qui dès la première rencontre, arracha la tête de son ours en peluche préféré en affirmant dun ton sentencieux :

Il le méritait !

Mérité quoi, pourquoi, elle ne comprit jamais. Mais à chaque fois quAugustin se pointait, elle ne pouvait sempêcher de pleurer.

Quel dommage que les enfants ne sentendent pas ! Quelle belle union ils auraient formée ! saffligeait la mère dAugustin, en essayant de consoler Maëlys, qui rejetait dinstinct cette sympathie forcée.

Hélène, ne brise pas ton enfant ! murmurait la grand-mère, tandis que Maëlys se blottissait dans ses bras. Laisse-lui le choix ! Si tu lui enlèves, elle se sentira toute sa vie incomplète !

Marguerite, ne me raconte pas des histoires. Maëlys nest quune petite. Quel choix peut-elle faire ? Tant que jen ai la responsabilité, cest à moi de décider.

Attention à ce que le moment ne dure pas trop Tu pourrais finir par croire que ton enfant tappartient.

Pourquoi ce dialogue lavait-il tant marquée ? Maëlys lignorait. Mais il sétait gravé dans sa mémoire ; à chaque insistance de sa mère, elle répétait :

Maman ! Je ne suis pas ta propriété !

De quoi agacer Hélène, qui maugréait :

Cesse de répéter ce que tu entends ! Aie ton propre jugement !

Mais je lai ! répondait Maëlys, et la maison sombrait de nouveau dans le mutisme.

Le lien avec la grand-mère se dissipa après la Grande Dispute. Qui avait raison, qui avait tort, Maëlys préférait ne pas y penser. Tous étaient responsables.

La grand-mère, scandalisée et peinée, avait jeté à la figure de sa mère :

On aurait dû ménager ses nerfs pendant la grossesse ! Hypersensible Quelle sottise ! Faut penser aux autres, pas quà soi ! Tu connaissais tes faiblesses !

La mère, quant à elle, poussait gémissements et crises pendant la grossesse du deuxième enfant. Elle réveillait la maison la nuit, pleurait sur le carrelage, répétant :

Vous êtes inhumains ! Vous navez aucune pitié ! Comment pouvez-vous ?

Personne ne savait de quelle pitié elle avait besoin ni ce quil fallait faire. Maëlys et son père marchaient sur des oeufs, sans succès : la grossesse se termina tard par une fausse couche, suite à un mauvais traitement. Hélène blâma tout le monde. Seule Marguerite eut le courage de tout dire franchement :

Si tu veux essayer encore, il te faut un vrai spécialiste. Pourquoi ne pas demander conseil ? Fierté, sottise, tout toute seule Voilà le résultat ! Désastre pour toi, et moi jai perdu mon petit-fils Bref. Je peux au moins donner mon avis. Il faut une bonne thérapie et du repos ! Les enfants en bonne santé ne tombent pas du ciel à ton âge ! Je te le dis en tant que médecin et belle-mère ! Écoute-moi et arrête de martyriser ta famille ! Eux, ils y sont pour quoi ? Ce nest pas de leur faute. Prends-toi en main ! Tu es mère et épouse alors agis comme telle ! Tu as déjà une fille : tâche den profiter, et si tu peux, un autre viendra peut-être.

Ce discours acheva la grand-mère, qui fut emmenée durgence pour une crise dhypertension ; Hélène, elle, ne pardonna jamais ces mots à sa belle-mère.

Le père de Maëlys avait dabord tenté de réconcilier tout le monde. Mais, impuissant devant deux femmes aussi opiniâtres, il choisit de laisser passer la tempête.

Mais celle-ci sétira sur le temps. Maëlys souffrait cruellement de la distance avec sa grand-mère, mais nosait affronter sa mère. Hélène s’agrippait à elle avec encore plus de force, la tenant pour sa seule raison dêtre.

Maman, pourquoi navez-vous pas réessayé davoir un fils ?

Cette question, Maëlys ne la posa quune fois. Hélène la regarda dun œil si farouche quelle comprit : ce sujet ne devait plus jamais être évoqué, sous peine de bouleverser la famille à jamais.

Marguerite, la grand-mère, fut la seule à qui Maëlys aurait pu confier son secret le plus profond, mais elle était désormais loin. Marguerite avait vendu son appartement à Strasbourg, acheté une maison en Provence et était partie.

Comme ça, mon fils aura la paix. Tout le monde sera plus tranquille.

Depuis, Maëlys savait que son père rendait visite à sa propre mère deux fois par an. Hélène lacceptait, mais refusait catégoriquement que Maëlys laccompagne :

Je ne veux pas quon la monte contre moi !

Ce partage la chagrinait, mais elle aimait sa mère, adorait son père, et sefforçait, côté fille, de ne jamais être lobstacle à leur bonheur.

Elle conservait une photo de sa grand-mère dans son roman favori ; parfois, en cachette, elle la regardait longuement. Le photographe avait capturé Marguerite avec un regard si intense que la “plus grande richesse familiale” de la lignée Berg en paraissait minuscule. En se regardant dans la glace, Maëlys se mettait à pleurer.

Ce nez. Familial. Proéminent et « outrageusement magnifique »…

De cette litanie, elle ne retenait que proéminent. Rien de magnifique ny transparaissait à ses yeux.

Il est juste immense ! sexclamait Clara, quelle navait pas vue depuis dix ans, tentant du bout de son doigt impeccablement manucuré de toucher la pointe du nez de Maëlys. Désolée, mais cest si drôle ! Un vrai Pinocchio ! Et pour embrasser, ça ne pose pas de problème ? Oh là là ! Maëlys, tu nes pas sérieuse ? Ce nest pas vrai ! Tu ne dis rien, mais ton silence dit tout ! Jamais ? Pourquoi tu rougis ? À ton âge, pas de petit ami ? Incroyable !

Comment Maëlys sétait-elle retenue, elle nen savait rien. Elle avait eu envie darracher une poignée de la chevelure précieuse et apprêtée de Clara.

Et qui était-elle pour se permettre ces remarques ? Une amie ? Non ! Une simple connaissance ? À peine. Plus un membre lointain de la famille, et cela faisait cinq ans quelle vivait à Barcelone avec ses parents, ne revenant à Paris quà de rares occasions rassembler la parenté. Cette rencontre, imposée par Hélène sans le consentement de Maëlys, ne servait à rien.

Ma chérie, ça ne se fait pas ! Vous ne vous êtes pas vues depuis si longtemps !

Et cela aurait dû continuer ! Pourquoi, maman ?

Maëlys ! Cest mieux ainsi !

Pour qui ?

Pour toi, surtout ! Ne pose pas de questions bêtes. Tu comprendras plus tard !

Bien entendu, intérieurement, Maëlys remercia sa mère pour cette rencontre à sa façon, avec toutes les formules polies que le tumulte en elle pouvait supporter. Mais une résolution mûrissait, adulte, inédite jusque-là :

Je vais me faire opérer du nez !

Quoi ? Non ! Hélène, terrifiée, fixait Maëlys, le regard dur. Je my oppose ! Pourquoi ça ?

Ce nest plus discutable, maman. Dailleurs, papa a accepté. Cest décidé !

Tu noseras pas… Le murmure était si bas que Maëlys ne lentendit presque pas.

Le reste de la discussion se termina dans les larmes dHélène, qui battit en retraite dans sa chambre pour ruminer une solution.

Celle-ci lui vint tard dans la nuit, si simple et évidente quHélène en resta figée avant de courir demander le numéro de Marguerite à son mari.

Le lendemain, Maëlys embarquait pour Nice.

Cest Hélène elle-même qui ly conduisit, murmurant à laéroport, la serrant fort :

Dans la vie on fait tant derreurs, ma fille ! On passe à côté de tant de choses là où il y aurait tant à découvrir… Ne refais pas mes bêtises ! Et souviens-toi : je tattends, je taime, même si tu crois parfois le contraire. Je taime plus que ma vie, plus que tout lunivers réuni.

Maëlys neut quà acquiescer, enlaçant sa mère, puis sinstalla dans lavion. Sa grand-mère lattendait au bout du vol, et cétait là tout ce qui comptait.

Marguerite laccueillit avec tant de chaleur que la première conversation réelle neut lieu que deux jours plus tard, lorsque lémotion faiblit et que les mots redevinrent possibles.

Maëlys, pourquoi ta mère sest-elle tout à coup assagie à ce point ?

Je ne sais pas. Peut-être parce que jai décidé de me couper le nez.

Mais pourquoi ? Tu es très jolie ! Certes, un peu de maquillage ne ferait pas de mal, mais ça ce sont des détails !

Mamie, ne ty mets pas ! Je ressemble à Pinocchio !

Qui ta mis ça dans la tête ?

Il y en a qui se sont permis

Maëlys se mordit la lèvre, pensant à la magnifique Clara. Pour elle, aucun souci avec les garçons : on se bousculait pour lui plaire.

Ceux qui commentent négativement lapparence dautrui… ce ne sont pas des gens, ma petite. Ce sont des ratés quon a oubliés de corriger avant leur venue au monde. Aucun idéal nexiste, surtout pas chez les femmes ! Si tu me montres une seule parfaitement satisfaite de soi-même, le livre des records na plus quà fermer ! Une rareté pareille nexiste pas !

Je devrais peut-être postuler ? Pour le nez le plus proéminent ? Je suis sûre dêtre numéro un ! Même pas de compétition !

Attends ! Marguerite se leva en prenant appui sur son fauteuil, la tête fièrement coiffée, et gagna la chambre dà côté. Elle revint avec un lourd album photo au dos de velours bleu.

Regarde !

Cest quoi ?

Ceux à qui la fameuse richesse familiale des Berg na jamais empêché dêtre heureux. Nos ancêtres. Pas tous plusieurs photos ont disparu. Tu ne verras pas celles de mes tantes mortes à Lyon pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais lune a pu sauver sa petite fille, la confiée, avec tous ses bijoux, à une voisine qui la recueillit et lui restitua presque tout, estimant quil fallait garder une mémoire des siens. Tu te souviens de tante Fanny ? Cétait elle : admirable, chirurgienne, qui a sauvé tant de vies ! Avant chaque opération, elle se faisait confectionner un masque spécial, pour que son nez ne la gêne pas. Le voici ! Regarde !

Une grande femme, maillot de bain fermé, riait dans les vagues, tenant un chapeau à larges bords. À côté delle, un bel homme digne des magazines.

Oncle Michel ?

Lui-même ! Jeune, rayonnant ! Fanny la tant aimé ! Même malade, elle la soigné jusquau bout, elle la nourri, changé, et se disait heureuse tant quil vivait. Elle na pas survécu longtemps après lui.

Quelle destinée

Oui. Et Fanny nest quun exemple. Chez nous, on ne changeait pas de nom de famille en se mariant, pour honorer les fondateurs de la lignée. Cest deux que vient notre nez. Et aucune de nous, crois-le ou non, na pâti de son destin féminin. Toutes ont aimé, eu des enfants désirés, vu grandir petits-enfants et arrière-petits-enfants. Déjà beaucoup, tu vois.

Marguerite se leva encore, ouvrit un tiroir du buffet et tendit à Maëlys une petite boîte sculptée.

Le moment est venu. Prends, cest de la part de Fanny. Elle a réparti tous ses biens entre les filles de la famille. À chacune, un objet pour se souvenir.

Les boucles doreille que Maëlys découvrit dans la boîte la coupèrent brièvement du souffle ; ses doigts tremblèrent comme en présence de Charles.

Cest lœuvre de ton arrière-arrière-grand-père, il était orfèvre ; il voyait la beauté là où personne ne lattendait. Il adorait la nature, cela transparaît dans ses créations.

Des lys ? Maëlys détaillait les fleurs ornées de minuscules pierres.

Oui. Son épouse sappelait Lilia. Il a fait ces boucles pour elle, elle les a transmises à sa fille, et ainsi de suite. Aujourdhui, elles tappartiennent.

Mamie ! Cest le vrai bijou de famille !

Comme ton nez, ma chérie ! Et imagine si je décidais aujourdhui que ce chef-dœuvre est passé de mode, ridicule, que son créateur sest trompé ? Le faire fondre pour quelque chose de moderne, mais sans histoire, sans âme ? Ce serait une erreur, tu comprends ?

Maëlys serra la main, cachant les boucles, secoua la tête :

Ce ne serait pas juste !

Alors ne te rebelle pas contre Dieu, petite, à Lui reprocher la moindre chose en toi. Tout ce que tu as est exactement comme il doit être. Raconte-moi maintenant ce garçon qui trouble tant ton cœur. Qui est-il, doù vient-il, que fait-il ?

Mamie ! Comment tu as deviné ? Maëlys rougit à en perdre haleine.

Je sais tout, voyons ! ricana Marguerite. Tu oublies que jai été jeune aussi ?

La conversation séternisa jusque tard dans la nuit. Maëlys, peu à peu, sy ouvrit comme jamais, sentant que désormais, il y avait quelquun à qui se confier. Elle pouvait respirer à nouveau, se préparer au concours, rêver encore, sans cette peur collante qui lassaillait auparavant.

Le lendemain matin, elle surprit Marguerite en train de faire sa valise.

Tu pars où ?

Il est temps de rassembler les morceaux, Maëlys. Jai commis tant derreurs dans ma vie, surtout celle de briser lindissoluble. Jai besoin de voir ta mère.

Marguerite était si décidée que Maëlys nosa la contredire. Elle laida en silence à boucler les affaires et commanda un taxi pour laéroport.

Plus tard, assise dans sa chambre à enlacer Gustave, Maëlys tenda loreille aux voix étouffées de la cuisine. Elle avait une envie folle de descendre, de s’asseoir près de sa grand-mère, de prendre la main de sa mère, et de demander : alors, avez-vous arrangé les choses ? Mais elle savait quil ne fallait pas précipiter. La paix était encore fragile : mieux valait ne pas effrayer ce bonheur naissant. Si facile à briser, si dur à construire. Comme une œuvre dorfèvre.

Un an plus tard, Hélène se levant difficilement, sa main sur son ventre rond, regardera dans le miroir pendant que la maquilleuse ajuste la coiffure de Maëlys, replace une épingle et demande, douce :

Prête ?

J’arrive ! Je vais juste estomper un peu la richesse familiale ! Maëlys tourne vers la glace.

Elle sobserve, esquisse un sourire et se souvient du jour où elle a enfin demandé à Charles ce quil pensait de son physique.

Absolument parfaite, Maëlys ! Pourquoi cette question ?

La stupeur naïve de Charles la ferait presque pleurer de bonheur.

Un léger sourire, le tremblement dun cil, et ses bras frêles enlacent le musicien ébouriffé, tout juste couronné dun prix international.

Pour rien, mon amour. Pour rien…

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