Trésor de famille
Non ! Ne tente pas de me convaincre, maman ! Je vais le faire, tu ne me feras pas changer davis !
Ma petite Éloïse, pourquoi ? Dis-moi au moins pourquoi tu veux faire ça ?
Parce quil entre dans la pièce une minute avant moi ! Parce que je ne peux même plus me regarder dans le miroir ! Parce que je ne pourrai jamais mener une vie digne de ce nom ! Jamais de mari, jamais denfants ! Maman, tu comprends ?! Éloïse éclate en sanglots et lance sa brosse à cheveux vers le distrait Gustave.
Gustave, le chat, tiraille vigoureusement le coussin brodé de ses griffes pendant quil écoute la dispute dun air distrait. Ce coussin, quÉloïse avait brodé de ses mains, était censé être offert à sa grand-mère, mais une vieille querelle avait divisé la famille en deux clans, et le présent navait jamais pu atteindre sa destinataire. Les belles roses brodées sur le velours servaient désormais à Éloïse, victime parfois des assauts imprévisibles du chat turbulent de la famille Martin.
Cest Éloïse qui, un jour, avait sauvé Gustave des garnements du quartier à Lyon des garçons malintentionnés à qui il paraissait évident que cet animal sans collier nappartenait à personne. Éloïse, pourtant menue et frêle, nétait pas du genre à céder. On la connaissait avec ses partitions, toujours douce comme le voulait sa mère, mais son père avait tenu à ce quelle sendurcisse : Éloïse possédait une ceinture noire de karaté et une ribambelle de coupes rassemblées sur une étagère qui lagaçait à chaque ménage.
Éloïse détestait ranger, et voir la poussière se déposer inlassablement sur ses “grands exploits” la déprimait. Mais sa mère refusait de les cacher : ces trophées, assurait-elle, boostaient lestime de soi de sa fille.
Ce jour-là, la fine équipe sétait dispersée après avoir goûté à la rigueur sportive dÉloïse. Grâce à son intervention, Gustave, pitoyable chaton pelé à la queue dénudée, était devenu rapidement une superbe boule de poils, impertinente et câline, persuadée que sa maîtresse lui appartenait, et quelle saurait toujours le défendre. Il profitait du confort, acceptant parfois de se laisser gratouiller loreille en remerciement.
Le jour où Gustave trouva sa place au sein de la famille, Éloïse rentrait du conservatoire, exténuée. Elle préparait un concours, mais ses doigts, dordinaire agiles sur le piano, se rebellaient dès que son camarade Lucien entrait en salle.
Lucien, quelle connaissait depuis lécole primaire, puis au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, était devenu subitement un étranger à ses yeux. Après quelques mois sans se voir vacances dété, puis un voyage familial de Lucien leur retrouvaille la bouleversa. Dordinaire, elle laurait repoussée gentiment, mais lorsquil passa son bras autour de ses épaules en plaisantant, Éloïse se figea, submergée dun bonheur déconcertant. Elle nosait juste plus bouger, savourant la chaleur de sa grande main sur son épaule et ce sentiment grisant.
Ce nest quaprès que Lucien soit reparti, brandissant ses partitions et saluant son retour à la cantonade, quÉloïse sen voulut.
Imbécile ! Se faire ce genre dillusions, franchement !
Mais ce quelle avait ressenti ne voulait plus disparaître. Éloïse guettait Lucien du coin de lœil, rougissant quand il la regardait.
Entre désir daveu et peur panique, Éloïse souffrait en silence.
Se confier ? Impossible. Sa mère ne comprendrait pas, elle en était persuadée. Elle ne pouvait évoquer ce premier amour.
Sa relation avec sa mère, Florence, restait complexe. Elles saimaient dun amour passionné mais saffrontaient, ayant toutes deux des caractères bien trempés. Elles tentaient de ménager lautre, de ne pas blesser, mais ny parvenaient pas toujours ; alors, la maison plongeait dans un silence pesant, pas brisé de cris ou dassiettes cassées, mais de portes fermées en douceur.
Une destruction mutuelle civilisée, disait la grand-mère dÉloïse, avant la grande dispute qui avait fini par éloigner tout le monde.
Quelle sottise phénoménale ! ajoutait-elle encore.
Éloïse partageait ce point de vue mais était bien incapable denrayer la tradition familiale. Elle avait même pris lhabitude daller la première vers sa mère pour rétablir la fragile paix du foyer.
Elle savait lamour immense que lui vouait Florence, un amour presque maladif. Rien ni personne naurait jamais plus de valeur quÉloïse aux yeux de sa mère, qui aurait fait nimporte quoi pour la protéger quitte à la tenir en cloche, sous clé, loin du moindre danger réel ou imaginaire.
Florence protégeait Éloïse comme elle pouvait, si bien que sa fille ne connaissait guère que la maison, le conservatoire, ou de rares vacances en Bretagne ou en Provence en famille. Jamais de colonie, jamais damis autres que les enfants des amies « approuvées » de la mère. Ces « amis » semblaient tous étrangers à Éloïse. Elle ne voulait pas de ces fausses amitiés, pas parce quelle était difficile, mais parce que Séverine, par exemple, trouvait toujours le moyen de lhumilier avec de petits surnoms blessants, tandis que Simon, lui, avait décapité son ourson préféré dès le premier jour, lançant :
Cest bien fait pour lui !
Éloïse navait jamais compris pourquoi, mais à partir de ce jour, elle redouta Simon.
Hélas, ces enfants nont pas accroché ! Ils auraient fait un charmant couple !
Sa mère, souriante, tentait de la calmer, mais Éloïse, lucide, percevait la fausseté de la comédie.
Florence, laisse-la vivre ! grondait sa grand-mère, Madeleine, en accueillant sa petite-fille sur ses genoux. Donne-lui la liberté de choisir ! Sinon elle sen voudra toute sa vie !
Madeleine, arrête ! Éloïse est encore une enfant ! Elle na rien à décider. Cest moi qui choisis pour elle, tant que jen ai la responsabilité.
Tu verras, à force de faire delle ta chose, elle risquera de te haïr un jour
Ce dialogue, Éloïse ne lavait jamais oublié. À chaque tentative de prise en main trop ferme, elle lançait à sa mère :
Maman ! Je ne suis pas ta propriété !
Florence montait alors dans les tours :
Inutile de répéter ce quon entend ! Il faut penser par soi-même !
Justement, je pense ! et la maison retombait dans le silence.
La rupture avec Madeleine était venue après la fameuse “grande dispute”. Dans cette histoire, Éloïse ne voulait pas chercher à savoir qui avait tort. Tous y avaient mis du leur.
La grand-mère, bouleversée, avait lancé à Florence :
Tu aurais dû mieux gérer tes nerfs pendant la grossesse ! Quelle fragilité psychologique ? Quelle bêtise ! Il fallait penser au bébé ! Avec tous tes soucis de santé, tout laisser aller
Et Florence, qui sétait montrée insupportable avec ses caprices toute sa grossesse, pouvait réveiller toute la maison en pleine nuit, sanglotant :
Personne ne me comprend ! Cest inhumain !
Ni Éloïse ni son père ne comprenaient vraiment ce quil fallait faire. Ils marchaient sur la pointe des pieds, mais rien ny fit. Florence perdit son bébé après de longs mois. Ce fut un drame dont personne ne voulut vraiment rejeter la faute ; la douleur était trop forte. Seule Madeleine osa tout dire.
Il faudra un vrai spécialiste si tu tentes à nouveau. Pourquoi ne pas men avoir parlé ? Fierté, bêtise ou entêtement ? Résultat : tu en souffres, moi aussi. Tu as déjà une fille, cest précieux. Si tu veux un autre enfant, prépare-toi sérieusement !
Ce discours coûta cher à Madeleine, qui fit une crise dhypertension et repartit en ambulance. Florence, elle, ne lui pardonna jamais.
Le père dÉloïse tenta dabord de rétablir la paix familiale, puis il se résigna, constatant quon ne pouvait raisonner deux femmes aussi entêtées, et laissa passer le temps.
Ce temps parut interminable. Éloïse souffrait cruellement de labsence de sa grand-mère, mais évitait de contrarier sa mère, qui, détruite, se réfugia encore plus dans Éloïse.
Maman, pourquoi nas-tu plus essayé davoir un fils ? demanda-t-elle un jour. Sa mère ne répondit rien, et son regard dissuada Éloïse dinsister. Aborder ce sujet provoquerait assurément une tempête.
Madeleine aurait été la seule à qui Éloïse aurait pu confier son secret, mais elle était partie. Elle avait vendu son appartement parisien pour acheter une maison à Nice.
Ce sera plus facile pour tout le monde, avait-elle expliqué à son fils, désormais Éloïse savait que son père rendait visite à sa mère deux fois par an tandis que Florence laissait faire, mais refusait systématiquement demmener Éloïse :
Je ne veux pas quon la monte contre moi !
Éloïse trouvait cela injuste, mais elle aimait son père et compatissait pour sa mère, si bien quelle faisait tout pour préserver la relative harmonie de leur foyer.
Elle gardait précieusement une photo de Madeleine dans son roman favori et, lorsque sa mère avait le dos tourné, la contemplait en secret.
Le portrait était fascinant, presque bouleversant : comment un photographe avait-il pu réduire sur papier ce qui restait la « plus grande fierté » de la famille Martin ce fameux nez qui, à chaque reflet dans le miroir, arrachait des larmes à Éloïse ?
Un nez « remarquable ». “Étonnamment beau, disait-on dans la famille.
Mais pour Éloïse, le qualificatif restait « remarquable » : rien de beau dans cette protubérance dont elle héritait.
Il est énorme ! lança un jour Séverine, rencontrée brièvement après plus de dix ans, fascinée, voulant même toucher le bout du nez dÉloïse du bout de son ongle verni. Pardon, mais cest tellement drôle ! Un vrai Pinocchio ! Ça tempêche pas dembrasser, au moins ? Comment, jamais ? Tu plaisantes ?! Tu nas jamais eu de petit ami à ton âge ? Cest incroyable !
Éloïse eut envie de larracher à la chevelure parfaite de Séverine. De quel droit osait-elle lui parler ainsi ? Elles nétaient ni amies ni proches. Séverine habitait aujourdhui à Barcelone avec ses parents, ne revenant en France que rarement. Leur rencontre, organisée à la dernière minute par Florence contre la volonté dÉloïse, dépassait celle-ci.
Ma chérie, vous ne vous êtes pas vues depuis si longtemps !
Et cela aurait pu durer, maman
Éloïse ! Il le faut !
Pour qui ?
Pour toi, surtout ! Ne pose pas de questions. Tu me remercieras plus tard.
Évidemment, Éloïse remercia sa mère en pensées, dans les termes les plus choisis Mais après cet entretien avec Séverine, pour la première fois, elle prit une vraie décision de jeune adulte :
Je vais me faire refaire le nez.
Non ! Florence fixait sa fille, horrifiée. Je tinterdis ! Pourquoi ?
Cest inutile dinsister, maman. Papa a déjà donné son accord. Cest décidé !
Tu noserais pas murmura-t-elle à peine audible.
La discussion se termina en larmes, Florence senferma dans sa chambre, tourmentée, cherchant une solution. Elle leut la nuit venue, si évidente que cela la fit bondir : elle courut avertir son mari quelle avait besoin du numéro de Madeleine.
Le lendemain, Éloïse senvola pour Nice. Florence elle-même laccompagna à laéroport et, en la serrant fort dans ses bras, lui glissa :
On fait tant derreurs, ma fille. On perd tellement là où lon pourrait tant gagner Ne fais pas les mêmes ! Souviens-toi toujours, je tattends, je taime au-delà de tout, même si tu en doutes parfois.
Éloïse ne put que hocher la tête et, embrassant sa mère, monta dans lavion. Madeleine lattendait, et cétait sa priorité.
Madeleine accueillit sa petite-fille avec une telle chaleur quil fallut deux jours pour quelles se parlent vraiment, calmées.
Alors, Éloïse, quest-ce qui a fait de ta maman une vraie femme intelligente tout dun coup ?
Je ne sais pas Peut-être parce que jai décidé de mamputer du nez
Pourquoi donc ? Tu es très jolie ! Un peu de maquillage et ce sera parfait.
Toi aussi ! Je ressemble à un vrai Pinocchio.
Qui ta mis pareille bêtise dans la tête ?
Certains se sont crus malins
Pour ne pas pleurer, Éloïse songea à la sophistiquée Séverine, qui naurait, elle, jamais de soucis avec les garçons. Il lui semblait que tout lui était facile et quelle navait quà choisir.
Les gens qui se permettent publiquement de juger ton apparence nen sont pas vraiment, ma chérie. Il ny a pas didéal encore moins chez une femme ! Si tu me trouves une seule fille totalement satisfaite delle, le Guinness peut fermer boutique ! On nen verra jamais dautres !
Devrais-je envoyer ma candidature, alors ? Le plus grand nez ? Je suis sûre dêtre la première !
Attends ! Madeleine se leva élégamment et alla chercher un vieil album bleu marine.
Voilà !
Quest-ce que cest ?
Ceux qui ont trouvé bonheur et amour malgré le fameux trésor de famille. Tes ancêtres, Éloïse, ce nest quune partie des souvenirs Tu ne trouveras pas ici les photos de mes cousines mortes lors de la guerre à Lyon. Mais il y a Fanny, tu te souviens ? Elle a été sauvée grâce à une voisine héroïque, qui a gardé pour elle à la fois la fille et les bijoux nécessaires à sa survie. Fanny, chirurgienne célèbre, a sauvé dinnombrables vies et pourtant, pour opérer, elle exigeait quon lui prépare un masque spécial, adapté à son nez ! Regarde !
Une grande femme en maillot rit aux éclats sur la plage, sa main tenant un chapeau de paille, tandis quà côté delle, un homme semblait sortir dun magazine.
Cest oncle François ?
Oui ! Magnifique couple, Fanny a été si heureuse avec lui.
Mais il était malade, tu lavais dit
Oui, gravement même, les dernières années. Mais Fanny a tout sacrifié pour lui ; elle sest dévouée et elle laimait passionnément. Après son décès, elle na pas tardé à le rejoindre, convaincue quelle naurait pas pu vivre sans lui.
Quelle histoire
Oui, et Fanny nest quun exemple. Nos femmes ne changeaient pas de nom en se mariant, pour que la mémoire de leurs ancêtres ne se perde jamais. Ce nez, cest leur héritage, et aucune nen a jamais souffert. Toutes ont connu lamour, fondé une famille, eu des enfants, des petits-enfants Cest beaucoup.
Madeleine alla chercher dans son petit miroir une boîte à bijoux sculptée.
Il est temps, je crois. Tiens, Éloïse. Ceci tappartient, cétait de Fanny. Elle a partagé tout son trésor entre les filles de la famille, pour que chaque génération ait un objet-souvenir.
Les boucles doreilles quÉloïse découvrit étaient si jolies quelle en eut le souffle coupé, tout comme lorsquelle voyait Lucien.
Un chef-dœuvre de ton arrière-arrière-grand-père. Un joaillier exceptionnel, qui voyait la beauté partout il adorait la nature : cela transparaît dans toutes ses œuvres.
Ce sont des lys ? sexclama Éloïse en découvrant les pierres.
Oui ! Sa femme sappelait Lydie. Il les a créées pour elle. Elles se sont transmises de mère en fille, aujourdhui, elles sont à toi.
Mamie ! Cest un vrai trésor de famille !
Comme ton nez, ma chérie ! Imagine que je décide que ce bijou dartisanat est ridicule et démodé, que je le fasse fondre pour macheter un bibelot sans histoire ni âme ce serait une terrible erreur, tu ne crois pas ?
Éloïse serra précieusement les boucles doreilles, hochant la tête.
Tu comprends ? Il ne faut pas refuser ce que la vie ta donné. Tout est à sa place. Maintenant, raconte-moi ce garçon qui témoustille tant Qui est-ce ? Que fait-il ? Doù vient-il ?
Mamie ! Comment le sais-tu ? Éloïse rougit comme une pivoine.
Mystère ! ricana Madeleine. Tu crois que je nai jamais été jeune ?
La soirée sétira jusque très tard. Éloïse se confia longuement, sentant son cœur salléger, certaine désormais davoir retrouvé quelquun à qui parler sans peur et de pouvoir avancer dans la vie avec plus de sérénité.
Au matin, elle découvrit sa grand-mère qui rassemblait ses affaires.
Tu pars déjà ?
Il est temps de rassembler ce qui a été brisé. Jai trop longtemps laissé durer une erreur. Il faut que je voie ta mère.
La détermination de Madeleine était telle quÉloïse ne protesta pas. En silence, elle laida à préparer sa valise, commanda un taxi pour laéroport.
Plus tard, blottie contre Gustave dans sa chambre, Éloïse écoutait les mots étouffés de sa mère et de sa grand-mère à la cuisine. Elle aurait aimé les rejoindre, s’asseoir auprès d’elles, leur tenir la main et demander si enfin tout sarrangeait Mais Éloïse savait attendre. Bien que la paix ne soit pas encore parfaite, le chemin était rouvert. Le fragile bonheur familial commençait à renaître. Une délicate œuvre de joaillerie…
Un an plus tard, Florence, caressant son ventre arrondi, se lèvera, dès que la maquilleuse aura fini son œuvre, rectifiera la boucle doreille « lys » à loreille de sa fille, posera le voile dans la chevelure dÉloïse, et demandera en souriant :
Alors, tu es prête ?
Jy suis presque ! Juste une touche de poudre sur le trésor familial ! dira Éloïse, se tournant vers le miroir.
Un dernier regard, un sourire complice, se souvenant de la première fois quelle avait demandé à Lucien sil voyait un défaut à son visage.
Aucun ! Tu es parfaite, Éloïse ! Pourquoi tu demandes ça ?
Son étonnement était si spontané quÉloïse ferma les yeux de bonheur.
Un sourire léger, une étincelle sous les cils, les bras délicats enroulés autour du cou de son musicien ébouriffé, tout juste vainqueur dun concours international.
Comme ça, pour rien juste comme ça, mon amourLe photographe appela doucement le couple, les invitant à sapprocher sous la lumière dorée dun début de soirée dété. Autour deux, la famille réunie retenait un souffle ému. Lucien glissa la main dans celle dÉloïse, croisant son regard brillant démotion ; dans leur reflet dans le miroir, elle se reconnut tout entière entièreté faite de doutes, de force et de transmission. Dans la foule, Madeleine savance, portant fièrement le nez des Martin et la joie de la réconciliation retrouvée. Florence, émue, enlace sa mère dun geste discret mais profond.
La voix claire dÉloïse sélève alors, limpide, dans le bourdonnement de la fête :
Ce que je préfère aujourdhui, cest être à ma place, entourée de ma famille, avec tout ce quelle ma laissé : ses blessures, ses rires, ses trésors et son nez !
La salle éclate de rires joyeux. Lucien lembrasse brièvement, tandis quEloïse, fière, relève la tête et laisse la lumière accrocher la courbe de son héritage.
Dehors, sous les platanes dun jardin familial baigné de soleil, Gustave bondit dun coussin à lautre, un ruban blanc attaché autour du cou. Les éclats de voix, les accords de piano et la chaleur du bonheur retrouvé sélèvent jusquaux derniers rayons du soir.
Éloïse ferme les yeux, portée, pour la première fois, par la conviction quêtre soi-même est le plus précieux des trésors, et que parfois, la clé du bonheur se cache exactement là où lon pensait trouver la gêne.
Et dans lalbum bleu marine, sur une toute dernière photo, on devine un nouveau sourire, large, confiant, prêt à commencer lhistoire suivante.