Le prix du second souffle
Tu vois, un soir, Clément se tenait face à Camille, lair penché vers elle, essayant tant bien que mal de la pousser à tout lui raconter. Il sefforçait dêtre doux, caressant presque dans sa voix, comme sil craignait de faire fuir sa femme à la première parole de travers.
Dis-le-moi simplement, sil te plaît ! Je te promets que je ne vais pas ménerver, lança-t-il. Mais son regard, lui, transportait toute autre chose. Camille frissonna malgré elle ; dans le fond de ses yeux, elle revoyait cette fameuse ombre cette suspicion familière qui lui donnait la chair de poule. Surtout que tu sais, à cette époque on était séparés, ajouta-t-il tout bas.
Camille soupira fortement, puis se mordilla la lèvre. Un agacement couvait en elle elle nen pouvait plus, de ce manège ! Chaque jour, la même question, les mêmes doutes Elle tenta de se contenir, mais ses émotions débordaient.
Rien. Il ny a rien eu ! Tu peux arrêter de me reposer la question chaque jour, lança-t-elle, plus sèchement quelle ne laurait voulu. Une petite voix acide au fond delle lui murmura : pourquoi, pourquoi ai-je accepté ce fameux nouveau départ ? Tout le monde lavait prévenue que les hommes comme Clément ne changent que rarement. Mais elle voulait croire en la force de leur amour, à la possibilité dun futur réparé, quitte à balayer les conseils des proches.
Dun coup, le ton de Clément vira du tout au tout. La douceur sévapora, laissant place à un agacement sec quil n’essayait plus du tout de masquer.
Je peux toujours demander à Manon, insista-t-il. Notre fille me mentira pas, elle.
Les mots claquèrent comme une gifle. Camille sentit son visage senflammer, sa voix grinça de colère :
Vas-y ! Mais oublie pas quelle a cinq ans et quelle a passé lannée avec une nounou différente chaque semaine ! Fallait bien que je travaille pour remplir le frigo, tu penses ! Quest-ce que ça peut bien te faire, avec qui jai parlé, qui jai croisé Tu dépasses les bornes, Clément ! Je suis déjà partie une fois, tu crois que je pourrais pas recommencer ?
Clément resta figé, surpris par cette réplique. Un instant, il parut désemparé, puis, raillant, il lâcha :
Et tas largent pour reprendre le train ?
Mais en voyant Camille pâlir, il se ravisa aussitôt, comme piqué au vif :
Pardon, cest pas ce que je voulais dire. Cest juste que ton obstination métonne. Je te lai dit, la jalousie, cest fini. Tu pourrais au moins essayer dy croire.
Sans réfléchir, Camille attrapa le premier coussin du canapé et le lança sur Clément qui filait déjà vers la sortie ; cest son orgueil, plus que son corps, qui en fut touché. Il ouvrait la bouche pour riposter, mais cest là que Manon parut dans lencadrement de la porte.
La petite, trop mignonne dans sa robe rose à volants, fila vers son père, les bras grands ouverts, le sourire radieux. Elle saccrocha à sa jambe, débitant mille mots à la minute :
Papa, papa, tes revenu ! Tu mas trop manquée !
Clément jeta à sa femme un regard triomphant Tu vois qui ta fille préfère puis son visage se radoucit subitement. Pour Manon, il retrouva toute la tendresse du monde, déposant sur elle un regard ouvert et un ton devenu incroyablement doux :
Viens, ma puce, on va jouer tous les deux, murmura-t-il en la soulevant dans les airs, déclenchant un éclat de rire chez la fillette. Laisse maman tranquille, elle a bien besoin de souffler.
Camille était appuyée contre lévier, doigts crispés sur le torchon, blanche jusquaux jointures. Une boule damertume lui serrait le ventre : Formidable, maintenant il la monte contre moi aussi ! Elle dut lutter pour ravaler ses larmes. Ça suffit. Il fallait partir.
Dans sa tête, le plan était clair. Dans une semaine, elle recevrait enfin son certificat de formation les cours de perfectionnement étaient terminés. Dès le diplôme en main, elle prendrait son billet. Vers où, peu importait, limportant cétait ailleurs. Clément pensait quelle n’avait pas un sou ? Grossière erreur. Aujourdhui, il suffisait dun bon CV et de quelques clics sur Pôle Emploi pour trouver du boulot à distance, des offres, y en a à la pelle.
Elle lâcha le torchon, sapprocha de la fenêtre et scruta la rue animée : les gens filaient, les voitures roulaient, les vitrines silluminaient pour la nuit qui tombait.
Au moins, Paris a cet avantage : ici, les diplômes ouvrent toutes les portes. Dans nimporte quelle ville, tu peux te recaser, marmonna-t-elle.
Elle se sentit soudain plus légère. Pour la première fois depuis longtemps, lespoir remplaçait la détresse. Il ne restait quà ramasser ses affaires, attendre le diplôme, et ouvrir un tout nouveau chapitre
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Pourquoi avait-elle donné une seconde chance à Clément ? Camille nen savait rien, au fond. Il avait été tellement convaincant : il avait juré quil avait changé, quil ne referait jamais les mêmes erreurs et deviendrait le meilleur père, le meilleur compagnon du monde. Il avait les yeux brillants, la voix pleine démotion Elle avait voulu croire à la renaissance, elle avait rêvé de promenades en famille dans les allées du Parc Monceau, de fêtes réunissant leurs proches, de projets à partager.
Mais ces grands discours navaient pas résisté. Le premier mois, il était parfait aidait avec Manon, préparait à dîner, souriait au retour de Camille après son travail. Puis, tout était revenu comme avant : soupçons, contrôles, questions à répétition : Tétais où ?, Pourquoi si tard ?, Cétait qui au téléphone ?.
Leur premier divorce ? Jamais de tromperie, ni de lun ni de lautre. Mais la jalousie, elle, sétait incrustée. Clément nétait pas simplement jaloux : cétait maladif. Impossible de travailler un bureau, il y a forcément des collègues hommes. Impossible de voir ses parents sans lui leur voisin est célibataire, donc suspect. Tu parles, il lui tient la porte deux fois et tu dis que cest anodin ?! ironisait-il alors.
Sorties entre copines ? Vite oubliées. Au début, Clément faisait la tête, puis il pestait ouvertement :
Tes copines, cest pour draguer et batifoler, tu les connais ! pourfendait-il dès que Camille demandait un café. Elles nont que ça en tête.
Elles sont libres, cest leur choix ! répliquait Camille, blessée pour ses amies qui voulaient juste discuter, sortir souffler un peu. Elles aussi ont le droit de chercher lamour !
Quelles filent le mauvais exemple, mais loin de ma femme !, achevait Clément, les bras croisés.
À la longue, ses copines se firent rares, puis disparurent. Camille tenta de leur expliquer Cest quoi ce délire quil tinterdit de sortir deux heures ? rétorquaient-elles, incrédules. Elle finit isolée, sans confidentes, éloignée de ses parents, sans collègues, seule avec sa gamine qui demandait tout son temps.
Un soir, au dîner, Clément lança soudain :
Faudrait penser au deuxième !
Camille eut la cuillère suspendue. Ça faisait un quart dheure quelle suppliait Manon davaler trois cuillerées de soupe. La petite boudait, puis avait renversé son bol en rigolant. Camille ménageait ses nerfs, épuisée. Clément, voyant son état, lâcha ça, comme si de rien nétait. En elle, une colère sourde monta : proposer un deuxième enfant alors quelle galérait déjà à tenir debout
Tas repris du temps libre, à ce que je vois, continua-t-il. Et puis, tas parlé à ta sœur, tu penses à une formation À quoi bon ? Tu ne vas pas vraiment travailler.
Camille sentit sa gorge se serrer. Lenvie dapprendre, de se projeter, la portait, cétait tout ce qui lui restait.
Jai droit davoir des projets, non ? murmura-t-elle les larmes à fleur de paupière.
Justement, ça toccupera. Le jour où tauras un fils, tu penseras plus à des bêtises, conclut Clément, déjà convaincu.
Camille encaissa. Pas question de se risquer à une nouvelle grossesse : il fallait se protéger, monter un plan, trouver une issue pour elle et Manon. Une chose était certaine : elle ne pouvait pas continuer ainsi.
La goutte de trop, ce fut linterdiction daller à lanniversaire de son frère : Non, trop dhommes étrangers, cest dangereux. Elle eut beau expliquer que ce serait de la famille, Clément refusa den entendre plus.
Alors, elle craqua.
Profitant dun jour où Clément était au boulot, Camille empaqueta tout en vitesse : vêtements à elle, à sa fille, jouets, papiers. Elle appela son frère, qui saisit la détresse sans un mot de trop et débarqua, camionnette de location incluse, pour leur filer un coup de main.
Le déménagement fut discret, tout sest fait presque en silence. Camille laissa un mot sur la table de la cuisine : Pardon, mais cest plus possible. Manon a besoin dun environnement calme.
Le soir même, elle entamait la procédure de divorce.
Le tribunal, bien sûr. Clément exigea un délai de réflexion, se comporta comme un rustre, la traitant de mère indigne, dégoïste, accumulant les coups bas. Une juge, la soixantaine fatiguée, linterrompit plusieurs fois, insista pour écouter Camille. Au vu de lattitude de Clément, elle refusa le délai et prononça le divorce sur-le-champ.
Je ne vois pas comment sauver ce couple, déclara-t-elle. Je vous souhaite beaucoup de courage, madame. Vivre cinq ans ainsi mérite le respect.
Un hochement de tête de Camille, et elle sentit un vrai soulagement pour la première fois depuis longtemps.
Après le divorce, Camille rentra chez ses parents, trouva un boulot, et redécouvrit petit à petit le bonheur. Le déménagement avait relevé de lexploit : cartons, trajet avec Manon, explications douloureuses Mais dès quelle franchit la porte de la maison de son enfance, cétait comme si toute la tension sétait évaporée.
Elle sinscrivit à une formation de graphiste un vieux rêve quavant, Clément jugeait inutile. Maintenant, elle découvrait la retouche dimages, les couleurs, les polices, se lançait dans ses premières esquisses, prenait cent idées à la volée. Pouvoir apprendre la galvanisait.
Peu à peu, elle se fit confiance, rencontra de nouvelles têtes : copines de formation, collègues, mamans du square Elle sortit même boire un café avec un voisin : rien de sérieux, mais pour la première fois, elle sentait la liberté. La vraie. Plus rien à prouver juste respirer, sourire, profiter.
Le soir, elle aimait sinstaller sur la terrasse fleurie des parents, un grand mug de tisane parfumée à la main. Manon jouait avec ses cousins, riait, courait dans lherbe, nourrissait les pigeons Camille la regardait vivre, le cœur apaisé.
Cest ça, la vraie vie, se disait-elle à chaque gorgée. Pas de cris, pas de doutes, juste de la légèreté et du bonheur simple.
Elle se remit à y croire : finir la formation, tenter quelques commandes de design, peut-être louer un petit deux-pièces pas trop loin des parents Mais, un an plus tard, Clément refit surface.
Camille faisait son marché, choisissant des pommes pour une tarte. Elle jaugeait chaque fruit, tripotait la peau, nachetait que les plus rouges, bien fermes. Autour, leffervescence du marché parisien, les vendeurs qui alpagaient, les ménagères qui marchandaient : tout ce petit théâtre rassurait Camille.
Tout à coup, elle sentit un regard dans son dos, de ceux qui glacent. Elle se retourna. Clément était là, à quelques mètres, près des étals de légumes.
Il avait changé, amaigri, visage tiré, cernes profondes. Vêtu un peu trop large. Mais lintensité de ses yeux restait identique : scrutateurs, comme sil devinait ses pensées.
Camille, souffla-t-il en sapprochant doucement. Sa voix était étonnamment timide, presque fragile. Je tai cherchée.
Camille recula vivement, serrant son panier à provisions comme un bouclier improvisé, la main tremblante.
Pourquoi ? demanda-t-elle, tentant dêtre stoïque mais la gorge serrée.
Jai changé, poursuivit Clément, sarrêtant à deux pas, prudent. Tu étais ce que javais de plus précieux. Jarrive pas à avancer sans vous.
Un flot de souvenirs lenvahit : leur premier slow sous la pluie, Manon découvrant un arc-en-ciel depuis sa poussette, les soirées dhiver à lire des histoires près du poêle, Camille tricotant non loin du duo Une douce douleur monta dans sa poitrine.
Laisse-moi une chance, murmura Clément, sincère. Rien quune. Je te jure que je peux changer, être différent.
Par je ne sais quel miracle, il réussit à la convaincre de sonder sa sincérité. Et puis, Manon, elle, réclamait son papa jour et nuit : elle posait sans cesse la question, devenait plus renfermée, ne riait presque plus. Camille avait découvert dans un cahier des dessins où la fillette avait esquissé la famille réunie. Difficile, forcément
Alors elle consentit à tenter le coup, mais avec des limites très claires : pas de remariage, pas avant longtemps, et surtout une liberté totale pour elle famille, travail, amies. Elle le fixa bien droit :
Pas question de retomber dans les mêmes travers. Je fréquente qui je veux, je travaille, compris ?
Oui, oui, promit Clément, un peu trop empressé. Tout pour te rassurer !
Et il les emmena au bout de la France. Au début, Camille se réjouit : nouvelle ville, nouveau départ Mais peu à peu, elle comprit son petit jeu ici, elle était seule, sans réseau. Plus damies, plus de proches, tout resté à Paris. Les horaires faisaient que même ses parents, elle les joignait rarement, toujours avec Clément par hasard dans la pièce :
On appelle ta mère ce soir ? Il sera midi chez eux… Ou sinon on attend dimanche ?
Il traînait tout le temps, sinvitait dans chaque coup de fil, posait des questions insidieuses. Et le pire : il sétait mis en tête quelle avait eu quelquun pendant leur séparation. Cette pensée le rongeait.
Avoue, tas rencontré quelquun, hein ? Je promets, je me fâcherai pas. Dis-le juste.
Camille avait beau sexpliquer elle navait fait que bosser et soccuper de Manon rien ny faisait.
Je vois bien, tu nes plus la même, répétait-il. Y a eu un homme, hein ?
Il fouillait son téléphone, épiait ses appels, linterrogeait à chaque passage du facteur ou du voisin :
Tu discutais de quoi ? Tu rigolais pourquoi ? Quil ta dit ?
Camille tentait le calme : cétait le livreur, la voisine part en vacances Mais Clément ricanait, y voyait des complots partout.
Un soir, une dispute éclata alors que Manon dormait.
Tu textos qui encore ? balança Clément, arrachant le portable des mains de Camille alors quelle répondait à un message de Sophie. Cest ton amant ?
Rends-le-moi ! cria-t-elle, prête à mordre. Cest Sophie ! On sorganise pour un goûter au parc, je ten ai déjà parlé !
Une amie, tu parles Alors à quoi servent les émoticônes ?
Mais tes malade !, hurla-t-elle presquen chuchotant pour ne pas réveiller Manon. Tu pourrais pas, un jour, ME faire confiance ? Je croyais en toi, jespérais un changement ! Mais tu restes pareil : à fouiller, à douter… Tu métouffes !
Clément demeura debout, crispé, serrant le mobile. Un instant penaud, puis de nouveau fermé :
Si tas rien à cacher, montre-moi vos messages.
Non, répliqua-t-elle franchement, gardant lappareil contre elle. Terminé, je tavertis : plus de contrôle, plus dinterrogatoire. On devait tout réinventer, tu recommences !
Où tu vas aller ? grinça-t-il, sapprochant, une menace dans la voix. Tas nada, pas de job, même pas de quoi louer un studio !
Tu te trompes, répondit Camille, redressée, le menton haut. Une assurance nouvelle gonflait sa voix, une énergie née de toutes ces épreuves. Jai terminé ma formation en graphisme, jai un book, et Sophie ma déjà filé des premiers contacts. Je nai plus peur. Jy arriverai, seule sil le faut.
Soudain, la voix endormie de Manon retentit depuis la chambre :
Maman ? Tu cries pourquoi ?
Camille courut retrouver sa fille, sagenouilla près delle, lenlaça, les joues noyées dans les cheveux soyeux, la berçant doucement.
Cest rien, mon trésor, murmura-t-elle avec tendresse. On part bientôt à laventure, toi et moi. Là où le soleil brille, avec de lherbe partout et des balançoires pour tamuser à volonté. Taimerais ?
Manon sourit, hocha la tête et se serra contre sa maman.
Clément, planté sur le pas de la porte, paraissait perdu, comme sil réalisait enfin que Camille pouvait vraiment partir.
Tu vas vraiment ten aller ? balbutia-t-il, la voix sans violence, juste incrédule.
Oui, affirma doucement Camille, caressant le dos de sa fille tout en soutenant le regard du père. Cette fois, cest pour de bon. Manon et moi, on a besoin de douceur, de sécurité. Et ça, avec toi, cest impossible.
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Clément chercha à la retenir, oscillant entre accès de colère, promesses pleines de larmes, menaces voilées. Mais Camille tint bon, inébranlable jamais plus elle ne céderait. À chaque tentative de contact, elle répétait simplement : Cest terminé, cest ma décision, cest irrévocable.
Au début, Manon souffrit beaucoup de la séparation. Elle posait des questions, demandait son papa, pleurnichait parfois contre lépaule de sa mère. Camille fit tout pour lentourer damour et distraire sa peine : elle leur trouva un joli appart près du parc des Buttes-Chaumont, grand, lumineux, avec vue sur les arbres. Décorer la chambre de Manon, choisir des coussins colorés, installer une étagère à peluches, tout cela leur fit du bien.
Rapidement, Camille inscrivit sa fille à un atelier de dessin à deux rues de là. Manon accepta volontiers : elle adorait crayonner. À la troisième séance, elle sétait déjà fait deux copines. Elles riaient, partageaient leurs pinceaux, rêvaient de leurs futures œuvres. Peu à peu, Manon pensait moins aux disputes davant, goûtait aux joies toute simples.
Au début, Clément appelait chaque soir. Il voulait faire bonne figure, senquérir de la journée, des dessins, des jeux Manon racontait, parlait du parc, de ses copines, de ses coloriages. Puis les appels espacèrent ; un jour sur deux, puis deux fois par semaine, puis quelques messages rapides : Bonne journée ma princesse !, et un virement dune cinquantaine deuros à peine tout juste de quoi payer les crayons de latelier.
Clément avait pigé : la manip par lenfant nopérerait plus, Camille restait inflexible et Manon saccoutumait.
Camille, elle, reprenait enfin son souffle. Pour la première fois depuis des années, elle se sentait légère. Le soir, elles partaient toutes les deux nourrir les canards au parc, ramasser des feuilles dautomne, faire voler le cerf-volant flambant neuf de Manon. Voir sa fille galoper, sourire, lui montrait chaque jour quelle avait fait le bon choix.
Trouver sa place, un travail, construire leur cocon avait demandé du courage Mais la paix, la liberté valaient tous les sacrifices. Enfin, elles vivaient dans un monde à elles, sûr, joyeux, plein de promesses. Et dans ce monde-là, il ny avait plus de place pour la peur, la suspicion ou la rancœur.