Le Lutin de la Maison

Le Lutin du Foyer

Julien, cest toi qui as rangé la cour ? demanda Amélie en posant la main sur lépaule de son fils.

Le garçon sursauta, arracha son casque audio. Les monstres continuaient de sécharper sur lécran, mais Julien ny prêtait déjà plus attention.

Hein, quoi, Maman ?

Je te demande : tu es rentré tôt de lécole aujourdhui ?

Juste là, oui.

Alors qui a tout nettoyé dehors ?

Jen sais rien, peut-être Manon ?

Amélie sourit. Sa petite fille de trois ans était bien débrouillarde, certes, mais de là à venir à bout de la cour, on en était encore loin.

Quelle plaisanterie !

Ben alors, cest le lutin du foyer, Maman !

Évidemment ! Le même ! Sacré bavard, va ! Allez, sois utile : va chez Mamie et ramène Manon à la maison. Elle séternise. Moi je commence le dîner. Tu as faim ?

Grave ! On a bouffé des pains au lait à la cantine, mais cétait après le deuxième cours. Dis, Maman, cest quand quon passe enfin en matinée au collège ?

Aucune idée, mon grand. Aucune nouvelle là-dessus. Lécole est bondée.

Bah, au moins, je peux dormir le matin. Comme toujours, Julien avait lart de relativiser.

Amélie lembrassa sur le sommet du crâne et, alors quil tentait de lui échapper, lui tira loreille avec la tendresse rituelle avant de séclipser en direction de la cuisine.

Les ados…

Treize ans, déjà persuadé dêtre un homme, mais… il se fige à chaque fois que les lèvres dAmélie effleurent ses cheveux sombres, drus comme ceux de son père.

Ses enfants, Amélie les voyait comme le jour et la nuit. Julien, brun, les yeux aussi bleus que la mer et déjà grand pour son âge, ressemblait à Pierre, son père, comme deux gouttes deau aussi bien physiquement que dans lesprit. Le caractère prenait forme : entêté, consciencieux, généreux… Bon, daccord, peut-être quil navait pas rangé la cour, mais la vaisselle, cétait pour lui ; et le sol de la cuisine brillait encore ! Où trouver un pareil allié ? À part peut-être quand Manon grandira…

Manon, cétait le miracle dAmélie. Presque dix ans quelle espérait sans trop y croire, quelques soucis après la naissance de Julien avaient failli lui ôter cette chance. Mais ce petit rien, ce fut assez pour que leur fille arrive. Toute blonde, des bouclettes toutes fines, les mêmes yeux bleus que Julien. Dune douceur… Elle venait se coller à sa mère ou à son frère et attendait en silence.

Manon, tout va bien ?

Et la chambre séclairait dun sourire enfantin. Personne au monde ne souriait comme sa fille, Amélie en était certaine. Pourtant ce sourire la réchauffait autant quil la blessait cétait le sourire de Pierre. Qui nétait plus là

Amélie aurait voulu hurler de douleur, mais impossible, pas devant les enfants.

Son mari, pompier, sauvait des vies, éteignait les incendies. Il avait sauvé une famille entière lautre jour, les Duval le père, la mère, trois petits. Il était retourné chercher la grand-mère. Elle refusait de partir sans la chèvre, et là, cétait trop tard. Le piège de feu avait claqué.

Amélie le sut avant tout le monde. Le cœur qui se serre, douleur terrible elle avait arraché une Manon mécontente de sa poitrine, crié à sa belle-mère Françoise, venue aider quelques jours avec la petite :

Maman, prenez-la ! Je dois passer un coup de fil !

Elle avait alors foncé en voiture au village voisin où travaillait Pierre, sans sentir son tee-shirt trempé de lait, les mains crispées sur le volant.

Comment elle a tenu le coup ? Mystère.

Les enfants ont aidé. Julien ne la lâchait pas dune semelle.

Julien, viens, je vais te coucher, chuchotait Françoise, épuisée, mais qui ne lâcha jamais Amélie. Elle la forçait à manger, apportait Manon pour téter.

Je reste avec Maman ! Julien secouait la tête, collant sa paume à la joue dAmélie. Mamie, pourquoi elle a les mains si froides ?

Amélie garde de tout ça des souvenirs flous. Comme quand elle fit les valises en jetant hâtivement les jouets et les affaires des enfants.

Je ne peux plus vivre ici… À chaque bruit de porte, jai limpression de voir Pierre rentrer en criant, comme toujours : Cest moi !

Tu as raison, Amélie. Venez chez moi, ça ira mieux. On avisera après.

Non, maman. Pas même chez vous. Tout me rappelle Pierre, cest trop dur… Jirai dans la maison de Grand-mère.

Mais enfin ! Ça fait des années que personne ny a mis les pieds. Ce nest pas possible demmener les enfants là-bas !

Il suffit de refaire un peu de ménage. Et vous serez près dici, jaurai besoin de vous.

Bien sûr, je ne vais pas vous laisser tomber ! Il ne reste plus que vous…

Pas maintenant, maman. Je craquerais Faut quon avance, veillez sur Manon, je termine les valises. Julien na rien mangé. Il ne mange plus quavec moi, mais moi, jai même plus faim.

Ce nest pas bon, ça ! gronda Françoise. Tu es la maman ! Si tu tiens la route, ils iront bien aussi. Sinon, quest-ce quils vont devenir ? Je pourrai pas assurer à leur place, je te préviens ! Prends soin de toi.

Amélie serra les mains de sa belle-mère, les embrassa vite, puis replongea dans les sacs. Fuir, voilà ce quil fallait ! Le bonheur qui régnait dans ce petit appartement nexistait plus, demeurer entre ces murs pleins de souvenirs lui était insupportable

La maison de Grand-mère laccueillit fraîchement. Elle sen voulut aussitôt. Cest elle qui lavait laissée à labandon, happée par une nouvelle vie.

Elle parcourut les pièces, caressa du bout des doigts le vieux buffet surmonté dun napperon brodé, ouvrit les fenêtres à lair froid de lautomne.

Maman, occupez-vous des enfants, je reviendrai donner le sein à Manon.

Tu es sûre de tenir toute seule ?

Oui, bien sûr

En fait non. Une demi-heure plus tard, on frappa. Sur le seuil, sa copine denfance, Marie.

Tu aurais pu prévenir, mdame la Fière ! Où sont les torchons ?

Marie avait toujours été la meneuse du duo. Rigolote, pipelette mais une tornade quand il fallait aider les siens.

Amélie, savonneuse, sessuya les mains pour étreindre gauchement son amie.

Salut…

Salut ! Et les gosses ?

Chez maman.

Bien, bouge-toi ! Ou tu comptes dormir chez elle ce soir ?

Non, je dors ici.

Bon, alors, on sactive !

Marie se dégagea de létreinte, cherchant une bassine deau.

Marie ! Amélie eut un hoquet en voyant son amie.

Quoi ? Ah oui, ça. Eh oui !

Depuis quand ?

Février. Tu taffoles pour rien. Je suis enceinte, pas malade.

De qui ?

Tu ne devines pas ? Marie sempara du chiffon et frotta un rebord. Quel bazar, ce coin !

Thibault ? Mais, il est

Parti, oui. Je serai maman solo. Oublie ! Je raconterai plus tard.

Il reviendra ?

Thibault ? Non. Il préfère la liberté. Tant pis. Je vais avoir un fils. Ou une fille…

Tu ne sais pas encore ?

Non, ça se planque. Mais peu importe. Cest MON bébé, Amé !

Amélie savait ce que ça représentait pour Marie. Son premier mariage avait capoté à cause de la soi-disant stérilité attribuée à Marie. Toute belle-famille sétait liguée contre elle, compatissant avec le pauvre Jacques.

Pas de chance, Jacques, elle est bien jolie ta femme, mais elle ne rapporte rien, la pauvre.

Au départ, Marie pleurait dans son oreiller, voulait se justifier, puis ras-le-bol, elle divorça.

Mieux vaut rien que davoir un mari qui ne te défend pas.

Jacques épousa promptement une autre, et là, surprise : la vraie cause, cétait lui. Diagnostic, traitements, un fils puis une fille plus tard, plus de mystère. Marie, de son côté, avait pardonné, se sentant même reconnaissante que la vie lait conduite ailleurs et lui ait offert, enfin, ce bonheur-là. Thibault était parti dès quil avait appris la grossesse, mais peu importait. Fini la Marie timide.

Le ménage dura jusquau soir. Mais ça en valait la chandelle. La maison revivait, clignaient ses vieux volets, murmurait, enfin réveillée.

Assise à la table, Marie, lessivée mais souriante, regarda Amélie préparer le thé.

Comme tout file, pensa-t-elle…

Elles venaient attraper les chaussons encore brûlants pour filer nager dans la rivière, sous les imprécations de la grand-mère dAmélie :

Ah, les diablotes ! Incapables de manger dans les règles !

Elles répondaient en agitant la main :

Dans une heure !

Une heure qui séternisait jusquau soir… Les filles retrouvaient Grand-mère dans le jardin quand la chaleur tombait, prenaient une bêche, aidaient autant quelles pouvaient. Pas facile de tout gérer seule, surtout en travaillant à la laiterie !

Grand-mère avait un vaste élevage. Pas le choix, il fallait élever Amélie. Le père, parti refaire sa vie en ville, lui laissa la petite et basta. Quand il eut un autre enfant, Grand-mère décida demmener Amélie à la ville. Elles y restèrent peu. À trois ans, Amélie comprit juste que Grand-mère repartait. Le voyage sétait fait sans un mot, Grand-mère essuyant parfois discrètement une larme.

Grand-mère disparut quand Amélie eut dix-huit ans. Elle venait juste de rencontrer Pierre, en plein tourbillon amoureux, ne voyant pas la santé de la vieille dame décliner.

Ce nest quun bruit étouffé en pleine nuit qui la réveilla.

Mamie, ça va ?

Trois mois à dire lessentiel, puis plus rien.

Grand-mère, pourtant, eut le temps de faire une ultime chose décisive. Elle appela la mère de Pierre au chevet et força Amélie à sortir. On ne sut jamais ce quelles se dirent, mais ce jour-là, Amélie gagna une mère. Depuis, elle appela Françoise Maman, bien avant son mariage.

Je peux avait-elle timidement demandé, soulagée de voir la belle-mère acquiescer.

Elle nosait pourtant en parler à personne, hormis peut-être à Grand-mère. Mais avec Françoise, cétait pareil.

Entre Françoise et Amélie, jamais une dispute, ni même lidée den avoir une. Les conseils tombaient, fermes mais bienveillants. Pourquoi se crêper le chignon, après tout ? Les vraies familles, cest celles du cœur, Amélie en était convaincue.

Question parenté, elle savait à quoi sen tenir ! Après la disparition de Grand-mère, surgit tout un cortège de la parentèle citadine : le père dAmélie, sa belle-mère et la mère de celle-ci.

Jolie petite maison. Solide. Ça se vend bien.

Une grande femme sonore, inconnue dAmélie, se baladait dans le jardin en grimacant.

Bon sang, cest mal entretenu ! Faut mettre ça au propre, cest par là quon appâte les acheteurs.

Quels acheteurs ? Enfin, Amélie se réveillait et tremblait.

Tout ce qui avait suivi les funérailles sétait passé hors du réel. Elle faisait semblant de manger, de faire des choses, sarrêtant parfois, à lécoute. Un cauchemar, sans doute, doù Grand-mère surgirait, maniant son torchon en râlant :

Tas fini de courir ? Viens donc maider à laver les pots !

Quels acheteurs ? relança la belle-mère du père dAmélie, la bretelle de sa robe glissant sur une épaule, peau toute blanche. Amélie eut la nausée. Ceux qui achèteront la maison !

Amélie ne répondit pas. Elle fila derrière la remise, la bouche serrée. Quand elle revint, Françoise était là.

Dégagez ! Immédiatement !

Pour qui vous prenez-vous ? Et de quel droit ?

La maison appartient à Amélie, il y a une donation. Les papiers sont en règle, je les ai aidés à les faire. Elle a aussi lépargne, tout est clair. Vous navez rien à faire ici, on ne dépouille pas une orpheline !

La tempête évitée, Françoise traîna Amélie dans sa chambre, retira son t-shirt sale.

Pleure pas ! Je ne laisserai personne te faire du mal, jai promis à ta grand-mère. Mets mon peignoir et repose-toi. Je tapporte du thé. Après, on verra.

Le père dAmélie, elle ne le revit quà son mariage. Elle ne lavait même pas invité. Il débarqua tout seul.

Les invités samusaient à faire tourner Pierre en bourrique pendant quAmélie riait aux éclats, regardant son mari tenter demmailloter une poupée géante. Quelquun lui toucha lépaule, elle se retourna, encore hilare.

Bonjour, ma fille…

Amélie fut prise au dépourvu. Le père, muet, lui fourra des clés dans la main, serra ses doigts.

Pardonne-moi ! Les papiers sont chez Françoise. Sois heureuse !

Et il disparut aussitôt.

Lappartement offert par son père était petit mais douillet : deux pièces, grande cuisine. Pourquoi bouger de la maison de Grand-mère ? Amélie ne comprenait pas

Amé, tu seras mieux ici. Après tout, cest la ville ! Plus doptions, il faut penser à tes études.

Françoise, ayant inspecté les lieux, sinstalla sur la cuisine, ravie. Cétait elle qui avait réussi à convaincre le père dAmélie, après tout.

Bah, mais quand ? Amélie sourit à demi.

Hé oui ! Je suis enceinte, déjà. Je ne lai même pas dit à Pierre.

Je taiderai. Poursuis tes études, tu as la tête bien faite, ce serait du gâchis.

Amélie termina sa licence à luniversité du coin malgré les difficultés Françoise gardait Julien, le ravitaillait.

On souffla quand Amélie trouva un boulot et Julien entra à la crèche.

On file à la mer ! Pierre riait, les oreilles bouchées, en voyant ses deux femmes sauter de joie.

Leur seul et unique séjour au grand air. Amélie et Pierre nageaient sans fin, surveillant du rivage Julien qui bâtissait des châteaux sous le regard de Françoise. Le soir, ils se promenaient longtemps sur la jetée, jusquà ce que la nuit étoilée les enveloppe.

Un soir, Pierre resta au bord pour surveiller Julien sur le manège pendant quAmélie et Françoise flânaient.

Au bout de la jetée, un couple sengueulait à voix haute. Puis ils sont repartis, chacun râlant encore.

Françoise soupira :

Pourquoi perdre ce temps à se chamailler ? A force, cest la vie quon rate… Ils se réconcilieront, mais la soirée, la nuit, perdue. À quoi bon ?

Vous êtes sûre quils feront la paix ? Amélie suivait le couple du regard.

Oui, on se dispute comme ça que si on tient à lautre. Tas vu comment elle partait en pleurant ? Et lui, il sest retourné cinq fois ! Mais leur soirée est fichue. Toi et Pierre, rappelez-vous-en : la vie est trop courte, Amé, tellement courte…

Amélie se rappela ce conseil, cétait précieux. Grâce à cela, elle savait quils navaient pas gâché leur temps ensemble.

***

Amélie décolla la bouilloire du feu, manqua la lâcher une ombre passait devant la fenêtre ! Ce nétait pas Julien. Un homme rôdait dans la cour, au crépuscule.

Premier réflexe : fermer à clé, se cacher et crier. Mais Amélie se raisonna. Les enfants allaient rentrer ! Et Françoise. Il y avait un intrus dehors !

La poignée de la vieille bouilloire brûlait la main. Elle regarda le bec, puis la fenêtre avec détermination, et savança.

Pas de lumière dehors, elle avait oublié dallumer la veilleuse.

Qui est là ?!

La porte du cabanon grinça, Amélie se ratatina sur place, suffoquée par la frayeur.

Que voulez-vous ? Je vais hurler !

Lombre sapprocha des marches, Amélie recula dinstinct.

Ce nest pas la peine de crier, Amé. Cest moi, Luc.

Amélie, soulagée, reposa la bouilloire, sursauta aussitôt : elle sétait brûlée la jambe au travers de sa robe légère, pesta, puis déposa la bouilloire sur la table du perron.

Mais quest-ce que tu fiches dans ma cour, Luc ? Pourquoi tu nes pas entré ?

Luc, petit bonhomme costaud, baissa les yeux comme un enfant pris la main dans le sac exactement lattitude de Julien après un ballon mal atterri dans un carreau de classe.

Cest que… la porte du cabanon menaçait de tomber. Je voulais réparer, vu que je dois partir à la miellerie demain… Je voulais finir avant.

Amélie resta coite.

La porte ? Sérieusement ?

Tout séclaircit : cette cour impeccable, la clôture redressée, la passerelle de la buanderie refaite Aucun deux.

Alors voilà mon lutin ! Amélie sourit.

Qui ?

Le lutin du foyer ! Il maide, soccupe de la maison. Même quil ne touche pas au lait. Julien dit quil faudrait un chat pour lui tenir compagnie. Il sennuie, ce lutin ?

À la lumière hésitante, Amélie vit Luc rougir.

Désolé, jaurais dû te le dire plus tôt.

Merci ! Mais pourquoi, Luc ?

Luc fit la manche, enjamba la clôture, indifférent à Françoise et les enfants qui restaient plantés devant le portillon.

Eh ben, il sest enfin montré ! ricana Françoise en tendant un pot de lait à Amélie. Mets ça au frigo.

Tu le savais, maman ?!

Mais bien sûr ! Tout le village est au courant. Tas trouvé un secret ! Luc taimait déjà à lépoque où tu sortais avec Pierre. Tas rien remarqué dans son regard ?

Non…

Tes sérieuse ? Tu mens ?

Pourquoi mentirais-je ? Jen avais aucune idée

Allez, viens, faut quon cause. On couche les enfants dabord, ça va être long.

Elles papotèrent presque toute la nuit. Amélie rajoutait de leau chaude dans la tasse de Françoise, bouche bée.

Il ma demandé ta main lan dernier. Il a dit que jétais ta plus proche, donc à moi de donner mon accord. Fripon, il savait comment mamadouer !

Et vous avez accepté ?!

Pourquoi pas ? Tu es jeune, ta vie ne fait que commencer ! Les enfants grandiront, senvoleront, et tu resteras à me surveiller, à moi, la vieille bique ? Non ! Vis, vole ! Je sais comme tu aimais mon Pierre, cest unique, cest vrai. Mais il y a des veinardes qui peuvent retoucher au bonheur, même après avoir souffert. Accueille-le. Et puis, Julien grandit. Il a besoin dun homme à la maison. Luc reste son pote, sache-le. Il lui apprend à conduire. Tu savais ?

Non.

Il na pas osé, il a peur de te peiner.

Pourquoi ?

Je sais pas. Peut-être quil croit trahir Pierre ?

Quelle bêtise !

Parle à ton fils. Il se rapproche de Luc, mais il a peur quon pense mal de lui. Manon est trop petite pour comprendre, et Pierre, elle na pas de souvenir. Julien, cest autre chose. Mais toi

Moi quoi ? Amélie rougit, baissa les yeux.

Rien ! Françoise rit et rapprocha sa tasse. Encore un peu deau chaude ! Je me dessèche !

Un an plus tard, Amélie et Luc se marièrent. Lannée suivante, un nouveau fils pointait le bout de son nez.

Regarde, maman, quelle tignasse ! dit Amélie à son retour de la maternité, ôtant le bonnet du bébé et lissant les cheveux blonds.

Un vrai petit lutin ! Françoise enveloppa le bébé dun geste sûr. Bienvenue à toi, petit-fils ! Appelle-moi Mamie-Soize.

Maman…

Je prends de lavance ! Va lallaiter, et moi, je file à la cuisine. Que veux-tu manger ?

Le gros chat roux, offert par Luc à Julien, glissa dans la chambre, se percha sur le rebord de fenêtre, observant Amélie endormie et la petite boule à côté delle. Le silence sassit à côté du chat, lenlaça ; ensemble, ils contemplèrent la scène. Le bonheur, fragile, tendre… Il fallait le protéger minutieusement.

Quelque part, une cuillère tinta, Manon éclata de rire, et le silence séclipsa du rebord de fenêtre, tapant loreille du chat au passage. Celui-ci secoua la tête, se débarbouilla prêt à accueillir le nouveau membre de la famille.

Allez ouste, on na plus besoin de toi, la maison a déjà assez de gardiens !

Rating
( No ratings yet )
Like this post? Please share to your friends: