Hérisson
Encore ? Élodie lut le message dans le groupe WhatsApp de la maternelle, puis laissa tomber son téléphone sur le canapé à côté delle.
Quest-ce quil y a, Maman ? Camille leva la tête de son cahier et lança un regard inquiet à sa mère.
Un autre concours ! Je nen peux plus, vraiment Mais à quoi ça sert ? Et il faut rendre la création après-demain ! Et demain, jai une garde de vingt-quatre heures Quand vais-je men occuper ?
Tu veux que je le fasse ? Camille repoussa son manuel de maths. Jai presque fini mes devoirs. Bon, il me reste encore les maths, mais je vais recopier le devoir de Clara demain. De toute façon, je nai rien compris à ce problème bizarre Elle pourra mexpliquer.
Non, ma fille, occupe-toi de tes devoirs. Tu es en fin de trimestre, les contrôles arrivent ! Ce nest pas le moment.
Mais Paul sera encore triste. Tu te souviens comme il a pleuré, la dernière fois, quand tout le monde a eu un diplôme et quon na même pas regardé sa création ? En plus, il lavait fait tout seul
Voilà pourquoi on ne la pas regardée ! Élodie fronça les sourcils. Ce sont toujours les mêmes qui font les œuvres de Picasso ou Rodin Et quand ils dessinent, cest du Monet tout craché ! Mais ce ne sont pas les enfants qui font tout ça, ce sont les parents. Comment un enfant pourrait-il réaliser ce genre de chose tout seul ? Mais ce qui magace le plus, ce nest même pas ça.
Quoi alors ?
Ce sont les éducatrices qui me jurent, la main sur le cœur, que les créations sont faites par les enfants ! Tu aurais dû voir ! Même certains adultes auraient eu du mal
Maman, pourquoi personne ne dit rien ? Tout le monde subit, tout simplement. Tu te souviens, au CE1 ? Cest quand un parent a tapé du poing sur la table, et a dit que ça suffisait, quil fallait arrêter, ou que les enfants devaient faire eux-mêmes.
Cétait quand votre institutrice, Madame Leroy, a laissé tomber ?
Oui ! Camille pouffa. Tout le monde était tellement soulagé ! Après, Madame Durand a dit quà partir de maintenant, on ferait nos créations tout seul. Elle a dailleurs collé un zéro à Ninon, la fille à qui sa mère avait tricoté une poupée. Au début, elle na rien dit, elle a félicité. Mais après, elle nous a toutes demandé dapporter laine et crochet en classe, tu te souviens ?
Oui, cest pour ça que jai couru chez tous les voisins ce soir-là Bien sûr que je me souviens.
Voilà ! Elle a assise Ninon et lui a demandé de crocheter un cercle. Évidemment, elle na pas réussi et a reçu un zéro. Tu as vraiment oublié ?
Cest loin tout ça Javais oublié.
Les concours comme ça, ce sont les parents quon devrait récompenser, pas les enfants. Pour que les petits ne soient pas déçus. Camille rangea soigneusement ses stylos dans sa trousse, se leva. Tu veux que je te prépare un thé ? Et lire un conte à Paul ?
Oui, je veux bien ! Élodie se leva et sapprocha de sa fille. Elle lenlaça et lembrassa sur la tempe. Tu as tellement grandi ! Je ne peux plus tembrasser sur la tête comme avant. Tout de ton père
Ne commence pas, Maman Camille se détacha légèrement. Je ne veux pas en parler.
Nen parlons pas alors ! Va préparer le thé, je vais passer un coup de fil. Tu mas inspirée.
Élodie serra une dernière fois sa fille, puis la poussa vers la cuisine.
Vas-y ! file !
En suivant du regard le dos droit de Camille, Élodie songea une fois de plus à ces histoires de « gènes ». Elle était rondelette, blonde, et Paul était son portrait craché : costaud, clair de peau et de cheveux. Camille, en revanche, ressemblait à une statuette à la Degas, longiligne, nerveuse, tout en grâce et en légèreté, à la silhouette parfaite, au port altier et aux poignets élancés. Elle avait tiré de son père et de sa grand-mère paternelle, ancienne ballerine de lOpéra de Paris. Bon, pas une étoile, juste un cygne au troisième rang Mais avec la même droiture, la même résistance, la même énergie, et aussi un sale caractère parfois. Mais Camille navait pas hérité de la dureté. Elle avait toujours cette lumière douce en elle, quautrui percevait aussitôt et exploitait souvent, malheureusement Mais Camille refusait den changer. Toujours prête à aider, quoi quil arrive.
La maison nétait jamais dénuée danimaux malades, recueillis par Camille qui les soignait, les cajolait, puis les plaçait dans de bons foyers.
De tous les rescapés, seul un vieux gros chat était resté vivre avec eux, quelle avait ramassé dans la rue, en plein hiver. Il faisait si froid ce jour-là que les écoles de Lyon avaient été fermées. Camille, restée à la maison avec Paul, malade, avait vu quil ny avait plus un seul oignon pour cuisiner. Elle avait interdit à Paul de bouger du canapé et était sortie en quatrième vitesse acheter ce quil fallait à lépicerie du coin.
Au retour, elle glissa sur les marches détrempées et tomba lourdement. Elle croisa alors un regard doré, tendu et résigné. Un gros chat noir, entassé sur la marche du haut, prêt à lâcher prise. Immense, noir de suie, le poil embrouillé, par endroits même tombé, les yeux larmoyants, lair indifférent. Sans réfléchir, Camille essuya dun revers de main ses larmes et demanda :
Tu as froid ? Tu viens avec moi ?
Le chat, impassible, repliant ses pattes gelées sous lui, ne répondit pas. Camille tenta de le soulever, mais il était trop lourd. Elle entrouvrit alors la porte de limmeuble et linvita, dune voix douce :
Viens. Tu as froid là, et chez nous il y a du lait.
Le chat la fixa de toute la lassitude du monde. Dans ses yeux, on lisait clairement : « À quoi bon ? » Camille sentit son cœur se serrer et saccroupit, là, sur les marches humides.
Naie pas peur. Viens, sil te plaît Jai besoin de toi, tu sais.
Longtemps il lécouta, puis finalement, il enfonça sa grosse tête dans sa main et se leva.
Voilà ! Camille, heureuse, se releva elle aussi, le dos endolori. Et ne crains rien de Paul. Il fait du bruit, mais il est gentil, il ne fait pas de mal.
Le lendemain, Élodie, fatiguée, aperçut le rescapé.
Camille, il ne tiendra pas longtemps, ce chat
Au moins, il aura chaud, maman, non ?
Je nai rien dit, quil reste
De toute façon, Élodie navait plus la force de sopposer à quoi que ce soit. Elle avançait comme un automate entre lhôpital, la maison, les devoirs, essayant de soccuper des enfants. Elle avait limpression de vivre dans une bulle gluante et visqueuse, tout lui échappait, sauf Camille et Paul. Cétaient eux qui la faisaient tenir debout.
Son mari nétait pas parti tout de suite. Il avait mené une double vie pendant plus dun an, incapable de prendre une décision, indécis quant à la famille quil préférait. Quand Élodie, lassée, avait voulu quil parte, il prétextait lamour des enfants pour rester.
Toi, tu ne veux plus de moi, je le vois bien. Mais les enfants, eux, maiment.
Chacun dans sa chambre ; lappartement parisien était assez grand. Camille navait rien dit, acceptant la présence de sa mère sur son petit divan. Pour son âge, Camille comprenait déjà très bien.
Élodie savait que son ex-mari avait également un petit garçon dun an de moins que Paul, avec sa nouvelle compagne, une grande blonde, sculpturale, toujours impeccablement habillée, quelle croisait parfois dans le parc Monceau. Encore une blonde ! pensait-elle, morose.
Un soir de fatigue, elle traversa le parc Montsouris, renonçant pour une fois au bus, espérant que lair frais dautomne lui ferait du bien elle navait pas eu une telle envie de marcher depuis longtemps Pollens de feuilles, écureuils qui tournaient autour dun chien, tenu par un vieux monsieur digne et élégant. Ce vieux monsieur, cest à ça que ressemblerait son ex un jour dignité, belle prestance, mais avec une autre femme à ses côtés. Fini les week-ends sur la côte dAzur, les déjeuners à la campagne avec les petits-enfants qui étaient leur rêve. Tout sétait envolé
En se retournant, elle croisa le regard de son ex-mari, main dans la main avec sa « nouvelle famille ». Une scène anodine, mais ce fut comme un uppercut. Elle détourna les yeux, accéléra et nhésita plus : ce soir, elle prendrait sa décision.
Ce soir-là, elle fit la valise de son mari. Quand il voulut protester, elle dit simplement, sans crier :
Pars.
Il ne laurait pas écoutée Mais Camille, sortie de lombre, répéta dun ton grave, un écho fragile :
Tu dois partir.
Quand la porte se referma sur lui, Élodie seffondra contre la cloison, à bout. Camille accourut.
Maman, tu vas bien ?
Élodie se força à sourire, se redressa doucement.
Mets de leau à bouillir, ma grande. Jai envie dun vrai thé
Les enfants réagirent différemment à la séparation. Paul, petit encore, trouvait son équilibre avec sa mère, son père nétant jamais très présent. Pour Camille, ce fut un choc. Elle garda tout pour elle, ne voulant pas inquiéter Élodie, mais peinait à dormir, fixant le plafond dans le noir, cherchant des motifs dans les ombres. La fatigue, vite, se fit sentir : Camille se mit à pleurer, à sagacer pour un rien. La psychologue ne servit guère. Ce nest quaprès larrivée de Gustave cest ainsi que Paul et Camille avaient baptisé leur chat que les choses sarrangèrent.
Gustave, massif, noir, parfois effrayant dans la pénombre lorsquil croisait Élodie dans la cuisine. Mais lui, il ne ronronnait jamais, ne cherchait pas les caresses. Il se contentait dêtre là, silencieux. Pour Élodie, ces moments de calme, ce « dialogue » muet se répétaient chaque nuit. Elle murmurait ses inquiétudes à Gustave, ses peines et ses colères. Lui ne partait jamais, il clignait ses yeux couleur miel, feignant de tout comprendre.
Voyant sa fille apaisée, Élodie comprit quelle nétait pas la seule à lui confier ses secrets. Un jour, elle déclara, lair de rien :
Si tu penses à replacer Gustave, je suis contre. Il reste avec nous.
En un an, le chat sétait arrondi, son poil avait repoussé et il était devenu un vrai chat de maison. Aux questions des copines sur sa vie sentimentale, Élodie plaisantait :
Jai enfin trouvé lhomme idéal ! Il mécoute, il aime les enfants, il ne harcèle pas pour les repas, et il ne laisse pas traîner de chaussettes. Que demander de mieux ?
Après son divorce, plus question pour elle dune nouvelle histoire. Elle se sentait trop amochée, froissée comme une poupée cassée. Le seul moteur de sa vie resta ses enfants.
Avec Camille, aucun concours, aucune pression. Son enfance à lécole, Élodie sen souvenait comme dune succession de fêtes, de costumes, de chaussures vernies Avec Paul, cétait différent. Dautres éducatrices, un comité de parents survolté, des exigences à nen plus finir.
Et le père, après leur séparation, affirma :
Tu nauras de pension alimentaire quaprès décision du tribunal. Ne compte pas sur moi.
Il savait bien que, sur un salaire dinfirmière à Lyon, elle ne tiendrait pas longtemps. Mais il sest trompé : elle géra deux mois à coups de « string serré » à la française, puis accepta un second poste. Plus de fatigue, moins de temps pour la vie familiale. Pourtant, ce mode de survie devint une fierté : plus jamais demander daide.
Au début, bricoler la tête dun hérisson ou dune girafe en pâte à sel ne prenait pas trop de temps. Camille aidait, Paul voulait toujours tout faire lui-même. Mais à chaque fois, sa création finissait reléguée en haut de létagère, sans un mot. Et puis, lors dune réunion parents-profs, elle fut humiliée devant tout le monde : les créations maison nétaient pas à la hauteur Cest la réaction des autres parents révoltés qui coupa court à la tirade de léducatrice. Élodie se jura de ne plus revenir à ces réunions.
Calmez-vous ! Madame Pichon, léducatrice chaleureuse, sefforçait de dominer le brouhaha. Nos enfants, cest notre avenir ! Il faut investir en eux, partager du temps avec eux, sinon Si vous navez pas une demi-heure à consacrer à une création, où va-t-on ? Cest loccasion de forger un lien !
Élodie nécoutait plus. Elle pensait à Gustave, à leurs instants de paix, à limportance de préserver du vrai temps pour écouter ses enfants.
Aussitôt la réunion terminée, Élodie fila sans regarder personne, sourde aux questions de la présidente du comité :
Élodie, je tappelle plus tard !
Elle acquiesça sans mot, décidée à mettre son téléphone en silencieux.
La réunion datait dune semaine. Ce vendredi soir, voyant encore ce message de concours, Élodie se mit en colère. Non ! Cette fois, assez. Si cest un concours denfants, ce sera fait par des enfants ! Elle appela discrètement trois autres mamans et un papa, qui étaient tous daccord : assez des tricheries.
Le jour de la fête, Élodie arriva à lécole de Paul le sourire aux lèvres. Si le plan ne fonctionnait pas, tant pis, mais à partir daujourdhui, fini de se faire traiter de mauvaise mère. Plus personne ne rabaisserait ses enfants.
Le hérisson en pâte de Paul était, comme toujours, planqué tout en haut de létagère réservée aux créations. Élodie le repéra, repoussa les « chef-dœuvres » parentaux, et plaça celui de Paul bien en vue.
Élodie, que faites-vous ? Madame Pichon, prise de court, ouvrit des yeux ronds. Tous les parents vont arriver, il y a lexposition
Justement ! Je veux que la création de mon fils, quil a faite lui-même, soit à sa place. Jajuste juste la pancarte.
Madame Pichon rougit, contrariée, mais nosa pas intervenir. Paul, en passant, ouvrit de grands yeux en découvrant SON hérisson sur létagère principale. Quelques parents le félicitèrent, et le petit se gonfla de fierté.
La salle se remplit peu à peu, entre éclats de voix, ajustement de costumes et chignons. Enfin, tout le monde descendit dans la salle de musique.
En sortant, Élodie échangea un clin dœil complice avec le papa de Barbara et rejoignit la salle, laissant les préparatifs derrière elle.
Le spectacle se passa à merveille : Paul déclama son poème appris avec Camille, et dansa un petit valse avec Barbara. Élodie se dit quil avait peut-être les gènes de sa grand-mère Pourquoi pas la danse, après tout ? Mais ses pensées furent interrompues quand Madame Pichon annonça les résultats du fameux concours.
Les enfants reçurent diplômes et chocolats, offerts par le comité. Évidemment, Paul nen faisait pas partie, ni dautres petits qui avaient tout fait seuls.
Et maintenant Madame Pichon allait conclure quand Élodie, debout, linterrompit.
Maintenant, les parents aimeraient dire quelques mots, si vous le permettez.
Une partie des parents sourit, initiée au plan. Une autre sembla surprise. Élodie sapprocha de la scène, la pile de diplômes en main, suivie par la maman de Lisa portant la boîte de friandises.
Dabord, un grand merci à nos éducatrices pour cette fête, pour leur énergie, leurs efforts ! Merci dinventer toujours de nouvelles idées ! On applaudit ?
La salle applaudit, dabord timidement puis avec enthousiasme.
Ensuite, nous aimerions féliciter tous les enfants qui ont participé, même sils nont pas gagné. Ils se sont donné du mal, vraiment ! On les applaudit ?
Camille ouvrit la liste, distribua diplômes et chocolats aux enfants déçus, qui retrouvèrent vite le sourire et la joie.
Mais ce nest pas tout, dit encore Élodie, malicieuse, cette fois, les meilleurs artistes sont à lhonneur
Elle offrit le premier gros bonbon à la présidente du comité de parents, qui, décontenancée, accepta diplôme et sucrerie.
Pourquoi, Élodie ?
Ne râle pas, partage ! Tu nes pas la seule à gagner aujourdhui !
Elle continua la distribution, en félicitant les parents qui sétaient distingués tous repartirent avec leur récompense.
Évidemment, Élodie entendit plus tard tout le scandale que la « double exposition » avait provoqué : pendant le concert, un deuxième meuble avait été installé, avec une grande feuille au feutre, écrite par Camille : « Moi, je lai fait tout seul ! », où trônaient fièrement TOUTES les créations sans laide des adultes.
Élodie, Paul sous le bras, rentra à la maison, pressée de raconter tout cela à Camille.
Maman ?
Oui, mon chéri ? Elle regarda son fils qui serrait tellement fort son diplôme quil allait le froisser.
Si jai eu un diplôme, ça veut dire que ma création était bien ?
Bien sûr ! Tu étais là, non ? Elle est même la meilleure, car tu las faite tout seul. Même Camille ne ta pas aidé cette fois.
Mais mon hérisson est un peu de travers
Et alors ? Cest le tien, cest ce qui compte.
Paul marcha encore un peu en silence, tentant de suivre la cadence.
Maman, est-ce que tu es fière de moi ?
Élodie sarrêta net, Paul fit un pas de trop et elle le retint par la main. Elle sagenouilla, le regarda dans les yeux.
Je suis très fière de toi ! Fière que tu grandisses autonome. Que tu naies pas quémandé de laide. Fière de voir que tu comprends que cest difficile pour moi en ce moment et que tu maides. Je sais bien que cest toi qui as fait la vaisselle hier, pas Camille. Merci pour ça ! Tu deviens un vrai petit homme.
Et cest quoi, un vrai petit homme ?
Élodie chercha ses mots.
Cest quelquun qui règle ses problèmes mais sait remercier pour laide. Quelquun qui ne croit pas que certaines tâches sont réservées aux filles ou aux garçons. Quelquun qui soutient les siens. Comme avec la vaisselle : pendant que tu lavais, Camille faisait ses exercices ; elle a brillé en chimie aujourdhui grâce à toi. Donner du temps, cest ce quil y a de plus précieux.
Mais comment ?
Je te raconterai plus tard. Tu sais quoi ? dit-elle en se relevant.
Quoi ?
On mérite un petit goûter de fête, tu crois pas ?
Oui !
Un gâteau ?
Oui !
Installée dans la cuisine, avec une tasse de thé au thym, Élodie regardait ses enfants rire, Gustave lové dans un coin, et songeait à quel point il est simple de les rendre heureux : il suffit de leur rappeler combien ils comptent et combien tout ce quils font est important.
Elle mettrait son portable en silencieux, loublierait dans son sac. Le lendemain, elle quitterait le groupe WhatsApp. Et elles riraient en imaginant la tête des autres à la distribution des bonbons.
Deux ans plus tard, Paul intègrerait le lycée militaire, et son hérisson « de travers » trônerait toujours sur létagère de la cuisine, près de la théière élégante que Camille ramènerait à sa mère après avoir emménagé à Paris pour ses études.
Restée seule avec Gustave, Élodie serait dabord déstabilisée. Mais un jour viendrait un homme, bien différent de son premier mari un petit rondouillard, doux, curieux, se prénommant Augustin, qui lui offrirait enfin la vie apaisée dont elle rêvait après tant de combats. Avec lui, les après-midis au jardin, les barbecues à la campagne où Élodie cultiverait ses roses favorites, les week-ends en Bretagne ou sur la Côte dAzur, et surtout Augustin sentendrait bien avec ses enfants. Cela étonnerait Élodie qui, trompée par les paroles de son ex, croyait quon ne pouvait pas aimer des enfants qui ne sont pas les siens. Camille, revenue en vacances, regarderait avec bonheur sa mère et Augustin, main dans la main, déambuler dans le parc, rêvant de vivre une histoire simple, douce, et pleine de tendresse, à tout âge. Pour que, quel que soit le temps qui passe, quelquun marche à tes côtés, à travers les feuilles dautomne, partage un pain au chocolat sur un banc, et rentre préparer du thé au thym. Parce quil y a des soirs où lon na pas besoin de mots, simplement quelquun capable découter avec le cœur.