Le fils refuse d’accueillir sa mère chez lui car il n’y a qu’une seule dame dans la maison, et cette dame, c’est moi.

Ce nest pas acceptable !!! Après tout, cest sa mère ! Il pourrait très bien laccueillir chez lui ! Voilà le genre de remarques que jentends de la part de ceux qui entourent mon mari. Je sais que mes propres amies pensent la même chose, mais personne ne me lavoue franchement. Tout cela à cause de la situation avec ma belle-mère.

Élise a 83 ans, pèse plus de cent kilos, et tombe souvent malade. Pourquoi ne pas prendre Élise chez toi ? ma demandé mon cousin il y a quelques années. Cest bien que tu laides chaque jour, mais si jamais il se passe quelque chose la nuit ? Cest difficile pour elle, toute seule. Après tout, ton Julien est son seul soutien.

Il est évident que la grand-mère ne peut compter que sur son fils unique, son épouse et son petit-fils unique. Depuis cinq ans, Élise na pas mis un pied dehors. Elle souffre des jambes et son poids lempêche de se déplacer. Tout a commencé il y a trente ans. Ma belle-mère était alors pleine dénergie, jeune, en bonne santé et franchement autoritaire.

Qui mas-tu ramenée ? sest indignée la mère de mon futur mari, Julien. Jai sacrifié toute ma vie pour ça ?

Après ces mots, jai quitté la maison en silence jusquà larrêt du bus. À lépoque, la mère de mon mari vivait dans un quartier chic de la banlieue parisienne, dans une belle mais grande maison. Son mari, un cadre haut placé, lui assurait une belle vie, même après sa disparition. Ce jour-là, Julien ma rejoint et ma soutenue. J’ai eu la chance d’avoir un mari qui n’obéissait pas aveuglément à sa mère. Il respectait tout de même ses aînés. Il a tenté de me calmer en expliquant que c’était simplement le caractère de sa mère.

Une fois mariés, nous avons commencé à économiser pour nous trouver un logement à nous. Julien est parti travailler et n’est revenu au bout de six mois seulement. En quelques années, nous avons réussi à acheter une maison et nous lavons rénovée. Nous avons pu la finir, finalement. Nous nallions pas souvent chez Élise. Elle trouvait le moyen de dire du mal de moi à Julien et à toutes ses connaissances. Voyez-vous, sa belle-fille ne lui permettait pas daider sa mère. Comment ça, elle ne lui permet pas ? Et ainsi de suite.

Elle a décidé de sinstaller en ville, mais largent de la vente de sa maison ne lui a pas suffi. Elle nous a proposé de laider et nous a promis que lappartement reviendrait en héritage à notre fils, son petit-fils. Mais, devant le notaire, elle a soudainement changé davis et déclaré que lappartement devait rester à elle, parce quune amie lui avait conseillé ainsi pour que les grands-mères ne se retrouvent pas sans logement. Ensuite, elle a affirmé quelle laisserait lappartement à celui ou celle qui prendrait soin delle dans la vieillesse. Elle voulait régner sur la maison ! Elle disait quon allait la tromper et la dépouiller de tout.

Voilà près de vingt ans que tout cela sest passé. Tout le monde dans létude notariale la entendue gémir, et nous étions terriblement embarrassés. Nous avons décidé de laisser tomber. Elle a emménagé presque aussitôt et na même pas accepté quon fasse le moindre aménagement. Elle y est restée presque un mois avant de commencer à se plaindre que tout était vieux, cassé, délabré. Ma belle-mère a tout mis sur mon dos : cétait moi qui lui avais trouvé ce mauvais appartement, et je cherchais à lescroquer.

Élise adorait les enfants de son cousin, mais elle ignorait totalement son propre petit-fils, feignant même doublier sa date de naissance ! Il y a quelques années, ma belle-mère a eu de graves problèmes de santé. Elle a tellement pris de poids quil lui est difficile de se déplacer. Jai apporté des plats équilibrés prescrits par le médecin. Élise, pourtant, a râlé et refusé de manger, disant que seule sa cousine la nourrissait correctement, alors que moi, je la privais.

L’année dernière, mon mari a commencé à me demander de la prendre chez nous. Selon lui, sa mère avait enfin compris quil fallait écouter le médecin.

Daccord ai-je accepté. Mais jai imposé mes conditions : la cuisine serait réservée à moi, je décide de ce quon mange, et aucun de ses cousins ne doit venir chez nous.

Ma belle-mère sest révoltée, refusant de venir car elle croyait quelle dirigerait la maison. Mais ici, il ny a quune seule maîtresse officielle, et cest bien moi ! Jai dû aller chez elle, faire le ménage, cuisiner, et même rester parfois la nuit. Sa cousine favorite sinquiétait de son sort uniquement par téléphone.

Ma belle-mère se plaignait au téléphone quelle était affamée : je ne lui donnais ni sucreries ni saucisses fumées. Elle me suppliait de venir lui apporter des pâtisseries. Mais sa cousine, sous prétexte dun agenda chargé, reportait sa visite. Elle habitait pourtant trois fois plus près que moi. Elle venait juste une fois par mois, lui offrant toujours de la nourriture peu saine, tandis que je moccupais dÉlise au quotidien.

Un jour, ma belle-mère a appelé sa cousine pour se plaindre quelle avait perdu son collier et sa croix. Elle lui a raconté que nous étions toutes les deux venues sur la même journée, mais elle était sûre que javais pris ses affaires.

Sans rien dire, jai posé la nourriture sur sa table et pris le collier et la croix, tombés derrière la table de nuit. De retour à la maison, jai tout raconté à Julien, et nous avons décidé que je nirais plus chez elle. Jai suggéré quon linscrive en maison de retraite. Julien a accepté.

Rating
( 1 assessment, average 5 from 5 )
Like this post? Please share to your friends: