Le fils refuse d’accueillir sa mère chez lui car il n’y a qu’une seule dame dans la maison, et cette dame, c’est moi.

Ce nest pas correct ! Après tout, cest sa mère ! Il peut bien la prendre chez lui ! Voilà le genre de remarques entendues parmi les proches de mon épouse. Je sais que mes amis partagent ce sentiment, mais aucun na osé me le dire franchement. Cette situation sest développée à cause de ma belle-mère.

Geneviève a 83 ans, pèse plus de cent kilos et souffre souvent de divers maux. Pourquoi ne prends-tu pas Geneviève chez toi ? ma demandé mon cousin il y a quelques années Cest bien que tu laides chaque jour, mais sil lui arrive quelque chose la nuit ? Cest difficile dêtre seule à son âge. Finalement, ton Emmanuel est son unique soutien.

Il est évident que la grand-mère sera prise en charge par son fils, sa belle-fille et son unique petit-fils. Les cinq dernières années, Geneviève na pas quitté son appartement une seule fois. Elle a mal aux jambes et sa corpulence lempêche de se déplacer. Tout a commencé il y a trente ans. À cette époque, ma belle-mère était énergique, jeune, en bonne santé et très autoritaire.

Qui as-tu amené chez moi ? sest indignée la mère de mon futur épouse, Emmanuel. Pour ça, jai sacrifié toute ma vie ?

Après ces paroles, nous avons marché en silence jusquà larrêt de bus. À cette époque, la mère de mon épouse résidait dans un quartier résidentiel huppé près de Versailles, dans une grande et belle maison. Son mari occupait un poste important, Geneviève a longtemps vécu confortablement, même après la mort de son époux. Ce jour-là, Emmanuel ma rejoint et a insisté pour me raccompagner. Jai eu de la chance avec mon épouse : elle ne suivait pas aveuglément sa mère, mais restait respectueuse des anciens. Emmanuel essayait de me rassurer, me disant simplement que sa mère était comme ça.

Après notre mariage, nous avons commencé à économiser pour acheter notre propre appartement. Emmanuel est partie travailler et nest revenue quau bout de six mois. Nous avons réussi, après quelques années, à acheter une maison et à la rénover complètement. Nous navons pas rendu visite à Geneviève très souvent. Elle avait le talent de raconter des bêtises à propos de moi à Emmanuel et à tous ses amis. Apparemment, sa belle-fille ne la laissait jamais aider sa mère. Pourquoi donc ? Et ainsi de suite.

Elle a voulu sinstaller en ville, mais largent de la vente de sa maison na pas suffi. Elle nous a proposé de compléter la somme, promettant que lappartement serait légué à notre fils, son petit-fils. Au notaire, elle a brusquement affirmé que lappartement devrait lui être laissé en héritage, car une amie lui avait dit que les grands-mères se retrouvaient souvent sans logement dans ces arrangements. Elle a ensuite ajouté quelle choisirait de léguer lappartement à celui qui prendrait soin delle jusquà la fin. Elle voulait rester la maîtresse de la maison ! Elle nous accusait de vouloir la tromper et de la laisser sans rien.

Cela fait près de vingt ans depuis cet épisode. Toute létude notariale a entendu ses plaintes, et nous nous sommes sentis extrêmement mal à laise. Nous avons décidé de renoncer. Elle sest installée très vite en ville et na pas voulu que nous effectuions la moindre rénovation. Elle y est restée près dun mois, puis a commencé à se plaindre : tout était vieux et tombait en ruine. Ma belle-mère ma accusé de lui avoir trouvé le mauvais appartement, pensant que je voulais la tromper.

Geneviève adorait les enfants de sa cousine, mais ignorait complètement notre propre fils. Elle prétendait même ne pas se souvenir de sa date de naissance ! Il y a quelques années, ma belle-mère a commencé à tomber malade. Son poids la rendait incapable de se déplacer dans son appartement. Je lui ai préparé des plats sains prescrits par son médecin. Mais Geneviève a râlé, refusant de manger, disant que seule sa cousine lui donnait à manger convenablement, et que je la privais de nourriture.

Lannée dernière, mon épouse a commencé à men supplier de laccueillir à la maison. Selon elle, sa mère comprenait enfin quelle devait suivre les recommandations médicales.

Daccord ai-je accepté. Mais sous certaines conditions : la cuisine serait exclusivement à moi, je préparerais tous les repas, et aucun de ses cousins ne viendrait chez nous.

Ma belle-mère sest indignée, ne voulant pas venir puisquelle imaginait quelle allait arriver pour diriger la maisonnée. Mais il ny a quune seule maîtresse ici, cest moi ! Jai dû aller chez elle, faire le ménage, cuisiner, parfois dormir sur place. Sa cousine préférée ne sinquiétait delle que par téléphone.

Ma belle-mère se plaignait par téléphone que je laffamais : pas de sucreries ni de saucissons fumés. Elle me demandait de passer lui apporter des pâtisseries. Sa cousine remettait sans cesse sa visite, prétextant dêtre trop occupée, bien quelle habite trois fois plus près que moi. Elle ne venait quune fois par mois, apportant quelque chose de peu sain, alors que jétais là chaque jour.

Un jour, Geneviève a appelé sa cousine pour se plaindre que son collier et sa médaille avaient disparu. Elle a informé quelles étaient toutes les deux passées la voir ce jour-là, mais quelle était certaine que javais pris les bijoux.

Sans dire un mot, jai posé le repas sur sa table et ai récupéré le collier et la médaille qui étaient tombés derrière sa table de nuit. Jai raconté toute lhistoire à mon épouse en rentrant et jai décidé que je nirais plus chez Geneviève. Jai proposé quon pense à la placer dans une résidence pour seniors. Emmanuel a accepté.

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