Le fils de Galina s’est remarié pour la deuxième fois il y a un mois

Le fils de Françoise sest remarié il y a un mois

Le fils de Françoise sest remarié il y a un mois et a emmené chez la nouvelle grand-mère une jolie adolescente de treize ans, Capucine, la fille de sa nouvelle épouse. Elle est restée pour une semaine entière à la campagne.

Avant de partir, la mère de Capucine a soufflé à loreille de sa belle-mère :

Soyez prévenue, Capucine na jamais mis les pieds dans un village auparavant. Et elle a un sacré caractère. Vous comprenez bien cest un âge ingrat. Soyez donc ferme avec elle, sil vous plaît. Si jamais il y a quoi que ce soit, appelez-moi, je viendrai la chercher.

Que veut dire “si jamais il y a quoi que ce soit” ? sest étonnée Françoise.

La nouvelle bru sest contentée de sourire, a embrassé la joue de Françoise, est montée dans la voiture avec son mari et ils sont partis.

Capucine, va donc chercher de leau, demanda aussitôt Françoise en tendant un seau vide à la jeune fille.

Où ça ? baffouilla Capucine.

A la pompe.

Et cest quoi, une pompe ?

La pompe, cest la pompe. Juste après la barrière, pas loin, il y a un drôle dappareil avec un levier. Tu mets le seau dessous, tu pousses le levier, leau coule et tu ramènes tout à la maison.

Mamie Françoise, vous vous fichez de moi ? les yeux de Capucine sarrondirent. On prend leau du robinet, normalement Vous navez pas deau courante ici ?

Oh si, sourit Françoise. Mais depuis une semaine déjà, plus une goutte au robinet.

Pourquoi ?

Parce que Ludovic, le plombier de notre rue, a fermé leau. Il dit quil faut changer une vanne. En attendant, il faut aller à la pompe. Là-bas, il y a toujours de leau.

Non fit Capucine en posant le seau. Je ne le ferai pas. On a un robinet, il doit donner de leau ! Point !

Daccord, soupira la grand-mère. Alors, tu te débarbouilleras ici. Elle conduisit Capucine vers un énorme tonneau qui recueillait leau du toit. Tu puiseras leau de pluie avec la main et tu te laves.

Mais enfin, mamie Capucine regardait le tonneau, bouche bée. Ya des bestioles là-dedans !

Ce sont des larves de moustique, ce n’est rien, expliqua Françoise. Elles ne mordent pas.

Et pour me brosser les dents ? Capucine grimaça. Faut prendre leau là aussi ?

Bien sûr. Puisquil ny en a pas au lavabo à lancienne.

Bon, ben jy vais traîna la fillette, reprit le seau à contre-cœur et, tout en maugréant, sortit par la porte du jardin.

Elle revint au bout dune quinzaine de minutes, dégoulinante de sueur, bien que le seau contienne à peine trois litres.

Tu en as mis du temps ! dit Françoise.

Jsavais pas comment mettre la pompe en marche. Heureusement, un monsieur passait, il ma montré.

Eh bien, voilà. La grand-mère versa aussitôt leau dans le vieux lavabo. Puis elle tendit encore le seau à Capucine. Voilà, nous avons de leau pour la toilette. Maintenant, il en faut pour préparer le dîner.

Quoi, encore ? Capucine regarda sa grand-mère, effarée. Et pour ça aussi il en faut ?

Ben hé ! Et si tu préfères, je peux toujours prendre leau du tonneau, fit Françoise en haussant les épaules.

Surtout pas ! cria Capucine, semparant du seau, et elle fila de nouveau à la pompe.

Elle fit cinq allers-retours ainsi. Pendant ce temps, Françoise commença à préparer le repas.

Dis, mamie, pourquoi on ne répare jamais leau dans le village ? demanda soudain Capucine, essoufflée. Chez nous, en ville, tu téléphones et une heure après, leau coule.

Ici aussi il faut prévenir, mais il faut traverser la rue jusquà la maison 58 et informer. Et puis, eux, ils ont de leau, donc Ludovic ne se presse pas.

Et toi, pourquoi tu ny vas pas demander sérieusement ?

Jy suis allée au moins cent fois, balaya Françoise dun geste. Mais Ludovic, il est toujours au champ, ou au hangar, ou Dieu sait où. Il dit toujours jarrive demain. Cest quil est le seul dans le coin.

Bon Capucine réfléchit, puis redemanda : Cest quelle maison déjà ?

La 58.

Et cest par où ?

Là-bas, Françoise montra la direction. Mais quest-ce que tu mijotes ?

Jy vais moi-même !

Capucine avait déjà sauté le portail que Françoise neut pas le temps de protester. Disparue en un clin dœil. Au bout dune demi-heure, Françoise nen pouvant plus, alla chez Ludovic.

Ma petite serait passée ici ? demanda-t-elle à la femme de Ludovic.

Ta sale gamine, cétait elle ? lança Séverine, la femme, dun regard mauvais.

Pourquoi sale gamine ?

Oh ! Elle ma fait son cirque ! Dabord, elle exige Ludovic tout de suite. Puis elle le sermonne comme quoi il ne pense quà lui. Mon Ludovic, qui se tue pour tout le canton ! Je lai chassée à coups de balai, moi ! Elle ma sortie, que si « Ludo » ne réparait pas leau aujourdhui, elle allait nous brûler la remise. Timagines ?

Seigneur porta la main à sa poitrine Françoise. Elle a vraiment dit ça ?

Capucine ? Pfff Elle porte bien son nom ! Faut se méfier de ces Capucine-là !

Et maintenant, où est-elle ?

Comment veux-tu que je sache ? Elle est sans doute partie chercher Ludovic.

Et lui, il est où ?

Aux champs, comme dhab, à bricoler les engins, et moi, jme retrouve à trembler à cause dune gosse.

Oh là là ! sexclama Françoise, qui fila vers les champs, là où grondait la moissonneuse.

Elle ny parvint jamais, car elle vit soudain un tracteur sapprocher delle. Ludovic conduisait, mais à côté de lui trônait Capucine, lair furibonde.

Voyant Françoise, Ludovic pilota sec.

Elle est à toi ? beugla-t-il par-dessus le bruit.

Françoise acquiesça vigoureusement. Craignant le pire, elle cria :

Tu lemmènes chez les gendarmes, cest ça ? Elle est mineure, attention !

Quelle gendarmerie ? sexclama Ludovic. Je vais vous changer la vanne, voilà tout ! Parce que ta petite furie-là, elle ma menacé de jeter des clous sous les roues des moissonneuses si je nallais pas réparer leau. Cest pas avec un clou quon crève ces pneus, ah ! Il éclata soudain de rire. Ah, si seulement on avait plus de jeunes comme ça au village ! On renaîtrait dun rien. Alors, vilaine, lança-t-il à Capucine, tu veux conduire le tracteur ?

Oui ! sécria la petite, ravie.

Alors grimpe à ma place, prends le volant, on va voir pour ton eau, mais à condition que tu me files les clés doutils au bon moment.

Marché conclu ! cria Capucine, rayonnante, sinstallant derrière le volant.

Ce nest que le trente août, à grand-peine et parce quelle devait faire la rentrée deux jours plus tard, que les parents de Capucine vinrent la reprendre au village. Elle serait bien restée davantage : après tout, à lautomne au village, il y avait plus de travail que de bras pour le faire.

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