Le Chaton de Cristal
Trois sœurs autour de la fenêtre
Maman, cest comme toi et tes sœurs, non ?
Claire soupira doucement.
Presque, ma chérie. Tu comptes tendormir un jour ? Jai encore du travail ce soir, et demain, tu tendormiras à la fête si tu ne dors pas maintenant.
Oh, daccord ! Je dors ! Pauline se glissa sous la couette mais, déjà, son petit nez ressortit. Est-ce quil y aura des ballons ? Et est-ce que Maëlys viendra ? Et
Claire attrapa sa fille et lenveloppa dans la couette, lembrassant tout son soûl malgré les petits cris de protestation.
Cette fois, dodo ! Tu sauras tout demain !
Elle se leva, glissa dans les mains de Pauline son ours en peluche préféré, puis sortit de la chambre en allumant la veilleuse. Pauline craignait toujours lobscurité, et Claire veillait à ce que la lumière douce reste allumée partout dans la maison.
Descendant à la cuisine, elle ferma la porte et alluma son ordinateur portable. Bien des dossiers lattendaient, mais elle resta assise quelques minutes dans le silence, rassemblant ses pensées. Demain ne serait pas facile. Et pas seulement parce que cétait lanniversaire de Pauline et quil fallait tout organiser. Ça, cétait une vraie joie. Claire adorait les jours de fête, surtout ceux de sa fille. Mais demain, toute la famille allait arriver et cela, cétait moins réjouissant. Elle secoua la tête pour chasser les soucis et se prépara du thé. Assez ! Les problèmes se règlent lorsquils arrivent, inutile danticiper. Le rapport annuel ne lattendrait pas. Claire posa sa tasse à côté de lordinateur et sortit une chemise de papiers de son sac. Elle se réjouissait davoir suivi les conseils de sa grand-mère et dêtre devenue comptable. Elle aurait pu choisir locéanographie, son rêve dadolescente, et alors, sa vie aurait été tout autre. Il y aurait eu de la poésie, certes, mais pour la stabilité Allez savoir. Claire ferma brièvement les yeux en imaginant la mer et sourit. Les vacances étaient proches, enfin, si rien ne venait encore tout chambouler. Elle ouvrit les yeux et se remit au travail.
Claire était née dans la famille de Lucie et Paul Martin. Un enfant très attendu, accueilli avec bonheur. Les grands-mères étaient ivres de joie, ses parents nen revenaient pas devant leur petite poupée rose.
Il faut vite en faire un deuxième ! Quils aient quelquun à qui se confier ! insistaient les grands-mères, et Lucie céda.
Avec la sœur cadette, Margaux, il ny avait que peu décart. Meilleures amies en enfance, complices et rivales en tout. Au début, ça nentachait pas leurs relations elles se dépassaient lune lautre, se réjouissaient des succès à tour de rôle. Lucie veillait à ce quelles ne se disputent pas, martelant souvent : personne nest plus proche de vous que vous lêtes lune de lautre. Elle persuada le directeur de lécole quelles fussent dans la même classe, et au premier septembre, elles frôlaient leurs pieds sous la table, dans de toutes nouvelles ballerines. Je suis là, naie pas peur, semblaient-elles se dire. Claire était la plus anxieuse. Elle portait toujours trop de responsabilités sur ses épaules. Margaux, elle, pouvait très bien laisser un exercice de français inachevé pour compter les oiseaux à la fenêtre. Au contraire, Claire ne quittait pas la table avant davoir tout fait.
Claire, tas fini les maths ? Passe vite ta copie, que je recopie aussi avant quon sorte !
Fais-les toute seule, Margaux ! Sinon, madame Dubois va encore nous séparer pour la prochaine interro et là, bon courage Tu veux que je taide à comprendre le problème ?
Margaux boudait, mais jamais longtemps. Bientôt, elle harcelait Claire pour lemmener au parc ou donner du pain aux canards.
Elles étaient en sixième quand la petite sœur, Louise, est arrivée. Lucie nimaginait pas avoir un troisième enfant ; deux suffisaient amplement. La nouvelle de cette grossesse tardive la terrassa un peu.
Ça recommence ! Paul, je suis trop fatiguée
Allons, Lucie, tu as deux aides à présent, et je serai là. Peut-être ce sera un garçon, imagine la surprise !
Ce ne fut pas un garçon. Louise naquit bruyante, exigeante, si différente de ses aînées que Lucie en fut déconcertée. Mais très vite, Claire et Margaux comprirent : désormais, Louise gouvernerait la famille.
Lucie sentit la différence entre les maternités : plus jeune, elle naspirait quà un peu de calme, mais avec Louise, elle sinvestit dans sa cadette en reléguant tout le reste, jusquaux filles elles-mêmes. Elle les envoyait en courses, sans plus vraiment sintéresser à ce qui leur arrivait. Et elle ne vit pas quun mur sélevait doucement entre les sœurs.
Ce mur, cétait Thomas. Un garçon du quartier, sans importance pour les deux jusquà ce que Claire ait seize ans. Un soir, après le sport, il lattendit.
Claire, attends ! Faut que je te parle Il semblait gêné sous le regard posé des yeux verts de Claire.
Claire lobserva un instant, puis lui sourit tendrement :
Je nai pas le temps. Maman mattend. À six heures devant limmeuble.
Thomas séclaira et hocha la tête.
Tu me plais, Claire !
Je men doutais, répondit-elle en riant, sa voix tintant sous les tilleuls, et Claire fila.
À qui confier ce premier émoi, ce souffle attrapé dun autre, dun garçon soudain « à elle » ? Le premier rendez-vous, les mains gênées, les regards qui fuient, et ce premier baiser qui inquiète mais qui enchante Cest à Margaux, naturellement, quelle finit par tout raconter, sitôt soupçonnée par sa sœur.
Margaux, elle-même, ne sut plus comment cétait arrivé : pourquoi soudain, elle voulut aussi Thomas ? Il ne lui plaisait pas, pourtant, elle navait plus quun but, attirer son attention.
Claire se sentit trahie et, voyant Thomas et Margaux sembrasser, passa devant eux sans mot dire. De retour à la maison, elle senferma, murant dehors les plaintes de Louise.
Claire ! Ce nest pas pour les enfants, ce cirque Lucie tambourinait à la porte.
Toujours obéissante, Claire ouvrit. Quand Lucie vit le visage de son aînée, elle comprit la douleur de perdre pied. Doucement, elle repoussa Louise dans le couloir et referma la porte.
Claire, ma chérie, quy a-t-il ? Lucie tremblait.
Maman, ça fait mal. Pourquoi ? Pourquoi Margaux a-t-elle fait ça ?
Après avoir compris, Lucie serra fort sa fille.
Comment puis-je taider ?
Claire, les yeux secs rivés à la fenêtre, se tut. Comment formuler cette brûlure ? Impossible.
Aide-moi à faire mes bagages, maman. Je vais habiter quelque temps chez Mamie. Je ne peux pas rester ici.
Margaux, à peine rentrée toute rose du froid, croisa Claire valise à la main.
Où tu vas comme ça ?
Sans répondre, Claire séloigna et ne revint jamais. Lucie, pleurant, gifla Margaux.
Comment as-tu pu ?
Margaux, éberluée, vit sa mère claquer la porte, la petite Louise sur le bras, assez fort pour ébranler les pampilles du lustre en cristal.
Dans la famille Martin, personne ne savait garder rancune. Une semaine ou deux, et Lucie recommençait à parler à Margaux. Claire, elle, mit deux ans à adresser la parole à sa sœur. Elle naurait peut-être jamais pardonné, si Lucie nétait pas tombée malade : les sœurs durent s’unir à nouveau.
Pardonne-moi Margaux fixait ses mains tremblantes dans le froid du jardin dhôpital.
Il ne faut pas ressasser Claire se tourna vers elle.
Margaux comprit alors que Claire lui pardonnait, mais que jamais, elle noublierait.
Elle lui prit timidement le poignet surprise de voir ses doigts obéir. Claire ne retira pas sa main, nesquissa pas de geste ; elles attendirent en silence, jusquà ce que leur père les rejoigne, tout sourire : lopération de leur mère avait réussi.
Les filles gérèrent le temps, venant chacune leur tour aider leur mère et surveiller Louise. Cest alors que Claire comprit combien la petite devenait capricieuse et sauvage. Pour Louise, aucune autorité ne comptait ; elle faisait toujours ce quil lui plaisait, sourde à toute injonction. Ni sœurs ni parents ne pouvaient la dompter.
Lucie guérit, la vie sépara à nouveau la fratrie. Claire partit dans une autre ville, auprès de sa grand-mère paternelle, où elle sinstalla. Un an plus tard, grand-mère décéda, léguant à Claire son grand appartement.
Prends ta vie en mains, Claire ! Nécoute que toi. Même les plus proches peuvent devenir étrangers quand leur intérêt est en jeu
Claire esquissa un sourire amer. Elle le savait bien. Mais inutile dentrer dans les détails de sa vie privée.
Des années plus tard, elle épousa Stéphane, sans grande fête tout juste la mairie, à deux. Stéphane navait plus de famille, et Claire ne souhaitait pas inviter la sienne.
Leur quotidien fut simple et heureux. Seule ombre labsence denfant. Ils en rêvaient tous deux, mais rien ne venait. Les médecins étaient perplexes : aucune pathologie.
Nous attendrons que lenfant vienne ! répétait Claire, opiniâtre.
Le temps passa, rien. Ils envisagèrent dadopter, mais le destin en décida autrement.
Claire garda le contact rare avec sa famille, quelques cartes et coups de fil. Quelques fois, elle et Stéphane allaient voir Lucie et Paul, mais Stéphane nétait pas accepté. Claire cessa damener ses proches à intervenir dans sa vie.
Cest mon choix, maman. Il va falloir laccepter.
Tu es vieille pour les rêves, Claire, avec ta carrière et ta beauté quaurais-tu pu avoir !
Mais comment expliquer à sa mère que Stéphane était celui quil fallait dans la paix quil lui offrait, dans la simplicité. Malgré son poste de chef comptable dans une grosse société, Claire et Stéphane, chauffeur routier, ne sétaient jamais disputés sur la question du chef de famille. À deux, tout était léger. Stéphane la soutenait, la soignait, participait à tout.
Tas eu de la chance ! soupirait Margaux, courant après un fils turbulent, la petite Hélène dans les bras. Et moi, je dois tout faire seule Mon mari ne fait que me reprocher tout !
Claire écoutait à peine, sachant Margaux heureuse, au fond. Ce nétait pas le cas de Louise.
Louise était devenue dune beauté frappante. Ses sœurs, belles aussi, paraissaient ternes à côté delle.
Louise, notre reine ! murmurait Lucie, fière. Louise, nonchalante, laissait ses sœurs dresser la table pour les grandes réunions familiales. Elle tolèrerait dix minutes, les compliments reçus, puis filait, indifférente aux peines de ses parents.
Après le lycée, Louise décida : plus détudes.
Je serai mannequin, vous verrez ! Et elle se plaça à la tâche.
Mais elle navait pas compris combien ce travail exigeait defforts ; elle sen lassa. À la première occasion, elle sattacha à un homme daffaires. Quimportait quil fût marié, père de deux enfants ; rien ne la gênait. Aux remontrances timides de sa mère, elle rétorqua froidement :
Occupez-vous de vos affaires, sinon, vous ne me verrez plus jamais. Je vivrai comme je veux.
Elle voulait tout, reçut peu. En pensant sattacher ce grand homme, elle tomba enceinte. Ce fut la fin des illusions. Elle chercha querelle, harcela même la femme légitime. Celle-ci la toisa de haut, puis, dédaigneuse, rétorqua :
Vous nêtes ni la première ni la dernière. Moi, je suis son épouse. Il ne me quittera pas.
Tu es sûre ? demanda Louise, outrée. Quelle suffisance, pensa-t-elle.
Absolument. Vous êtes terriblement naïve. Allez, pensez ce que vous voulez ; lenfant sera le vôtre, les miens seront les siens, de plein droit. Élevez-le, si vous y tenez, mais nattendez rien. Cest le conseil dune juriste.
Fin du débat. Louise, furieuse, attendit le retour de lamant, mais ce fut pire.
Tu tassumeras. Je taiderai financièrement, je paierai le loyer, mais cest fini. Lenfant, tu lélèves. Viens pas chez moi, tu nauras rien. Vraiment, cest fini.
Louise seffondra, incapable de croire quelle, habituée à tout obtenir, se retrouvait ainsi.
En se perdant dans ses propres blessures, le temps passa et Pauline naquit. Lucie sen occupa depuis les premiers jours, car Louise sombra. Un moment, elle se colla à lenfant, puis disparaissait des jours entiers, laissant ses parents perdus, sans nouvelle ni solution. Le temps dabsence dura, puis le malheur sabattit. Un soir, un conducteur ivre perdit le contrôle ; Louise périt.
Lucie, brisée, laissa tout, Paul navigua entre son deuil et la petite-fille. Ne sen sortant pas, il sollicita Margaux, qui refusa :
Jai déjà ma famille, papa, pas question.
Paul secoua la tête et contacta Claire.
Sans la moindre hésitation, Claire prit des vacances et rejoignit la capitale. En un mois, toutes les démarches furent faites, et Claire emmena la petite Pauline, tout juste âgée dun an. Seuls ses parents, Margaux et son mari savaient que Pauline nétait pas sa fille biologique. Durant les formalités, Stéphane vendit leur appartement, accélérant la fin des travaux de leur nouvelle maison.
Stéphane, tu es merveilleux ! Tout ce dont javais rêvé ! Claire marchait, émue, pensant à la nouvelle vie qui débutait.
Pauline apporta tout ce qui manquait à la vie de Claire et Stéphane. Vive, joyeuse, lumineuse, la petite devint la source de leur bonheur. Neuf années passèrent comme un rêve.
Claire vit peu sa famille, se contentant de rares réunions. Après la perte de Louise, Lucie devint insupportable, noyant Claire sous les reproches.
On ta confié cet enfant ! Voyons comment tu ten sortiras Tu las emmenée loin, tu nas pas pensé à ta mère !
Claire ne répondait pas, emplie de compassion pour sa mère. Elle savait, malgré la douleur, que si cela avait été elle ou Margaux, le chagrin naurait pas été le même. Mais Louise, cétait différent.
Lucie voyait Pauline, si semblable à sa défunte fille, et son cœur se réchauffait.
Quelle est belle ! murmurait-elle en larmes à Claire. Sois douce avec elle. Quelle soit heureuse.
Claire caressait doucement la main de Stéphane, dun regard, le retenant de répondre trop vivement.
Laisse disait-elle. Et la tempête néclatait pas.
Mais pourquoi, Claire ? Ne vaut-il pas mieux mettre les choses à plat ?
Je ne sais pas, Stéphane Maman souffre. Toute cette colère vient du malheur.
Mais pourquoi devrais-tu en supporter les conséquences ? objectait Stéphane, enlaçant sa femme.
Peut-être simplement parce que je suis là ? Et quil ne reste plus que moi pour supporter ?
Et si elle sattaque à Pauline ?
Je ne crois pas quelle fasse de mal à la fille de Louise.
Et Claire avait vu juste : Lucie, violente envers son aînée, ne disait rien sur la petite. Elle voyait Pauline heureuse ; pourtant, voir lenfant appeler Claire « maman » la blessait, mais elle préférait se taire, évitant ainsi une blessure plus profonde encore.
Claire éteignit son ordinateur et sétira. Minuit passé ! Elle finit son thé froid en jetant un œil à la fenêtre. Comme cétait dommage que Stéphane soit en déplacement, pour la fête surtout ! Mais il promettait de rentrer le soir même, tout juste à temps. Quel cadeau ramenait-il pour Pauline ? Encore une surprise Même à Claire, il nen avait rien dit :
Vous verrez bien ! Ce sera parfait !
Claire sourit, reconnaissante de sa chance davoir épousé Stéphane, puis alla se coucher.
Maman ! Joyeux anniversaire à moi ! Pauline sauta sur le lit, couvrant Claire de bisous. Et à toi aussi ! Tu as eu la chance de mavoir !
Merci, ma chérie ! Claire serra sa fille contre elle. Bon anniversaire ! Sois heureuse, mon trésor !
Pauline se serra contre sa mère, blottissant sa tête dans son cou.
Je suis déjà grande ?
Bien sûr ! Dix ans ! Mais tu sais
Quoi ?
Pour moi, tu seras encore un peu petite ! répondit Claire dun clin dœil, et Pauline éclata de rire.
Tant mieux ! On aime plus les petits !
Eh bien, on taime ici, non ?
Claire chatouilla sa fille, qui se débattit en riant.
Bon, maintenant, les cadeaux ! Claire ouvrit le tiroir de la table de nuit. Jai quelque chose pour toi.
Elle tendit à Pauline une petite boîte.
Fais attention, cest fragile.
Pauline ouvrit, intriguée.
Maman Elle leva les yeux, émerveillée. Cest celui-là ?
Celui du grand-père, oui.
Pauline sortit doucement le minuscule chaton de cristal. Elle savait que Paul lavait offert à Claire autrefois.
« Pour la grande fille » Il ta dit ça, non ?
Cest ça.
Merci ! Je le rêvais tant ! Pauline caressa les minuscules oreilles du chat. Mais maman, je suis fille unique
Claire sourit mystérieusement.
Vrai ? murmura Pauline. Claire acquiesça, et Pauline, par un bond, brandit la figurine et cria :
Je vais avoir un petit frère ou une petite sœur ! Maman, cest vrai ?
On verra, ma chérie, je ne sais pas encore.
Et Claire, regardant Pauline danser de joie, sentit les larmes monter. Que dannées dattente pour ce bonheur.
Pauline sarrêta, le souffle court, se tourna vers Claire :
Cest le plus beau cadeau du monde !
Claire se leva pour la serrer, puis sortit une grande boîte du placard.
Ça aussi, cest pour toi.
La robe fit briller les yeux de Pauline. Tourbillonnant devant le miroir, elle demanda :
Maman, à quelle heure viennent les invités ?
Claire jeta un œil au réveil et bondit.
On est en retard ! Vite, il faut se préparer.
Elles étaient prêtes ; à midi, Pauline, parée, accueillait les invités en riant, la joie dans les yeux de Claire.
Comment va Pauline ? Lucie sinstalla, fatiguée, lançant un regard strict à sa fille.
Très bien, maman. Elle a eu son année avec les félicitations, et au conservatoire aussi. Elle est un vrai soleil.
Chéris-la. Cest un cadeau.
Claire soupira ; Lucie devenait difficile. Heureusement, Margaux arriva de la cuisine. Elle parla de ses enfants, de son mari, des plumes passées au fil de lannée, notant que Maëlys avait, elle aussi, de très bonnes notes, et que Victor était champion de boxe du quartier.
Un cri interrompit la fête. Claire courut vers la chambre. Derrière la porte, Pauline, en larmes, sa belle robe blanche tachée. Claire la prit par les mains.
Margaux ! Trousse de secours sur le frigo ! Vite, prends des bandages !
Tout le monde sagita dans la maison, sauf Maëlys, assise dans un coin, mauvaise mine.
Pauline, ma petite, que sest-il passé ? Claire, affolée, soignait les mains de sa fille.
Cest pas vrai ! Elle ment ! Elle ment !
Qui ment ? Claire cherchait à comprendre.
Les coupures étaient superficielles. Celle qui faisait le plus mal restait invisible.
Plus tard, dans la chambre, Pauline, serrée contre Claire, osa enfin parler, levant vers sa mère ses grands yeux verts les mêmes yeux qui, toujours, cherchaient une vérité.
Dans toutes les familles, les blessures arrivent, parce quon saime, et parfois parce quon ne sait pas se le dire. La vie fit de Claire une femme moins naïve, résolue à chérir ce quelle avait, à pardonner où elle le pouvait, mais sans jamais oublier la valeur du choix ni le prix du bonheur.
Parce que tout, même un petit chaton de cristal, rappelle que ce qui est fragile est précieux, surtout quand il se transmet comme une promesse damour.