LArtiste
Ce chat, cest un vrai démon, Françoise ! Il faut sen débarrasser ! Monique fronça le nez avec un air écœuré, dévisageant le matou roux à loreille fendue, qui senroulait autour des pieds de sa sœur.
Comment peux-tu dire cela, Monique ? sexclama Françoise, perturbée. Mais enfin, cest un être vivant !
Un être, oui ! Cest le mot. Mais tu ne trouves pas, Françoise, quil se permet un peu trop de choses ?
Le chat, comme pour donner raison à la visiteuse, se mit soudain à feuler, le dos arqué, avançant de biais, la patte prudente, vers celle qui troublait la paix des lieux.
Voilà ! Monique pointa le chat du doigt, triomphante, tout en reculant. Tu vois ? Nai-je pas raison ?
Françoise sinquiéta et appela son protecteur :
LArtiste, mon chéri, ce nest rien ! Tout va bien !
Le chat se retourna, fixa sa maîtresse puis, comme apaisé, vint sadosser à la jambe de Françoise, la poussant légèrement avant de sinstaller, précisant par là quil restait vigilant.
Un bandit ! souffla Monique, évitant le chat du regard. Et toi, tu le protèges !
Quelquun doit bien le défendre, non ? soupira Françoise.
LArtiste sétait invité dans la vie de Françoise il y a trois ans déjà. À cette époque, tout était sombre pour elle. À peine avait-elle eu le temps de faire le deuil de son mari que son unique fils était parti lui aussi ; elle sétait retrouvée totalement seule, mise à part sa sœur et quelques connaissances. De véritables amies, elle nen eut jamais.
Il y avait Monique. Sa sœur.
Monique était laînée. À peine quelques années de plus, mais les parents insistaient toujours sur ce point en élevant les deux filles :
Monique, cest notre grande ! Toujours fiable et sérieuse. On peut lui confier nimporte quoi, elle ne faillira jamais ! Et Françoise Françoise, cest notre petite fée, la consolation de nos cœurs. Quelle petite rêveuse, celle-là Cen est presque tragique !
Les sœurs grandissaient, persuadées que Monique était lintelligente, la belle, la star, tandis que Françoise nétait quune étourdie, quoique chérie.
Pourquoi papa et maman te félicitent-ils tout le temps ? Je ne comprends pas ! se vexait Monique quand Françoise rentrait de lécole avec des remarques positives dans son carnet. Bien travailler à lécole, cest la moindre des choses ! Il ny a rien de spécial à cela !
Mais je ne suis pas aussi maligne que toi, Monique Toi, tu as toujours des dix partout. Moi, jai de tout…
Justement ! Et il te félicitent, toi ! Monique renâclait, tandis que Françoise cachait un sourire, essayant de ne pas la contrarier encore plus.
Brillante à la fac, Monique nétait bientôt plus jamais à la maison.
Ça va, Monique ? tentait Françoise, cherchant à glaner quelques miettes du quotidien de sa sœur.
Oui, enfin Jaimerais que les journées soient plus longues. Vingt-quatre heures, cest trop court !
Pour apprendre tes cours ?
Pour vivre, voyons ! Comment veux-tu rencontrer quelquun de bien si tu te démènes comme une possédée du matin au soir pour ta carrière ?
Oh, je navais jamais songé à ça
Parce que tu passes ton temps à ne pas penser, ma petite ! Monique riait, éclipsant que ses mots touchaient sa cadette. Ces histoires de grands, ce nest pas pour toi !
Françoise se taisait, refoulait ses petits chagrins, mais se réjouissait sincèrement quand un succès venait couronner les efforts de sa sœur. Létoile, cétait Monique. Françoise navait quà se contenter de la contempler briller.
Au bout de ses études, Monique restait célibataire. Les garçons lévitaient, intimidés par sa répartie mordante. Les conseils maternels pour adoucir un peu son tempérament restaient sans effet.
Tu veux que je fasse la vierge effarouchée ? Cest absurde ! Ça, cest bon pour Françoise ! Ce nest pas mon style !
Personne ne te demande de changer du tout au tout ! Sois juste plus douce Les garçons aiment ça.
Maman, comment pourrais-tu savoir ce quils aiment, les garçons daujourdhui ? On nest plus à la belle époque !
Le ciel tomba, quand Françoise, à qui on répétait quelle navait pas besoin détudes supérieures, quelle ferait mieux dapprendre un vrai métier, présenta un fiancé à la famille.
Je vous présente Julien
Julien conquit les parents dès le premier regard. Beau, intelligent, plein de talent. Jeune journaliste, il commençait à réussir sur France 2. Il avait déjà réussi à se faire un nom, discret mais apprécié.
Mais lessentiel était lamour fou quil portait à Françoise. Françoise, que tout le monde parents et Monique jugeait quelconque et sans ambition, bachelière dun modeste lycée professionnel.
Françoise aimait la belle couture, la création. Son métier était tout naturel.
Une couturière, Françoise ? Monique désapprouvait.
Je ne suis pas aussi douée que toi, mais regarde, fabriquer une jolie jupe ou un chemisier ça nest pas donné à tout le monde. Je veux que les gens autour de moi soient beaux, quils portent de jolies choses et soient heureux.
Quelle drôle didée, Françoise
Je ne sais pas. Mais ta robe, que je tai cousue, elle te plaît bien, non ?
Mouais Il y en a qui rêvent daller dans lespace, et toi Ah, Françoise !
Et encore, Françoise ne comprenait pas ce quelle avait pu mal faire Pourtant Monique portait fièrement la robe comme tous les vêtements cousus par sa sœur. Elle ne faisait pas que reproduire. Françoise inventait elle-même les découpes et les formes, elle brodait dans la nuit des fleurs rouges vives au bas des jupes, souriant au matin en voyant sa sœur tournoyer devant le miroir.
Les créations de Françoise remportaient tant de succès quon demandait souvent à Monique où elle achetait ses tenues. Mais elle nen soufflait mot.
Secret !, répétait-elle avec une feinte lueur de mystère.
Mais larrivée de Julien dans la vie de Françoise fut un choc pour Monique.
Comment ?! Comment se faisait-il que celle qui navait ni diplôme fameux, ni beauté extraordinaire, soit fiancée avant elle ?! Impossible !
Le jour du mariage de Françoise, Monique resta impassible, visage fermé. Mais aujourdhui, tous admiraient la mariée dans sa robe cousue main. Françoise était magnifique et, pour la première fois, cétait elle et pas sa sœur la vedette.
Peut-être pour la première fois de sa vie, Monique ressentit la morsure de la jalousie, acide, venimeuse, sinstallant en elle.
La sœur a un homme superbe ? Toi, rien.
Les parents nont dyeux que pour Françoise ? Toi, tes transparente, tu nauras jamais denfant, de ce pas.
Elle rayonne de lumière ? Tout ce qui ten reste, cest lombre.
Monique quitta le mariage avant la fin, sesquiva discrètement, pour rentrer chez elle hurler de rage dans un oreiller, maudissant sa triste existence.
Mais sitôt la mère rentrée à la maison, Monique sétait recomposée.
Ça va, ma fille ?
Parfaitement ! Ne tinquiète pas.
Monique se maria six mois plus tard, presque avec le premier venu. Plus âgé, plus rond, déjà dégarni, mais très intelligent. Il comprit de suite ce que Monique attendait de ce mariage :
Je peux toffrir ce que tu veux. Mais il faudra sentendre.
Tes conditions ?
Tu me fais un enfant, ou deux. Pour le reste, je moccupe de tout. Nounou, femme de ménage, ce que tu veux. Fidélité sans faille. Je naccepte pas la trahison. Je veux la paix, la table, la chaleur du foyer pour travailler tranquillement. Tu acceptes ?
Monique nhésita pas :
Daccord.
Étrangement, ce mariage arrangé fut solide et apaisé. Il ny avait pas la tendresse qui régnait chez Françoise et Julien, mais un calme rassurant, la sécurité. Monique offrit un fils, puis une fille à son mari, comme convenu. Les enfants étaient élevés par la nounou, leur emploi du temps réglé à la minute par Monique, qui navait guère le temps de sen occuper : thèse, travail, mondanités Et lorigine mystérieuse de ses robes demeurait un secret.
Françoise, elle, restait à son rythme. Dans les années 90 pleines de troubles, elle cousait depuis chez elle. On se chuchotait son nom entre Parisiennes averties :
Une fée de la couture ! Elle ne prend que les clientes quelle connaît.
Si douée que ça ?
Extraordinaire ! Regarde ma robe rose ! Cest delle !
Parmi ses clientes, on comptait les épouses de nouveaux riches, députées et actrices de la Comédie-Française. Jamais un même modèle, pour éviter les scandales.
Quand les choses se stabilisèrent, Françoise ouvrit un petit atelier, qui devint rapidement un salon à la mode où se tissaient amitiés et potins. Cest Monique qui avait trouvé le local un rez-de-chaussée dun vieil immeuble du Marais et fourni léquipement, donnant à sa sœur un prêt, lui interdisant de sinquiéter pour largent.
On réglera ça plus tard !
Monique voulait que sa sœur ait une base solide sous les pieds. Parfois, elle sen voulait de la jalousie quelle avait nourrie, pensant quelle était responsable de la mélancolie qui avait peu à peu éteint la lumière de Françoise. Quand elle regardait ses propres enfants vifs et en santé, elle aurait voulu hurler comme autrefois ; car le fils tant attendu et aimé de Françoise était né malade.
Un enfant soleil, disait-on. Monique sappropria le surnom en lappelant toujours son Petit Soleil.
Petit cœur ! Je tai apporté des surprises ! et lenfant laccueillait chaque fois dun sourire si sincère quelle aurait remué tout Paris pour lui offrir un peu de bonheur.
Monique, tu aimes Louis plus que tes propres enfants ! Il tattend tellement
Ce nétait vrai quen partie, mais Françoise avait besoin dy croire et davoir lillusion que son garçon était normal…
Monique prit sur elle la recherche dune garde denfant, aida pour latelier.
Travaille, Françoise, tu en as besoin ! Julien voyage tout le temps, tu restes seule sinon. Pourquoi te cloîtrer ?
Je ne peux pas Jai Louis.
Latelier est assez grand. Fais-y une pièce pour lui, engage du personnel. Pour la nounou, je men occupe. Dirige ! Comme ça vous serez ensemble.
Ma chère Monique, que ferais-je sans toi ?
Les sœurs, cest fait pour ça, non ? Arrête, tu vas me faire pleurer, je sors à linstant !
La vie suivait son cours.
Monique suivait la santé de Françoise et de son neveu, trouvait toujours de nouveaux spécialistes. Louis fut souvent malade ; son petit cœur faiblissait, dautres organes aussi.
Monique, quest-ce que jai fait au monde pour mériter ça Pourquoi mon petit garçon ?
Rien du tout, ma chérie ! Cest la vie, cest tout. Il faut accepter lépreuve et faire de notre mieux pour quil ait du bonheur. La famille, la chaleur, lamour : cest tout ce quon peut lui donner et cest beaucoup, non ?
Sans doute
Alors, haut les cœurs ! Jai trouvé encore un neurologue. La queue est plus longue que devant la poissonnerie, mais tant pis ! Jai inscrit Louis déjà. On verra ce que ce Claude Bernard peut faire.
Monique
Tais-toi ! Sers-moi un thé, et si tu as un morceau de baguette ou de fromage, je nai rien avalé aujourdhui.
Le mari de Monique voyait dun bon œil ses efforts pour aider le petit.
Je regrette quon ne puisse pas faire plus. Je sais que tu décrocherais la lune pour eux. Si je peux taider, dis-le.
Pour Monique, ces quelques mots voulaient dire beaucoup. Elle sétait rendue compte quelle aimait son mari dun amour adulte, solide, quon ne connaît quaprès avoir beaucoup attendu et espéré.
Les enfants grandissaient, les parents vieillissaient, et il ny avait plus ni incompréhension, ni jalousie entre les sœurs.
À qui dautre confier ses peines, si ce nest à sa sœur ?
Françoise aussi était là pour Monique. Informée quun coup dur frappait le mari de cette dernière dans son poste à la mairie, elle poussa Julien à sinvestir ; laffaire fut longue, dangereuse, et longtemps après, Françoise apprendrait que Julien avait frôlé la mort pour que justice soit faite. Monique remercia sa sœur dun mot grave et court :
Tu ne réaliseras jamais, Françoise, tout ce que toi et Julien avez fait pour moi. Et tant que je vivrai, tu auras toujours tout mon soutien.
Et Monique tint parole.
Elle fut là pour épauler Françoise lorsque Julien tomba malade, puis disparut lentement sous les yeux de son épouse qui se tenait, stoïque mais qui pleurait à genoux sur lépaule de Monique :
Pourquoi ?! Il était si jeune encore
Bras dessus, bras dessous, Monique accompagna sa sœur dans cette traversée de la douleur, répétant sans cesse que Françoise nétait pas seule, car il restait Louis.
Puis Monique la soutint aussi le jour où le cœur de son petit Soleil cessa de battre pour de bon. Les deux sœurs, agrippées lune à lautre, fixaient le vide, écoutaient des médecins donner une explication sans larme, puis, quittant la clinique, elles marchèrent la nuit entière dans Paris, main dans la main, sans prononcer un mot.
Le t-shirt jaune et les baskets rouges
Oui
Elles navaient pas besoin dexpliquer ce que ça voulait dire. Elles accompagnaient leur enfant et ne voulaient rien dautre que ce quil aurait aimé.
Après la mort de son fils, Françoise séteignit. Elle travaillait mécaniquement, laissant tout sur les épaules de son équipe. Monique, passant à latelier, surprenait souvent sa sœur, assise, la main tombante sur la table, incapable de gribouiller un simple croquis.
Françoise
Je je me repose un peu, daccord ? et elle levait vers sa sœur un regard vide, sans la moindre lueur.
Ce nest pas possible, ça ! Monique sentait monter les larmes.
Je peux tout, maintenant souriait tristement Françoise. Plus rien ne compte
Le point de bascule survint le jour de larrivée du chat.
Nul ne sut doù il débarqua. Sale, râpé, loreille fendue. La rue était passante, jamais de chats dans ce quartier.
Le chat tenta de franchir le seuil mais on le chassa.
Dégage, va-ten !
Alors, il sallongea sur la première marche, les pattes et la tête pendantes comme une peluche abandonnée. Cest ainsi que Françoise le trouva en arrivant, tardivement.
Les filles, cest quoi ?! Elle observa le numéro dacteur devant sa porte.
Un chat, madame Françoise ! Il sest affalé là et il ne veut plus bouger !
Est-il vivant, au moins ? Françoise toucha timidement la bête du bout de son escarpin.
Le chat ouvrit un œil, soupira si humainement que cen était risible, tira la langue : Mais quest-ce que vous me faites subir, humains cruels ? Je meurs, parole ! Voilà, il ny aura bientôt plus rien, même pas une trace ! Pas de nom, pas de gamelle, une semaine de faim ! Lindifférence totale ! Où est la charité ?
Françoise, amusée par la scène, sourit pour la première fois depuis longtemps :
Quel artiste ! Il mériterait un César ! Bon, ça va, viens. Tu vas manger et avoir des caresses.
Elle le ramassa, lexamina, secoua la tête :
Dabord, direction clinique vétérinaire ! Ton oreille tiraille mon cœur.
Le chat, docile, sinstalla sur le siège passager de la voiture, toléra les soins du vétérinaire, grognant seulement une fois quand la piqûre fut trop vive. Il accepta le pâté, puis trotta, la queue droite, aux côtés de Françoise hors de la clinique.
Je nai jamais eu de chat On fait comment, lArtiste ?
Le chat, stoïque, fixa les voitures de Paris défiler, et Françoise esquissa un sourire :
Daccord, on sentendra. Reste à voir si Monique taccepte
Bien sûr, Monique naccepta pas le chat. Enfin, en apparence. Elle le houspillait, tout en se réjouissant de voir dans le regard de Françoise renaître une flamme. Quelquun avait besoin delle, elle oubliait sa tristesse pour soccuper dun autre.
Françoise, il tobserve bizarrement !
Laisse-le, Monique ! Cela fait des années que personne ne me regarde ainsi !
Comment ça ?
Avec amour !
Il tenroule autour de la patte ! Il ment !
Quimporte ? Il me réchauffe les pieds le soir, regarde la télé avec moi vraiment ! Il plonge dans lécran, concentré, comme sil comprenait lintrigue.
Tu las bien cherché ! Avec un nom pareil ! LArtiste, franchement !
Cest ce qui lui correspond ! sesclaffait Françoise, réchauffant le cœur de Monique.
Sa sœur souriait à nouveau et rien ne pouvait valoir ce cadeau-là !
Monique finit par adopter lArtiste sans sen rendre compte, le jour où elle faillit perdre Françoise.
Cétait un samedi. Elles ne devaient pas se voir, mais Monique, passant par le Marais, décida au dernier moment de pousser la porte de latelier. Depuis larrivée du chat, Françoise avait repris goût au travail, et ses collections affolaient de plus belle les clientes.
Latelier était allumé ; Monique entra à laide de son double de clé.
Françoise ! Cest moi !
Une flamme rousse jaillit et Monique hurla en sentant le chat lacérer ses collants.
LArtiste ! Tes fou ou quoi ?
Le chat paraissait possédé. Monique recula, effrayée par le feu vert dans ses yeux.
Mais tes quoi, un chat enragé ?
Saisissant une grande règle, elle sapprêta à se défendre, quand lArtiste miaula faiblement, puis fila entre elle et la porte de la pièce qui fut jadis la chambre de Louis et que Françoise navait jamais pu transformer.
Quy a-t-il là ? Où est Françoise ? artikula-t-elle, ébranlée.
Se précipitant, elle découvrit sa sœur, inanimée, tenant la photo de son fils.
Françoise !
Urgence, hôpital, vingt heures de soins intensifs.
Monique arpentait les couloirs, incapable de se calmer, murmurant des prières sans formule :
Ne me la reprends pas ! Laisse-la-moi encore un peu !
Plus tard, elle apprendrait que lArtiste hurlait lui aussi, trépignant, enfermé dans une pièce par les assistantes, lançant une plainte sourde quon nentendit jamais, sauf lorsque le chat appelait sa maîtresse. Et, quand Françoise se réveilla, il cessa aussitôt, se recroquevilla dans un coin, refusant de manger mais buvant un peu deau.
On la laissa sortir trois semaines plus tard.
Monique, dabord à latelier !
Tu veux ton bandit tout de suite ? Je te lamène !
Non, je veux le voir.
Françoise monta péniblement les escaliers ; les filles du personnel éclatèrent de rire en voyant la flamme orange courir dans le couloir, enlacer les jambes de sa maîtresse, ronronner si fort que même Monique pouffa :
Ah, lArtiste !
Françoise serra le chat contre elle, caressa loreille cicatrisée, et murmura :
Il ma appelée, Monique. Et je lai entendu Dabord lui, puis toi. Juste avant lhôpital. Même là-bas
Même là-bas ?
Je ne sais pas lexpliquer. Jai entendu la voix de Julien, de Louis, mais son cri, à lui, les a noyés Ensuite, jai entendu ta voix et je me suis réveillée.
Cest étrange.
LArtiste, de son côté, se redressa, effleura la joue de Françoise de sa patte, lança un regard à Monique ; il senroula confortablement dans les bras de sa maîtresse, murmurant son apaisement, la tristesse chassée.
Je crois quil vient de maccepter, sourit Monique. Je ne sais pas comme quoi, mais il ma acceptée.
LArtiste entrouvrit un œil, lança une étincelle verte, ronronna plus fort, repoussant la tristesse, promettant la paix. Et Françoise sourit encore, pour le bonheur secret de sa sœur.
Quest-ce quil faut, après tout, à lêtre humain ? Des proches à ses côtés et du calme dans son âme.
Si peu. Si immense.