L’Artiste

Ce chat, cest un vrai démon, Lucette ! Il faut sen débarrasser ! sexclama Hélène dun ton dédaigneux en jetant un coup dœil à létrange matou roux à loreille abîmée qui se frottait affectueusement contre les jambes de sa sœur.

Quest-ce que tu racontes, Hélène ?! soffusqua Lucette, effrayée. Cest un être vivant, tout de même !

Un être, cest sûr ! Cest dailleurs le meilleur mot ! Tu ne trouves pas, Lucette, quil se permet un peu trop de choses ?

Comme pour donner raison à la visiteuse, le chat se mit soudain à feuler, le dos rond, avançant de travers, prêt à défendre son territoire contre lintruse.

Tu vois ! sécria Hélène, triomphante, en pointant le chat du doigt, alors quelle reculait par réflexe. Quest-ce que je te disais ?!

Lucette poussa un petit cri et appela son protecteur :

Comédien, mon chou, ça suffit ! Tout va bien !

Le chat, entendant lappel de sa maîtresse, se retourna, la fixa un instant, puis il sembla se calmer dun coup. Il revint se lover aux pieds de Lucette et, après avoir effleuré du flanc son genou malade, sassit à côté delle, lair de dire quil veillait.

Un vrai bandit ! cracha Hélène en contournant prudemment le chat. Et toi, tu le chéris !

Il faut bien que quelquun sen occupe, non ? soupira Lucette.

Ce Comédien était entré dans la vie de Lucette trois ans plus tôt, à une époque bien sombre. Elle venait à peine de perdre son mari lorsque son unique fils disparut lui aussi, la laissant entièrement seule, hormis sa sœur, et quelques rares copines. Jamais elle navait eu de véritables amies proches.

Il y avait Hélène. Sa sœur.

Hélène était laînée. Une différence dâge minime, mais leurs parents narrêtaient pas de souligner :

Hélène, cest notre grande ! Très responsable, elle ! On peut tout lui confier, on naura jamais à sen faire, tout sera réglé à la perfection ! Et Lucette notre ange, notre consolation. Un vrai petit miracle, mais tellement étourdie Cen est presque désespérant !

Elles grandissaient avec la conviction quHélène était la brillante étoile de la famille, et que Lucette, cétait létourdie, mais ladorée.

Je ne comprends pas pourquoi les parents te couvrent de compliments ! râlait Hélène à chaque fois que Lucette ramenait de bons bulletins de lécole. Bien travailler à lécole, cest normal ! Où est le mérite ?

Mais Hélène, je ne suis pas aussi futée que toi ! Toi, tu nas que des 18 ou 20, moi, cest plus mitigé.

Justement ! Et malgré tout, tu as leurs éloges ! boudait Hélène, pendant que Lucette, tout en cachant son sourire, faisait attention à ne pas trop la vexer.

Hélène termina le lycée avec les félicitations et fila directement à la fac. Elle rentrait rarement à la maison.

Alors, ça va comment, Hélène, la fac ? sinformait Lucette, à la moindre occasion.

Ça avance ! Dommage que les journées ne fassent pas plus de vingt-quatre heures !

Pour quoi faire ? Tu nas pas assez de temps pour réviser ? senquérait Lucette.

Mais non ! soupirait Hélène. Cest la vie perso qui manque ! On est censé rencontrer des garçons, mais, à courir après la carrière, il ne reste plus de place pour les jolies histoires !

Oh, je navais jamais pensé à ça

Tu as déjà réfléchi à quoi que ce soit, toi ? riait Hélène, sans se rendre compte à quel point ses mots blessaient sa sœur. Ce sont des préoccupations dadultes, pas adaptées à une petite comme toi !

Lucette évitait le sujet, ravala ses peines, et se réjouissait discrètement quand sa sœur obtenait ce quelle voulait. Il fallait bien que la star brille Et Lucette, elle, sen contentait.

À la fac, Hélène restait seule. Les garçons la fuyaient, intimidés par son fort caractère et ses piques bien senties. Ni les conseils de leur mère ne ladoucissaient :

Ma fille, personne ne te demande de changer du tout au tout ! Mais mets un peu deau dans ton vin Les garçons aiment la douceur.

Maman, mais quest-ce que tu en sais, toi, de ce qui plaît aux mecs daujourdhui ?! On nest plus à ton époque !

Peut-être bien, Hélène

Ce fut le choc total quand Lucette, quon avait convaincue quun bac était bien suffisant, ramena un fiancé à la maison.

Voici mon Stéphane

Stéphane attira illico la sympathie des parents. Il était élégant, brillant, passionnant. Jeune journaliste, il débutait à la télé avec un certain succès, et avait déjà un nom, discret, mais remarqué.

Mais ce qui comptait surtout, cest quil était éperdument amoureux de Lucette. Lucette, la tendre, sans histoire, qui faisait son BTS Couture dans un lycée de banlieue.

Lucette avait toujours adoré coudre, créer des vêtements et styliser les gens autour delle. Elle avait choisi ce métier pour ça.

Lucette, mais enfin, couturière ? Hélène nétait vraiment pas ravie.

Hélène, je ne suis pas une intello comme toi. Mais une jolie jupe ou un chemisier bien fait, ce nest pas donné à tout le monde. Jaime rendre les gens beaux et heureux.

Si tu le dis Lucette, tu as vraiment mille idées saugrenues à la minute.

Je ne sais pas. Mais regarde, la robe que je tai cousue te va à merveille !

Mouais quelquun rêve daller sur la lune, et toi, tu couds des fleurs sur des ourlets Hélas, Lucette !

Malgré tout, Hélène portait avec fierté chacune des créations signées Lucette. Jamais de modèles vus ailleurs : Lucette inventait ses propres coupes, parfois passait des nuits blanches à broder le bas dune robe pour sa sœur, puis savourait discrètement la joie que celle-ci éprouvait devant le miroir.

Les tenues de Lucette étaient si réussies quon demandait fréquemment à Hélène doù elles venaient. Mais Hélène restait muette.

Cest top secret !

Donc, tu as des cousins à létranger ? chuchotaient les copines, admiratives.

Je ne dirai rien. Cest pas mon secret ! coupait Hélène, tout en étant secrètement fière des talents de sa sœur.

Mais quand Stéphane entra dans la vie de Lucette, ce fut trop pour Hélène.

Comment ?! Comment celle qui na ni diplôme ni beauté particulière sest-elle retrouvée fiancée avant moi ? Impossible !

Au mariage, Hélène tira une tronche de six pieds de long. Famille et amis étaient perplexes. Lucette, radieuse dans sa propre création, éblouit tout le monde.

Quelle beauté ! Et puis, ce garçon, si charmant Ils forment un couple splendide, quils soient heureux !

Pour la première fois, Hélène goûta à lamertume de la jalousie. Un sentiment vicieux creusa son nid au fond de son cœur.

Ta sœur a un mari si chouette ? Toi, rien du tout !

Les parents nont dyeux que pour Lucette ? Toi, jamais.

Lucette rayonne, elle a piqué ta lumière, cest elle maintenant létoile. Et toi, tas que tes yeux pour pleurer.

Hélène quitta la fête avant la fin, rentra chez elle et pleura dans son oreiller jusquau retour des parents.

À peine rentrée dans son ancienne chambre denfant, elle se redressa dun coup.

Ça va, ma fille ?

Très bien ! Aucun souci !

Six mois après, Hélène se maria elle aussi. Pas vraiment par amour : cétait le premier qui sétait présenté. Son mari était bien plus âgé, un peu chauve, un peu bedonnant, mais très intelligent. Il avait tout de suite compris ce quHélène attendait de ce mariage.

Je tapporte la stabilité que tu veux. Mais cest un accord. Tu me donnes un enfant, ou deux même, et tu fais ta carrière. Je moccupe du reste : nounou, femme de ménage, tout, comme tu veux. Je te garantis fidélité. En échange, aucune tromperie, jexige la paix et le confort à la maison, rien ne doit venir perturber mon travail. Clair ?

Hélène nhésita pas :

Marché conclu.

Aussi étrange que cela paraisse, cette union de raison savéra solide. Pas de grande passion, ni deffusions comme chez Lucette et Stéphane, où tout était douceur et amour, mais une vraie tranquillité et une assurance pour lavenir.

Elle eut un fils, puis une fille, exactement comme prévu. Les enfants furent confiés à une nounou, le planning prévu au cordeau par Hélène. Entre sa thèse, son travail, et sa vie mondaine où elle brillait dans les créations signées Lucette, Hélène navait guère le temps pour léducation.

Lucette, elle, vivait autrement. Dans les années 90 incertaines, elle cousait à la maison, se bâtissant une clientèle fidèle, recommandée sous le manteau.

Cette couturière a des doigts de fée ! Mais elle prend presque plus de nouvelle clientes !

Elle vaut vraiment le coup ?

Incroyablement ! Tu as vu ma robe rose ? Cest elle !

Sérieux ? On dirait du designer !

Bah, tous les créateurs ont commencé comme ça ! Lucette aussi percera, tu verras !

Lucette habillait la moitié de Radio France et un bon tiers de lOpéra Garnier. Jamais deux fois le même modèle, consciente du scandale si deux clientes, à la même soirée, portaient sa pièce.

Une fois, la crise passée, Lucette ouvrit un petit atelier, grâce à laide dHélène qui lui trouva un local charmant sur la rive gauche et lui avança largent pour les machines.

Ne ten fais pas pour les sous, on sarrangera plus tard !

Pour Hélène, il était vital doffrir une base à sa sœur. Elle se sentait encore responsable de lamertume qui avait, un temps, éteint la lumière de Lucette. La sienne, en revanche, rayonnait, regardant ses propres enfants pleins de vie, tandis que le petit garçon que Lucette avait tant désiré était venu au monde fragile.

Soleil En entendant ce mot, Hélène se lappropria et nappela plus jamais son neveu quainsi.

Mon trésor ! Mon Soleil ! Jai des cadeaux pour toi ! sexclamait Hélène à chaque visite.

Lui, il laccueillait dun sourire dange, qui donnait envie de décrocher la lune pour lui.

Hélène, tu aimes mon Rémi encore plus que tes propres enfants ! confiait Lucette, voyant son fils se blottir contre sa tante alors quil restait si méfiant avec les autres.

Ce nétait pas entièrement faux, mais Lucette voulait croire que son petit était sain

Hélène, consciente du combat de sa sœur, laida à trouver une nounou et à sorganiser pour latelier.

Travaille, Lucette ! Tu en as besoin ! Stéphane est sans arrêt en déplacement ! Rester enfermée, à quoi bon ?

Je ne peux pas, Hélène ! Il y a Rémi !

Tu as de la place ; aménage une salle pour les enfants, engage du monde. Je moccupe de la nounou. Gère ton atelier ! Tu auras Rémi sous les yeux et le boulot en main !

Hélène, quest-ce que je ferais sans toi ?

De rien, cest pour ça quon a une sœur ! Bon, jarrête, tu vas me faire pleurer et jai passé une heure à me maquiller ! Jai un dej’ !

La vie suivait son cours.

Hélène veillait sur la santé de Lucette et de son neveu, consultait des spécialistes, cherchait des solutions. Rémi était fragile, souvent malade, cœur en vrac, organes faibles.

Hélène, je ne comprends plus sanglotait Lucette, ces soirs rares seules à seules. Quest-ce que jai bien pu faire pour que tout tombe sur mon fils ?

Rien de mal, Lucette ! Tu ny es pour rien ! Cest… le destin, sil faut lui donner un nom ! Elle a décidé de te faire passer une épreuve, cette garce. Mais tu ne pleures pas : on va sen sortir. Rémi ne sera jamais solide, soyons honnêtes. Mais le rendre heureux, serein, on peut le faire, Lucette. Et quest-ce qui compte vraiment ? Amour, famille, un peu de chaleur. Ça, on saura lassurer, pas vrai ?

Tu as raison

Alors, plus de larmes ! Jai trouvé un neurologue de renom. Apparemment, une pointure ! Y a une file dattente comme au boulanger pour la galette, mais je tai déjà inscrit Rémi. On verra ce quil pourra pour nous.

Hélène

Chut ! Fais-moi plutôt couler un bon thé ! Et sors-moi un petit sandwich, jai rien avalé ce matin.

Le mari dHélène comprenait laffection de sa femme pour Rémi.

Dommage quon ne puisse rien faire Je sais que tu décrocherais les étoiles si besoin. Si tu veux quelque chose, dis-le-moi. Je taiderai.

Ces simples mots valaient mille phrases pour Hélène. Elle savait maintenant quelle aimait son mari. Dun amour tranquille, serein, mûri, qui na rien de lurgence des débuts.

Les enfants grandissaient, les parents vieillissaient, et entre les sœurs, lincompréhension et la jalousie avaient disparu.

À qui confier ses tracas, sinon à sa sœur ?

Lucette nétait pas quune confidente. Elle rendit elle aussi service : lorsquHélène lui conta que son mari avait des soucis au boulot, Lucette demanda à Stéphane déclaircir laffaire. Une affaire longue, épuisante, qui faillit coûter cher à Stéphane, mais tout sarrangea, et Hélène dit seulement, dun ton grave :

Tu ne sauras jamais, Lucette, ce que Stéphane et toi avez fait pour moi. Je promets, tant que je vivrai, toi et ta famille naurez jamais à manquer de rien.

Et elle tint parole.

Elle fut là lors de la maladie de Stéphane. Il sest éteint lentement, fondant sous les yeux de Lucette, qui, la nuit venue, seffondrait sur lépaule dHélène :

Mais pourquoi ?! Pourquoi ?! Il était si jeune !

Hélène, tout contre elle, laida à traverser la douleur, la rappelant sans cesse quelle devait tenir bon, pour Rémi.

Puis, cest Hélène qui serra sa sœur dans ses bras le soir où le cœur de Rémi sarrêta. Elles restèrent silencieuses devant les médecins expliquant linévitable, puis, oubliant la voiture, elles rentrèrent à pied, main dans la main, traversant Paris sans dire un mot.

Le t-shirt jaune et les baskets rouges

Oui

Plus besoin de mots : elles savaient. Elles voulaient que tout soit comme lui aurait voulu

Après la mort de son fils, Lucette fut brisée. Elle traînait au boulot, faisait tout machinalement. Combien de fois Hélène la surprit-elle, assise devant ses dessins, incapable de tracer le moindre début de croquis.

Lucette

Je vais bien Je me repose juste un instant, daccord ? répondait Lucette, les yeux éteints.

Ce nest pas possible de continuer comme ça ! Hélène avait envie de pleurer.

Je peux tout maintenant souriait tristement Lucette. Quest-ce que ça change de toute façon ?

Tout bascula le jour où un chat débarqua dans latelier.

Personne ne sait doù il venait, ce pauvre matou tout râpé, crasseux, loreille en charpie. Sur un boulevard aussi animé, cétait peu commun.

Il tenta de franchir la porte, mais on le chassa.

Dégage ! File dici, vilain minet !

Le chat choisit la seule option qui lui restait. Il grimpa sur la première marche, sallongea de tout son long, pattes et tête pendantes, jouant les loques épuisées. Cest ainsi que Lucette le découvrit ce matin-là, arrivée plus tard que dhabitude.

Dites, les filles, cest quoi ça ? sétonna-t-elle en posant les yeux sur cette boule de poils jouant sa comédie.

Un chat, madame Lucette ! Il sest installé et refuse de partir !

Mais il est vivant au moins ? Lucette effleura du pied le chat inerte sur la marche.

En guise de réponse, le chat entrouvrit un œil, poussa un long soupir, et tira la langue dun air désespéré, comme sil disait :

Vous êtes bien cruelles, vous les humains ! Je meurs de faim et jusquà mon nom, on me la volé ! Personne pour avoir pitié de moi !

Pour la première fois depuis longtemps, Lucette sourit :

Quel acteur, celui-là ! Les filles, regardez-moi ça ! Stanislavski se retournerait dans sa tombe ! Bon Allez, viens on va te donner un bon repas et un peu de tendresse.

Elle le ramassa, lexamina, secoua la tête :

Non, toi, direction le vétérinaire dabord ! Ton oreille ne me plaît pas du tout.

Le chat se laissa faire sur le siège avant, nopposa quun bref miaulement fâché pendant la piqûre, puis accepta, digne, la pâtée offerte par Lucette et sortit de la clinique à ses côtés, fier comme un coq.

Bon Jai jamais eu de chat. Tu proposes quoi, Comédien ?

Le chat la fixa droit dans les yeux, imperturbable comme un sphinx, si bien que Lucette se remit à sourire :

Daccord ! On va sentendre. Reste à voir si tu plairas à Hélène

Évidemment, Hélène napprouva pas ce chat. Enfin, du moins, en apparence. Elle râlait, mais sapercevait que Lucette avait à nouveau de la flamme dans le regard. Grâce à ce matou, elle redevenait un peu elle-même, retrouvait le goût de soccuper de quelquun, dapporter du réconfort.

Lucette, il te regarde bizarrement, tu sais !

Laisse-le, Hélène. Il ny a plus personne qui me regarde comme ça depuis longtemps.

Comment ça ?

Avec de lamour

Bah voyons ! Cest un filou, il te manipule !

Peut-être. Mais il réchauffe mes jambes tous les soirs et regarde Netflix avec moi. Tu imagines ? Il fixe vraiment lécran, comme sil comprenait lhistoire !

Tu las bien cherché, avec un nom pareil : Comédien ! Fallait lappeler Félix ou Minou, comme tout le monde !

Mais ce nom, cest toute sa nature ! riait Lucette, réchauffant le cœur de sa sœur.

Elle souriait à nouveau ! Pour ça, Hélène aurait pardonné nimporte quoi à ce chat.

Mais elle ladopta vraiment le jour où elle faillit perdre Lucette.

Cétait un samedi. Toutes deux navaient rien prévu ensemble. Hélène, passant par hasard devant latelier, décida dy jeter un œil. Depuis larrivée de Comédien, Lucette sétait remise à la couture et ses clientes se bousculaient pour la dernière collection.

La lumière était allumée. Hélène entra avec son double de clés.

Lucette, cest moi !

Une boule de feu rousse fonça vers elle et, soudain, sagrippa à sa cheville, lui déchirant les bas.

Comédien ! Tu es fou ?!

Le chat arborait une expression étrange, les yeux brillants dun éclat étrange. Hélène fit un pas de recul.

Mon dieu, tes possédé ou quoi ?!

Elle attrapa une règle de tailleur, prête à se défendre, mais Comédien lâcha un miaulement déchirant puis se mit à aller et venir entre elle et la porte de la chambre denfants, celle qui appartenait à Rémi et que Lucette navait jamais réussi à transformer.

Il y a quoi là-dedans ? Où est Lucette ?!

Guidée par linquiétude, elle se précipita. Et découvrit sa sœur effondrée au sol, la photo de son fils serrée dans les bras.

Lucette !

Urgences, hôpital, réanimation vingt-quatre heures

Hélène tournait en rond dans les couloirs, priant à sa manière, sans mot ni rituel :

Ne me la prends pas laisse-la-moi, quelle vive !

Plus tard, elle apprit que Comédien, enfermé dans une pièce par les assistantes, sétait mis à pousser des miaulements déchirants, comme ceux avec lesquels il appelait toujours sa maîtresse. Et il ne se calma que lorsque Lucette reprit connaissance, refusant de manger mais dormant, apaisé, dans un coin.

Trois semaines plus tard, Lucette sortit enfin.

Hélène, dabord latelier !

Lucette, non, je peux tamener ce fou de chat à la maison !

Non, je veux le voir à latelier

Lucette grimpa lentement les marches, et les couturières éclatèrent de rire en voyant la flamme rousse courir à travers les pièces, entourer la maîtresse de ses pattes et ronronner si fort que même Hélène lâcha :

Ah, Comédien !

Lucette le prit dans ses bras, caressa loreille guérie, et confia :

Il a crié pour moi, Hélène. Je lai entendu dabord lui, puis toi. À lhôpital aussi, jai entendu sa voix, même avant les vôtres

Tu veux dire là-bas ?

Je ne sais pas comment expliquer. Il y avait dabord la voix de Stéphane, puis celle de Rémi, puis juste celle du chat Après, cest toi et la vie.

Cest fou tout ça murmura Hélène, à court de mots.

Mais le chat, lui, savait. Il effleura tendrement le menton de Lucette, lança un regard malicieux à Hélène, puis se roula en boule dans les bras de sa maîtresse, totalement rassuré.

Je crois que je viens dêtre acceptée, glissa Hélène dans un sourire. Va savoir pour quoi, mais cest validé

Et Comédien, yeux mi-clos, ronronna de plus belle, chassant la tristesse, promettant la paix. Lucette sourit de nouveau, et cela suffit au bonheur dHélène.

Au fond, de quoi a-t-on vraiment besoin ? Les siens auprès de soi, et la paix dans le cœur.

Si peu et pourtant, tellement.

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