Laisse-moi tranquille ! Je ne t’ai jamais promis de t’épouser ! Et puis, je ne sais même pas si cet …

Éloigne-toi de moi ! Je ne tai jamais promis le mariage ! Et puis, franchement comment savoir si cet enfant est vraiment de moi ?

Peut-être quil nest pas de moi du tout !

Et puis voilà, Victor qui était juste de passage en mission dans leur village près de Dijon a lâché ça à une Clémence complètement désemparée.

Tu crois ça ? Elle, elle restait bouche bée, à moitié sourde dincompréhension. Cétait ce même Victor qui la couvrait dattention, portait son cabas et lui murmurait des « ma petite Clémence » comme des caresses Celui qui lui promettait la lune et les étoiles ? Et là cétait juste un type paumé, presque fâché, quelle ne reconnaissait plus

Clémence en a pleuré une bonne semaine, le cœur en miettes, et a fait une croix définitive sur Victor. Mais bon, elle avait déjà trente-cinq ans, pas vraiment un prix de beauté, donc côté chances de grand amour ça commençait à sentir le sapin. Alors elle a décidé quelle serait maman et puis cest tout.

Et voilà quà terme, elle donne naissance à une petite fille bien bruyante quelle a appelée Capucine. Capucine, elle était du genre douce, jamais un problème, et ne demandait pas grand-chose à sa mère.

Peut-être quelle sentait, va savoir, que ce nétait pas en réclamant plus fort quon obtenait quoi que ce soit Clémence était correcte avec sa fille elle lhabillait, la nourrissait, lui achetait quelques jouets mais lélan du cœur, la chaleur maternelle, il manquait quelque chose. Jamais un câlin pour rien, jamais de promenade main dans la main. Capucine, toute petite, tendait souvent les bras vers elle, mais Clémence était toujours trop occupée, fatiguée, elle avait mal à la tête, un truc à faire. Son instinct maternel na jamais vraiment pris, tu vois ?

Quand Capucine a eu sept ans, un miracle : Clémence a rencontré un homme. Non seulement ça, mais elle la carrément ramené chez elle ! Tout le village de Saint-André-en-Terre râlait : « Cette Clémence, vraiment, elle nen fait quà sa tête »

Le type Jean-Luc nétait pas dici, pas de boulot fixe, vivait un peu où il pouvait Certains disaient même que cétait sûrement un margoulin.

Clémence travaillait à la petite épicerie Coop du coin, et lui était venu aider à décharger les camions. Cest comme ça quils ont accroché.

Peu après, elle a proposé à Jean-Luc demménager chez elle. Les voisines nétaient pas contentes : « Franchement, amener un inconnu chez soi faut penser à la petite, non ? Il ne dit jamais un mot il cache sûrement quelque chose ! »

Mais Clémence, elle sen fichait. Comme si au fond delle cétait sa dernière chance davoir droit au bonheur

Et puis, lavis des gens a fini par changer sur ce Jean-Luc silencieux. La maison de Clémence, sans un homme, était un vrai chantier : portail qui penchait, toiture qui fuyait, carreaux cassés Jean-Luc, lui, il a commencé à tout réparer : les marches, la toiture, le portail : en quelques semaines, tout était en ordre !

Voyant quil avait de lor dans les mains, les voisins sont venus demander des petits services. Lui, il disait : « Si tes âgé ou sans le sou, je taide gratos. Sinon, cest 20 euros ou alors donne-moi un pot de miel, de la rillette, des œufs, ou du fromage. »

Clémence avait bien un jardin, quelques légumes, mais pas de bêtes pas simple, la vie sans un homme à la maison quoi. Avant Jean-Luc, Capucine navait jamais beaucoup de crème ou de lait. Maintenant, il y avait tout ça au frigo.

Jean-Luc, il était vraiment doué, ses mains étaient de lor. Et Clémence, quon navait jamais trouvée jolie, elle sest transformée : lumineuse, détendue, adoucie. Même avec Capucine, elle était devenue plus douce. Elle sest mise à sourire et tu sais quoi ? Elle avait de ces fossettes adorables quon navait jamais vues !

Capucine, elle grandissait tranquillement, elle allait déjà à lécole primaire. Un jour, elle squattait les marches devant la maison à regarder Jean-Luc bricoler, fascinée. Puis elle sest échappée chez sa copine Églantine à côté, elle a joué tout laprès-midi et nest rentrée quau coucher du soleil. En arrivant tu sais ce quelle trouve ? Au milieu du jardin, un balançoire toute neuve qui se balançait doucement dans la brise !

Cest pour moi ? Jean-Luc, cest toi qui as fait ça ?

Ben oui, Capucine, pour toi ! Profite-en ! a répondu Jean-Luc, souriant comme jamais.

Elle est montée dessus et sest envolée, cheveux au vent, le cœur léger. Ce soir-là, aucun enfant dans le département nétait aussi heureux quelle

Vu que Clémence partait tôt bosser, cest Jean-Luc qui a pris le relais pour les petits-déjeuners, les déjeuners, et il était doué en cuisine ! Il apprenait à Capucine à cuisiner, dressait la table avec elle, faisait des gâteaux dont lodeur te fait tomber à la renverse Ce gars muré dans le silence se découvrait de vraies passions.

En hiver, quand les journées raccourcissaient, il venait la chercher et la raccompagnait à lécole, portait son cartable, lui racontait des histoires de sa vie comment il avait veillé sa mère malade, lavait accompagnée jusquau bout, et comment son frère lavait poussé dehors, le laissant sans rien.

Cest lui qui a appris à Capucine à pêcher ; lété, avant laube, ils allaient à la Saône, assis sur la berge, en silence à attendre la touche. Patience, patience, disait-il.

Mi-juillet, il lui a acheté un petit vélo denfant. Il couvrait ses genoux avec du Mercurochrome à chaque gamelle, lui remontait le moral : « Tomber, cest apprendre à se relever », quil disait à Clémence qui râlait.

À Noël, il a fabriqué pour Capucine des vrais patins à glace taille enfant. Le soir, ils ont dressé la table ensemble, en attendant minuit. Ils ont trinqué, rigolé, savouré son gratin dauphinois au coin du sapin Le matin, Capucine sest réveillée en hurlant de joie : « Mes patins ! Des vrais patins blancs et neufs ! Merci, merci ! » Elle pleurait de bonheur, blottie contre ses patins.

Et puis, ils sont partis sur la petite rivière gelée. Jean-Luc a déblayé la glace, Capucine la aidé. Il la soutenue tant de fois quelle est tombée, mais il ne râlait jamais, et à force, elle a réussi. Elle trépignait de joie, elle était fière. Quand ils sont partis, elle sest jetée à son cou :

Merci pour tout, merci, Papa

Et là cest Jean-Luc qui pleurait, de bonheur, discrètement, espérant quelle ne voie pas ses larmes qui coulaient toutes seules.

Capucine a grandi, elle est partie faire ses études à Lyon. Elle a eu ses galères, comme tout le monde, mais Jean-Luc nétait jamais loin, toujours à aider. Il venait à chaque remise de diplôme, traversait la ville pour lui apporter ses courses il ne voulait pas que sa fille manque de quoi que ce soit.

Cest lui aussi qui la accompagnée jusquà lautel, le jour de son mariage. Avec son gendre, ils ont attendu ensemble sous la fenêtre de la maternité que les nouvelles du bébé tombent. Et puis, il a gardé et gâté ses petits-enfants comme personne.

Un jour, il est parti comme on part tous un jour. Au cimetière, Marie parce quelle se fait appeler Marie, maintenant était là avec sa mère devant la tombe. Elle a lancé une poignée de terre, a pris une grande inspiration, et a murmuré :

Adieu, Papa Tu as été le meilleur père du monde. Je ne toublierai jamais.

Et il est resté dans son cœur, pour toujours. Pas comme Jean-Luc le beau-père, mais comme son vrai père Parce que parfois, un papa, ce nest pas celui qui ta donné la vie, mais celui qui la partagée avec toi. Celui qui a soigné tes blessures, ri à tes blagues, cru en toi.

Voilà cétait lhistoire touchante de Clémence, Capucine et Jean-Luc, une vraie histoire à la française comme on les aime.

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