La retraitée Liliane, que tout le monde appelait Lili, poussa un long soupir en se tournant difficilement de l’autre côté. Ses articulations la faisaient souffrir, ses jambes étaient très enflées. Elle était épuisée par les consultations chez les médecins et fatiguée des traitements.

La retraitée Liliane (ou comme tout le monde lappelait, Lili) Dubois, poussa un profond soupir en se retournant difficilement sur son lit. Ses articulations la faisaient souffrir, ses jambes gonflaient chaque jour un peu plus. Elle en avait assez des rendez-vous médicaux, lassée de tous ces traitements.

Elle vivait seule à Paris, nayant jamais été mariée. Son fils était né de son premier amour, voilà déjà bien des années. Cest alors que la sonnette retentit. Lili prit sur elle, se leva péniblement et ouvrit la porte.

Sur le seuil, son fils Julien se tenait là, accompagné de sa femme Élodie. À leurs côtés, le petit Louis, quatre ans à peine, serrait dans ses mains une petite voiture. Derrière eux, un énorme chien les accompagnait.

Maman, on ne fait que passer. On repart maintenant. Louis et Boulette resteront avec toi. Cinq jours tout au plus, ensuite on vient les récupérer ! déclara Julien.

Mais… Je suis malade, je narrive plus à me déplacer balbutia Lili, prenant appui sur le chambranle.

On na vraiment pas le choix Emmener un enfant et un chien huit heures de route jusquà Lyon, cest impossible. Et puis Ma mère Elle nest plus là, expliqua Élodie avant déclater en sanglots.

Louis pleura à son tour, le chien poussa un soupir triste. Lili comprit alors quelle ne pouvait rien refuser.

La maladie s’était abattue sur elle six mois plus tôt.

Lili venait tout juste davoir soixante ans. Mais à Paris, on voit tant de vieilles dames marcher avec une canne Il suffit dun rien pour que la santé flanche.

Elle savait dailleurs que sa belle-mère, Hélène Laurent, était gravement malade. Le père dÉlodie, Bernard, était décédé quelques années auparavant. Et voilà que sa belle-mère venait de séteindre. Plus jeune quelle, pourtant. La maladie lavait terrassée en un rien de temps…

Julien et Élodie étaient repartis. Désormais, Lili, malgré ses douleurs aux épaules et aux jambes, observait son petit-fils et ce chien impressionnant.

Lenfant enlaçait la bête, qui lui léchait les cheveux avec application.

Louis Il ne mord pas, au moins ? Il fait peur ! Vous auriez pu prendre un caniche Cest quoi, ce chien ?

Mais Mamie, cest un bulldog anglais ! Il est chouette, Boulette ! Il est gentil, tu sais répondit le petit en continuant de caresser la masse de muscles.

Il faut le promener, non ? Lili sentit son cœur semballer.

Elle navait gardé que des chats, qui nétaient plus là depuis longtemps. Elle navait jamais eu de chien.

Son cœur se serra en pensant à Hélène, partie bien trop tôt.

Mais avec ses douleurs, comment allait-elle gérer un bébé si vif, et un chien aussi imposant ?

Boulette mange de la viande, du riz, et un peu tout On va se promener, mamie, il est temps ! sexclama Louis avant daller chausser ses petites bottes.

Lili ne savait plus même comment elle était sortie en bas. Son petit-fils lui avait glissé la laisse dans la main, et avait refermé ses doigts sur la sienne. Ils avaient traversé ainsi le hall.

Elle nétait pas sortie depuis une semaine, trop mal. Mais là, elle avançait. La douleur dansait dans son poignet, mais elle priait, en silence, pour tenir le coup. Personne ne pouvait les aider, si ce nest elle…

Boulette marchait à ses côtés, sereinement. Il ne tira pas une seule fois sur la laisse, indifférent aux aboiements autour.

Lili finit par lui trouver une certaine prestance. Et elle se redressa fièrement en passant devant les voisines assises sur le banc, amatrices de commérages.

Alors, ils tont amené du monde, ou quoi ? Toi qui te plains dêtre malade ! Comment tu feras avec un enfant et ce monstre ? Tu vas y rester ! Petit, pourquoi tes venu ici ? Ta grand-mère, elle est déjà à moitié morte ! En plus, ils tont laissé le chien ! Franchement, tes parents ne sont pas sérieux ! Ils tont refilé pendant queux, ils profitent, cest sûr ! sécria Zina, la voisine du cinquième étage, à travers la cour.

Lili sentit la main de Louis se crisper. Même Boulette tourna la tête, vexé.

Silence, les pies ! On namène pas les petits chez vous, alors vous râlez ! Jai demandé, moi, quon mamène Louis ! Et puis, le chien, il est de race, il participe à des concours ! lança Lili, la voix plus assurée quelle ne leût cru. Et si cela vous intéresse, mon fils et ma belle-fille sont partis accompagner sa mère dans son dernier voyage, pas en vacances !

Les commères Nécoute pas Louis ! Ta mamie est toujours contente de tavoir ! ajouta-t-elle dans lascenseur, prenant son petit-fils dans ses bras.

Mamie Tu ne vas pas tenvoler au ciel, comme Mamie Hélène ? Papa et maman mont expliqué quelle y habite, là-haut. Mais, et sil ne me restait plus que toi ? Tu ne partiras pas, hein ? Tu ne mabandonneras pas mamie ? Je taime tant ! saccrocha à ses jambes le petit, en larmes.

Ne pleure pas, mon cœur ! Ta mamie, elle va tuser avant de partir ! Je resterai toujours à tes côtés ! Je temmènerai à la rentrée, à luniversité, jattendrai même la caserne, tu verras ! Toujours là, Louis, toujours !

Même épuisée, elle prépara le dîner. Elle fit leffort daller à la boulangerie. Le soir, nouvelle balade avec Boulette docile, tranquille, à ses côtés.

Lorsque la nuit fut tombée, que le petit et le chien dormaient enfin, Lili avala ses pilules en serrant les dents. Tout lui faisait mal, comme si elle avait creusé des fondations toute la journée. Mais elle gardait en mémoire les mots de Louis : ses larmes, sa peur de la perdre.

Seigneur, soulage-moi un peu, fais que la douleur passe, pas pour moi, mais pour mon petit-fils murmurait-elle dans lobscurité.

Le lendemain, ils jouaient aux voitures, et Lili se rendit compte quelle rampait sur le sol pour la première fois depuis si longtemps. Ils faisaient la soupe ensemble, et lavaient Boulette, qui sétait roulé dans la boue printanière.

Étonnée delle-même, Lili embrassa carrément Boulette.

Mais pourquoi je croyais quil était méchant, ce chien ? Il est beau, et intelligent ! Un vrai miracle ! souffla-t-elle en lessuyant.

Louis, pourquoi il sappelle Boulette ? demanda-t-elle.

Lenfant répondit en riant.

Il adore les boulettes Mais en vrai, son nom commence par un T, très compliqué ; Boulette, cest plus simple ! plaisanta-t-il.

Les jours passaient à une allure folle ! Les contes étaient lus, Louis montrait même à Lili comment regarder des dessins animés sur la tablette.

Ils apprenaient des lettres, le petit commençait déjà à écrire. Boulette somnolait dans le fauteuil, quémandait une glace ou un bout de fromage.

Maman ! Comment tu tiens le coup ? Pardon, on na pas eu le choix. Faut encore rester deux jours. On ne savait pas où mettre Louis et le chien ! fit la voix inquiète de Julien au téléphone.

Je gère très bien, ne te fais pas de bile ! Je suis une mamie, tout de même ! Restez autant quil le faut. Sois là pour Élodie, elle a besoin de toi. Pour ma santé, ne ten fais pas. On vieillit tous, mais on peut gérer n’importe quoi ! répondit Lili, pleine doptimisme.

Quand Julien et Élodie approchaient de limmeuble, ils imaginaient le pire. Une Lili malade, à peine capable de marcher, Louis et le chien en roue libre. Comment avaient-ils fait ?

Julien, là ! Ce nest pas ta mère qui court ? sétonna Élodie.

Si ! Incroyable ! répondit-il, bouche-bée.

Dans la cour, Lili, maladroitement, courait après un ballon. Depuis combien de décennies navait-elle pas couru ? Derrière elle, Louis et Boulette lui emboîtaient le pas, hilares.

Au moment du départ, lenfant saccrocha à sa grand-mère, le cœur gros.

Louis ! Mamie vient te voir dans deux semaines ! On ira prendre un goûter, faire du manège ! Tu mattends, hein ? Lili le prit dans ses bras, eux qui, peu de temps auparavant, nauraient même pas pu soulever une bouilloire.

Maman ! Il est lourd, fais attention ! sinquiéta Julien.

Ça va ! Attends-moi, Louis ! Tout va bien se passer ! À bientôt, Boulette ! Je viendrai aussi pour toi, on ira se promener ! rit Lili, le cœur léger.

Cest ma voisine. Elle ma confié cette histoire. Elle avait du mal à marcher, souffrait beaucoup, et puis un jour, elle a recommencé à bouger. Tout limmeuble en parle encore !

Cest Louis et Boulette qui mont soignée, dit-elle. Il me reste des petits bobos, mais peu importe. Surtout, ne restez pas couchés, sinon vous ne vous lèverez plus ! Ne vous apitoyez pas trop, ça ne fera que vous affaiblir.

Les médicaments et les hôpitaux créent rarement des miracles. Mais lamour, lui, en est capable ! Je me suis demandée comment feraient lenfant et le chien sans moi Si je restais allongée ? Alors, je me suis levée ! Je me suis remise à marcher, pour eux, parce quils ont besoin de moi !

Jai une raison de vivre ! Alors, quelle que soit votre douleur, levez-vous ! Avancez ! Pour ces petites mains qui vous tiennent fort, pour vos enfants, votre mari Pour vos chiens et vos chats, qui ont eux aussi besoin de vous !

Priez, rassemblez votre courage. Rien nest insurmontable. Dans les difficultés, on trouve des forces insoupçonnées !

Et profitez, savourez chaque jour ! voilà le conseil de Lili à tous.

Si cette histoire vous a plu, laissez-nous un commentaire, un petit « jaime » : cela nous donne envie den écrire dautres !

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