Maman, je ten supplie, ne tinquiète pas trop Mais à partir de janvier, il se pourrait quon ait de petites galères, enfin, sur le plan financier. Je te rassure, on ne mourra pas de faim non plus.
Ma fille, arrête de tourner autour du pot, tu sais que je déteste les longues introductions.
Je sais, maman Bon, voilà : jai quitté mon boulot. Cest dit.
Quoi ? On ta poussée vers la sortie ou cest toi qui as décidé ?
Cest moi ! Jai toujours aimé prendre mes propres décisions.
Je sais bien, tu tiens ça de ton père. Je nose pas imaginer ce quil aurait dit sil était encore là.
Maman, regarde par la fenêtre, tu as vu les rouge-gorges dans larbre ? Papa aurait dit que « ce nest pas le poste qui fait la personne ».
Jétais si fière de toi, ma chérie, fière de ton travail, de ton salaire, de ton statut. Tu étais la directrice de toute la culture de la ville ! On te voyait souvent à la télé. On te regardait, on técoutait, on te respectait. Belle, élégante, rayonnante
Oh maman, je ten prie, ne pleure pas Ma beauté ne va pas senvoler, ten fais pas.
Raconte-moi au moins ce qui sest passé. Pourquoi une telle décision, comme ça, dun coup ? Viens, ne reste pas devant la fenêtre, tu vas attraper froid. Assieds-toi près de moi.
Tu vois maman, on ne voyait pas la vie du même œil avec la hiérarchie. Pour eux, seuls les rapports comptent. Les gens ? Juste des statistiques dans leurs discours officiels. Je ne veux plus de ça. Comme on dit au tribunal, incompatibilité de caractères.
Ah, tu sais À chaque échelon, les chefs veulent des chiffres et des bilans. Et tu ne vas même plus assister à tes événements culturels pour Noël ?
Si, bien sûr que si ! Toute léquipe sest donnée à fond, je veux les soutenir, même comme simple spectatrice. Ça me fera du bien, cest amusant quelque part !
Amusant Tu as été la cheffe de toute la culture de la ville, et maintenant tu seras debout à côté du sapin, comme tout le monde. Emmène-moi, tiens, que je te soutienne un peu !
Oh maman, je croyais que ten avais assez des sapins de Noël à la maternelle ! Les arbres pour chaque section, ceux pour les enfants du personnel, ceux pour les employés, et encore ceux de la crèche annexe
Tu oublies ceux de la pouponnière que notre équipe parraine Oui, ma Clémence, on a nous aussi nos indices de performance : le nombre denfants entraînés dans des activités culturelles, tu remarqueras, culturelles ! Mais jirai volontiers à ta fête familiale au Parc Municipal. Jirais voir ce que tu as préparé. Toi, tu organises des arbres de Noël pour les familles, mais la tienne Toujours sans famille. Maintenant, sans boulot non plus. Clémence ! Tu vas avoir quarante ans ! Tu penses encore à Paul ? Paul Premier, et le dernier ! Il na jamais quitté notre ville dailleurs, lui qui rêvait de partir jouer dans lorchestre de lOpéra de Vienne ! Je ten prie, ce “sexophoniste”
Saxophoniste, maman ! Adolphe Sax, un Belge, a inventé ce sublime instrument il y a presque deux cents ans.
Tu me fais la leçon à moi, la chef de chœur à la maternelle ? Fais-moi rire, Clémence ! Ton saxophoniste, je ne lui pardonnerai jamais ce quil ta fait, tu nas jamais su passer à autre chose Tu taccroches, Clémence, ma petite reine Maman essuya une larme Une reine sans trône désormais. Une reine vieillissante et célibataire Quaurait dit ton père aujourdhui ?
Papa aurait dit quune femme est comme le vin : plus elle vieillit, plus elle se bonifie Ne pleure pas, maman. Tout va aller.
Il aimait vraiment les femmes, ton père.
Mais maman, il taimait toi, plus que tout. Jusquà la dernière minute, il na jamais lâché ta main à lhôpital, il te caressait la main
Je sais, ma petite, et je regrette de ne pas lui avoir assez dit que je laimais. Javais limpression que cétait acquis.
Il la toujours senti, surtout quand tu chantais pour lui, il ne pouvait plus te quitter des yeux.
Et maman sest mise à fredonner, essuyant ses larmes :
« Il neige, il neige,
Et tout le monde attend son heure
Sous la neige, sous ce doux manteau blanc,
Jaimerais tant lui dire
Mon plus cher amour,
Viens regarder la neige avec moi »
Maman, cette chanson me rend dingue, à chaque fois jespère secrètement que pour mon anniversaire fin avril, il se mettra à neiger ; et quon chantera ça pour moi
Ma fille, et pour ton boulot alors, tu vas faire quoi avec tout ce talent que tu as ? Où tu vas aller ?
Je vais devenir contrôleuse dans les bus, maman.
Arrête de plaisanter ! Tu veux que je parle à Hélène du 34 ? Elle connaît tout le monde à la mairie, à la préfecture, aux impôts
Non, je suis sérieuse, maman. Je veux bosser comme contrôleuse. Tu prends jamais le bus ?
Si, quand même, quelques fois Mais franchement, les contrôleuses ! Ya pas de style, pas de classe ! Mille couches de fringues, des claquettes en laine et elles crient dans tout le bus : « On paie son ticket ! On avance au fond ! On paie son ticket ! » Génial la créativité.
Jadore comme tu imites le ton, maman ! Ça me rappelle la fois où papa est rentré dune fête dentreprise, vraiment joyeux, et il avait raconté cette blague sur le bus. On avait rigolé toute la soirée
Je me souviens plus trop, Clémence, cétait quoi cette blague ?
Un gars complètement ivre monte dans le bus, titube au fond, essaie de se tenir à la barre. La contrôleuse arrive : « Votre ticket, Monsieur ! » Le type lève son verre imaginaire : « Ah, pour le ticket ! »
Ah, Clémence, si je pouvais encore partager un verre avec ton père et lécouter raconter ses blagues, du moment quil était vivant
Mama, il est toujours avec nous ! Jentends tout le temps sa voix, ses phrases du genre : « Les filles, cest dans la tête. Changez de disque et la vie vous jouera une chanson, une ballade ou une valse, à votre choix ! »
Mais Clémence, pourquoi tas pas changé de disque avec ton Paul ? Pareil que dans le film “La Boum” Bon, pas le moment de parler de lui. Ma fille, sérieusement, cest quoi ton plan ?
Bus, maman. Après les fêtes, je commence comme contrôleuse.
Non, Clémence, pas possible. Tas toujours eu ce grain de folie, tu sors de lordinaire, mais là ! Contrôleuse ! Tout le monde te connaît ici, tes passée à la télé, et maintenant ça. Timagines ton père ?
Je fais justement ce quil ma dit dans sa carte pour mes dix-huit ans : « Clémence, personne ne décidera jamais pour toi. Tu dois tout faire par toi-même, sinon tu passeras ta vie à côté de la tienne, porte fermée »
Porte fermée dans le bus de la ville ? Tu fais ta crise ?
Justement ! Cest un défi à moi-même ! Mon chef de la culture, tu vois, il ma lâché quil était temps que je redescende sur terre, que je retire ma couronne, que je ne prend plus assez les transports, que jignore le peuple ! Il oubliait juste que mon chauffeur de service sest cassé la jambe, donc depuis deux semaines avant Noël jai pris les transports comme tout le monde, jai vu du monde, crois-moi.
Ma fille, toi, une directrice, et contrôleuse !
Je vais amener un peu de culture parmi les passagers et le personnel des bus, maman.
Maman sétendit sur le canapé, massant ses tempes du bout des doigts.
Eh bien ma fille, tu mas mise K.O. avec ta nouvelle de fin dannée. En un coup culturel.
Tu sais, quelquun de célèbre a dit quil faut parfois être mis à terre pour pouvoir lever les yeux vers le ciel Regarde, maman, ce rayon de soleil dhiver, les enfants qui nourrissent les mésanges et les rouge-gorges. Et la neige qui se met à tomber
Et Clémence entonna doucement : « Il neige, il neige Et tout le monde attend »
Notre folle Clémence ! Le salaire dune contrôleuse, cest cinq fois moins que ce que tu gagnais. Tu vas me forcer à accepter dêtre sponsorisées par Monsieur Dubois du deuxième.
Il est gentil, tu sais. Retraité de larmée, veuf, sérieux et généreux. Aucun homme narrivera à la cheville de papa, cest certain. Mais, maman, ça fait presque dix ans
Hélène ! Mais là, il ne sagit pas de moi, on parle de toi ! Tu vas tennuyer ferme dans ce boulot. On te connaît, tu ne sais pas vivre sans idées ! Peut-être que tu pourrais prendre des vacances à Nice une semaine, avec ta prime de départ ? Ça te ferait réfléchir.
Ou alors, on part à Biarritz toi et moi, sur ma prime, hein ?
Le téléphone de Clémence sonna. Couchée sur le canapé, maman tendit loreille.
Oui, daccord, jarrive le 4, mes papiers sont à la DRH Merci !
Bon, maman, finalement, pas de Nice, pas de Biarritz ! Cest décidé !
*******
Le bus n°7 venait de terminer son premier trajet de la journée, emmenant tout son monde jusquà la périphérie est de la ville. Un des bus les plus fréquentés de Nantes, toujours bondé.
Monsieur Deschamps, je peux utiliser votre micro ? Histoire de faire ma guide.
Encore une idée, Clémence ? Ton bus est déjà décoré de guirlandes. Même les annonces sont passées en couleurs, tu colles les citations du jour pour tes passagers juste au-dessus de moi Tiens, cest quoi le conseil du jour ?
La citation, Monsieur Deschamps !
Voilà, la citation, bon.
« Le bonheur, cest dêtre sur le chemin quon a choisi soi-même ! »
Tes pas comme les autres, Clémence. On a de la chance de tavoir comme contrôleuse, tu sais. Même si mon collègue Jadot sy fait pas. Il ma avoué que tu lui faisais un peu peur Il était soufflé quand tu lui as offert une nouvelle pochette avec le drapeau français pour ses papiers, il a jeté lancienne et il a annoncé que cétait la révolution ! Il a même commandé des t-shirts tricolores Tarrives toujours à sortir de lordinaire. Jadot dit quil ta déjà vue à la télé Je lui répète : “Cest une artiste !” Ce qui la enchanté, cest que tu as noté nos dictons à côté de nos noms. On sest crus philosophes, nous aussi.
***
Monsieur Deschamps, vous êtes nos Aristote, vous et votre collègue ! Je vous jure, vous pensez profond même en blaguant
Clémence, relax dans son siège à côté du chauffeur, lut à voix haute les deux panneaux « Citations des chauffeurs à méditer » :
« Au téléphone, parlez doucement, ou alors dites quelque chose de drôle ! » Deschamps Alain, conducteur, dépôt 1.
« Si vous naidez pas une mamie à sasseoir, moi je le ferai. » Jadot Patrick, conducteur, dépôt 1.
On devrait les inscrire au patrimoine, vos phrases, ! conclut Clémence.
On te cite, toi aussi ! On peut se tutoyer ? Tu dis toujours « Tout est dans la tête, change ta ritournelle, et la vie te jouera un air nouveau »
Cétait la devise de mon père, pas la mienne.
Pourquoi au passé ? Il est mort ?
Accident sur chantier. Il était ingénieur. À lhôpital, il est mort dans les bras de maman. Ils nont rien pu faire.
Désolé La vie Et ta maman, elle tient le coup ?
Elle dirige la chorale à la maternelle. Dailleurs, jaimerais bien quil y ait de la musique dans le bus, vous seriez daccord ? Je ferais un mot au micro, puis une petite chanson pour lambiance.
Mouais Les passagers sont parfois relous, certains aiment pas le bruit, dautres sont fans de musique. Faut doser
Msieur Deschamps, jai relu le règlement et rien ninterdit la musique à bord ! Faut juste ne pas déranger les passagers, au contraire la musique devrait mettre de bonne humeur Aristote disait déjà, dans lAntiquité, que la musique agit sur lâme, calme ou réveille Je choisirai des morceaux qui plaisent à tous. Et les annonces, je les ferai vraiment seulement quand cest creux, pour ne pas exaspérer. On tente ? Prêt pour le micro ?
Le bus repartit, les gens montèrent, validèrent leur ticket, sassirent. Clémence, assise à côté du chauffeur, prit le vieux micro et déclara dune voix posée :
Chers passagers, nous roulons sur la plus longue ligne de Nantes, depuis la rue des Chênes. Dans ce quartier, lair est si pur que beaucoup viennent sy promener en famille le week-end. Le cœur de la ville sera visible après quinze arrêts. La place du Centre est splendide à cette saison, la neige, les guirlandes des fêtes, les vitrines illuminées. Profitez de la fête de Noël au parc municipal ce weekend, il y aura des animations pour petits et grands, des crèches vivantes, du vin chaud Et si jamais vous voulez découvrir notre musée du bois sculpté, descendez à la rue des Artisans Bonne route à tous !
Un jeune lança : « Et au cinéma “LAtlas”, ça passe quoi ? » Clémence répondit du tac-au-tac : « Notre ligne ny va pas, prenez la 3 en centre-ville, aujourdhui il y a une comédie de Noël et une romance, mais si jétais vous, jirais au cinéma “Étoile”, arrêt direct, trois films différents »
Le chauffeur, tout bas : « Ma femme et moi, on ira au parc municipal pour la fête, promis ! Dailleurs, cest vrai quil y aura un tirage au sort et du vin chaud à la française ? »
Promis ! répondit Clémence en souriant.
Je sens que tu ne vas pas tarrêter là, Clémence ! Tu as encore dautres idées.
Oh oui, jaimerais quon ait de la musique live au moins pour les fêtes, et peut-être inviter des musiciens folkloriques ou des guitaristes amateurs sur certaines dates, faire revivre le bus. Pour mardi gras, jai aussi pensé à inviter un accordéoniste, tu verrais lambiance !
Clémence appela sa mère : « Maman, la fête en famille, cest mort, je bosse en doublon. Manque de personnel ! Mais le sapin aura lieu, tinquiète. Va donc avec Monsieur Dubois, il sera ravi, et toi aussi ! Je tembrasse, je monte en ligne. »
Au fil des semaines, Clémence commentait pour les passagers tout ce qui touchait à la culture locale, orientait ceux qui le souhaitaient, les invitait à toutes les expos du coin. Étonnamment polie et discrète, elle surprit dabord, puis fut adoptée par tous les habitués.
***
Trois mois plus tard, la rumeur avait atteint la direction.
Madame Laurent, fit le chef dexploitation, Monsieur Berthier, dun ton sec, je vous ai convoquée pour une raison bien précise. Contrôleuse, cest contrôler les tickets. Mais vous, vous animez le bus ! Je reçois déjà des remarques.
Merci de mhonorer de ce rendez-vous, je voulais en profiter pour saluer nos chauffeurs, Alain et Patrick. De vrais pros, ils mériteraient dêtre récompensés pour leur attitude exemplaire. Si mes mini-visites et mes annonces musicales peuvent rendre le trajet plus agréable, voyez ça comme une expérimentation positive pour notre société !
Monsieur Berthier, impressionné malgré lui :
Pourtant, nos recettes nont pas baissé, au contraire. Mais vous comprenez que certains passagers naiment pas la musique, ni les discours. Ce nest pas au programme.
Mais ce nest pas interdit, non plus ! Et dans le règlement transport, cest écrit noir sur blanc que le contrôle doit se faire dans le respect et la sécurité des usagers !
Mais les autres contrôleurs se plaignent, ils vous trouvent trop « reine », toujours assise Ils sont venus voir comment vous opériez, et mont rapporté que vous nallez jamais vers les gens réclamer le ticket, que vous restez là, comme une reine près du chauffeur à faire vos annonces. Cest pas le job pour lequel on vous paie !
Clémence murmura en souriant un vieux refrain : « Contrôleur, appuie sur les freins avant quil ne soit trop tard » Puis elle répondit calmement :
Monsieur Berthier, selon la réglementation, le contrôleur ne peut forcer personne à payer ou fouiller le ticket, il doit vendre sur demande. Cest au voyageur de se présenter de lui-même pour le paiement. Mes collègues ne vous ont pas dit que tout le monde passe par la porte de devant, justement pour faciliter et rassurer, et quen cas daffluence, on transmet les cartes bancaires de main en main, en toute sécurité, car il y aurait une caméra dans le bus ! Rien que lidée calme tout le monde.
Mais yen a pas, de caméra ! Vous mentez en plus, “Reine” !
Je rêve Tout ça cest pour garantir la sérénité dans le bus ! On devrait en installer, dailleurs, cest courant maintenant.
Le directeur, songeur :
Et vous ne vous promenez jamais dans le bus ?
Si, bien sûr, pour aider une mamie, une maman avec poussette, consoler un petit qui pleure, donner un mouchoir et puis finalement, ce sont les “locaux” qui viennent à moi : les curieux, ceux qui viennent voir “la Reine” et qui, mine de rien, finissent par acheter leur ticket. Dites, Monsieur Berthier, vous connaissez bien la ville ? Vous êtes dici ?
Je viens de revenir à Nantes, divorcé, jai grandi ici, mais tout a changé.
Justement, il faut en parler ! Les gens nont pas toujours le temps den profiter. Je ne suis pas guide, mais je les oriente dans la ville, je sers de GPS culturel. Venez donc au théâtre voir “Séparation à la nantaise”, cest à mourir de rire, ça vous redonnera le moral !
Peut-être que jaccepterai linvitation un jour
********
Le “projet-Reine du bus” a continué tout lhiver, même que Clémence a eu une prime pour la Journée de la Femme, offerte par le directeur, qui a reçu en retour une invitation pour le théâtre quil na pas pu honorer. Ses collègues, eux, la trouvaient gentiment folle : « Travailler pour ce salaire et faire tout ça Faut être dérangée ! » On colportait même quelle avait des mécènes. Personne ne savait que lunique “bienfaiteur” de la famille, cétait Monsieur Dubois du deuxième, le colonel à la retraite qui adorait Clémence et aimait sa mère dun amour sincère.
*******
28 avril. Samedi. Jour danniversaire de Clémence. Sa maman voulait quelle prenne sa journée, mais Clémence préféra la passer dans son bus, avec ses fidèles voyageurs. Au petit matin, elle marcha jusquau dépôt malgré le froid, ravie dentendre la petite musique qui résonnait dans sa tête depuis quelle avait quitté sa vie bourgeoise et bien rangée. Soudain, des flocons blancs se mirent à tomber, saupoudrant sa coiffure. Elle nen revint pas : ses rêves denfant, de neige en avril Les flocons, magiques, fondaient en touchant le sol, mais leur danse enchantait lair. Elle entra au dépôt, vit que le bus avait été décoré de mille petits flocons, et ce jour-là, cétait Patrick qui faisait la tournée. Il lui offrit, de la part de lui-même et dAlain, une boîte de chocolats et un nouveau micro tout brillant : « Une Reine doit avoir de belles choses ! » Elle leur offrit, en retour, une bonne bouteille de liqueur et le livre « Ma France ».
Il y avait peu de monde, sauf quand le bus passa par le centre. Tout à coup, dans la porte dentrée, Clémence aperçut celui qui avait fait battre son cœur toutes ces années : Paul. Son Paul, lunique. Il tenait contre lui sa housse de saxophone, navait même pas de main libre pour payer son ticket. Sans réfléchir, oubliant la politesse, Clémence lança sans micro mais à pleine voix : « On paie son ticket ! Camera embarquée ! On avance au fond ! » Elle bondit de son siège, voulant fuir ses émotions et gagna la plateforme arrière. Et là, dans le bus, elle entendit la musique de son âme Le saxophone de Paul entonna doucement « Il neige, il neige », et la Reine fut comblée.