Il y a bien longtemps, javais un ami qui sappelait François. Il avait toujours rêvé de mener une vie aisée, mais sans jamais travailler vraiment pour cela il aspirait à vivre sur le compte de quelquun dautre. François vouait ainsi tous ses efforts à séduire une jeune fille issue dune famille bourgeoise. Il était évident pour moi quil néprouvait aucun véritable amour pour elle et que rien de bon ne pouvait sortir dune telle union. Pourtant, dans lesprit de François, une épouse fortunée était le secret dune existence heureuse et sans tracas. Une illusion dautant plus tenace que la fortune de la famille venait en fait de la mère de la jeune fille, propriétaire de plusieurs grandes boutiques à Lyon.
Javais tenté de raisonner mon ami :
Tu ne crois tout de même pas quils vont entretenir un fils paresseux ? Il est important dêtre autonome, davoir son propre travail.
Oh, allons donc ! répliqua-t-il, radieux. Nous attendons un enfant. Sa famille me fait entièrement confiance !
Je restais interloqué. Comment pouvait-on agir ainsi, utiliser sa compagne de la sorte ? Ce nétait pas juste, tout simplement. Un homme, croyais-je, se devait de travailler et dassurer la subsistance de sa famille.
Les années passèrent. Par curiosité, je voulus savoir ce que devenait François. Je lui demandai où il travaillait désormais. Il savéra quaucun des deux, ni lui ni son épouse, ne faisait autre chose que de rester à la maison. Ils passaient leur temps à jouer à des jeux vidéo, regarder la télévision, ou faire la sieste. La mère de son épouse les entretenait. Javoue les avoir un peu enviés : François avait obtenu tout ce quil désirait.
La mère de mon épouse est très riche, nous naurons jamais besoin de travailler, se vantait-il, satisfait de sa vie confortable.
Peut-être que tout aurait continué ainsi si la fortune navait pas tourné. Mais lentreprise de la belle-mère connut de graves difficultés. Les revenus chutèrent drastiquement. Elle fut alors obligée de proposer un emploi à sa fille et à son gendre.
Un mois passa sans que je naie de nouvelles. Puis, un soir, le téléphone sonna : la voix agitée de François me supplia de lui prêter 5 000 euros pour deux semaines.
Je cherche du travail. Dès que je passerai un entretien et recevrai une avance, je te rendrai largent. Nous sommes complètement à sec, me confia-t-il, abattu.
Ainsi prit fin sa vie de dilettante. Dès lors, lui et son épouse commencèrent à travailler tous les deux. Il ma rendu largent, dailleurs. Voilà tout ce quil reste de sa vie de famille fortunée On ne doit jamais compter sur les autres toute sa vie. Lindépendance et leffort personnel restent les seuls vrais garants de la sécurité et du bonheur.